Thierry ajoute : « Pinabel, tu es un brave
tu es grand et fort, et ton corps est bien conformé. Tes pairs connaissent ta bravoure ; mais je te ferai céder la victoire en faveur de Gharlemagne. De Guénelon il sera fait telle justice, qu'il ne se passera plus désormais un jour sans qu'on en parle.» Pinabel répond: « Plaise à Dieu qu'il n'en soit pas ainsi! Je veux soutenir mon parent, et je n'en serai empêché par nul homme mortel: mieux vaut mourir que de recevoir un reproche à ce sujet. » Après avoir ainsi parlé, les deux chevaliers recommencent à se frapper de leurs épées. Lesdébris de leurs haumes ornés d'or volent en étincelles. Il est impossible qu'ils se séparent , et la mort seule peut mettre fin à ce combat. Aoi.
287. — Pinabel de Sorance, plein de bravoure, frappe Thierry sur son casque de Provence dont il sort tant d'étincelles de feu, que l'herbe s'en enflamme (1). Il lui présente le tranchant de son épée d'acier qu'il fait descendre depuis le front jusqu'au visage. La joue droite de Thierry est tranchée, et le sang qui en coule passe dans le haubert , jusqu'au dos et au ventre. Mais Dieu ne voulut pas qu'il fût accablé par la mort. Âoi.
288. — ^Thierry est blessé au visage, et son sang coule jusque sur l'herbe. Cependant dé son acier bruni il frappe Pinabel sur son casque et lui fend la tête jusqu'au nez. La cervelle s'échappe du crâne,
(i) Voici la seule exagération répréhensible, dans €« poëme.
LA CBAUSON DE ROLAUD. 145
et il tombe mort. Ce coup décide de la victoire, et les Français s'écrient : « Dieu a fait vertu (a montré sa force et sa volonté)^ et il est juste que Guéne- Ion soit pendu, ainsi que ses parents qui ont plaidé pour lui. » Aoi.
289. — Dès que Thierry a vaincu, Tempereur, entouré de quarante de ses barons, vient près de lui. Le duc Naismes, Oger de Danemark y Geofroy d'Anjou et Guillaume de Blayse sont du nombre. Le roi prend Thierry entre ses bras, lui essuie le visage avec ses gants de poil de martre. Chacun s'empresse à le servir, on le désarme avec précaution, les uns le soutiennent, d'autres le soulèvent et on le place sur une mule d'Arabie. Enfin la cour du roi est rendue à la joie. On rentre à Aix, on descend à la place, et de ce moment va commencer le supplice des autres (de Guénelon et de ses parents).
290. — Charles fait venir ses ducs et ses comtes : « Que me conseillez- vous au sujet de ceux que j'ai retenus? (Ces parents). Ils étaient venus pour le procès de Guénelon, et étaient en otage pour Pinabel.» Les Français répondent : «Jamais il n'en restera un vivant ! » Alors le t'oi commande de &ire venir un sien voyer nommé Babrun: «Va, lui dit-il, et pends-les tous à un arbre mal tourné {de mal fust). Par cette barbe dont le pdl est blanc, s'il en échappe un seul, tu es mort* » — « C'est ce que je vais faire, dit Babrun.» — Il les