‹ Roland; ou, La chevalerieChapitre 35 sur 49 · II. Il · texte numérisé non relu

II. Il

162 aolaud.

pressant de profiter des embarras qui retiennent Gharlemagne vers les Pyrénées, fait un traité avec le roi de Danemark, rassemble une armée, s'approche du Rhin, puis assiège et prend Cologne. Pendant cette expédition, le duc Milon, qui gouyernait l'Allemagne pour Charles, est tué les armes à la main ; sa femme et ses deux,01s Âmaury et Hugon sont faits prisonniers ainsi que sa fille, la belle Hélissan, promise à Bérard de Ilfontdidier.

Charlemagne n'a pas plutôt appris ce nouveau revers, qu'après s'être vengé des Sarrazins d'Espagne et avoir rétabli sa puissance dans leur pays, il revient en France, et veut prélever une taxe de quatre deniers sur tous ses vassaux, sans préjudice deshommes qu'ils sont tenus de lui fournir pour la guerre. Cette demande excite des mécontentements que l'on ne parvient à apaiser que difficilement, et les habitants du Hurepoix, sur la vaillance desquels on parait compter beaucoup, sont ceux qui se montrent les plus récalcitrants en cette occasion, puisqu'ils ne se rendent à l'armée que quand la campagne est déjà fort avancée. Cet épisode, plus curieux pour la connaissance des mœurs et des usages féodaux, qu'il ne serait agréable au lecteur préoccupé du roman, est traité fort au long et s'étend jusqu'à la 54"" stirophe du poëme.

Cependant après beaucoup de discussions à l'occasion des intérêts particuliers des seigneurs qui

LA GHAKSOn DES SAXONS. 163

n'en font le sacrifice qu'arec peine à la cause générale, Qiarleoiagne parvient à réduira les prétentions de seswvassauxet à rassembler une armée formidable avec laquelle il va prendre position sur la rive gauche du Rhin. Sur l'autre bord, est la ville de Trémoigne (Dortnund) où Guiteclin, l'un des six rois ou gouverneurs de la Saxe, fait sa résidence. Guiteclin règne cependant à peu près souverainement; il ne tarde pas, sitôt qu'il voit l'armée de Charlemagne, à faire un appel à tous ses alliés et vassaux. Trente rois, tant du Nord que d'Afrique, s'empressent de venir avec leurs troupes, polir le secourir ; et bientôt il s'établit entre les deux armées ennemies, avant de combattre, une petite guerre d'ôbs^ervatîoii dont les détails font naître Tintérôt romanesque de la Chanson dès Saxons! ' ' '' '

Guiteclin a établi son camp entre le Rhin et la ville de Trémoigne ; et, selon le poète, les différents princes venus de tous les pays et parlant divers langages, déploient dans ce camp un luxe orienta, dont lei^ croisades ont sans doute fourni l'idée.

L'armée française n'est pas moins brillante ; et à son luxe elle joint l'élégance des manières et une certaine V grâce fanfaronne dans le sodn que chaque chevalier prend de porter ses armes et de faire caracoler les chevaux avec grâce. et adresse. En guerrier d'expérience, Chqrlemagne veut pro-

fiter de tout ; et il commande à trente mille de ses plus braves et jeunes chevaliers, de se mettre sous les armes, et de défiler sur les bords du Rhin de manière à être vus par leurs ennemis.

Parmi les tentes de Farmée saxonne, Guiteclin en avait fait dresser une magnifique pour sa femme Sébile, renommée par sa beauté, en sorte qu'au moment oùTarmée des Francs défilait, Sébile, entourée de ses dames dans sa tente et devisant avec la belle Hélissan dont on lui avait confié la garde depuis qu'elle avait été faite prisonnière à Cologne, fut témoin du spectacle que lui offint l'armée française. Hélissan, toute préoccupée de son fiancé Bérardde Monldidier, n'avait pas manqué de parler de lui à la reine Sébile, ainsi que des principaux chevaliers de l'armée de Charlemagne et entre autres du duc Baudoin, neveu du roi et firère de Roland. Sébile regardait donc l'armée ennemie avec une curiosité très- vive.

a Lequel de tous ces chevaliers, est le neveu de Charles, dont nous avons tant parlé hier? demanda Sébile. Tu m'en as fait de telles louanges, que je désire vivement de le connaître. » — « Madame, répondit Hélissan, je ne saurais vous le cacher, je connais très-bien son écu et son cheval ; et s'il|vous occupe, vous ne devez pas vous en vouloir, car vous ne pourriez vous attacher à un plus haut amour. » — Sébile la regarda, et se mit à rire de bon cœur. {Str. 62.)

LA CHAlVSOIf DES SAXOISS. 165

Pour Guiteclin, loin d*être aussi enchanté que sa femme à la vue des Francs^ il éprouve une sourde colère. L'un de ses acolytes, Elcorfaux, s'en aperçoit et rengage à se mettre sur ses gardes. On assemble un conseil, et Guiteclin consulte ses généraux. « Sire, par Mahomet, dit Ânfarz le Danois, ce serait folie de combattre à force ouverte les Français. Leur armée est nombreuse, ses besoins seront grands, laissons-la épuiser ses ressources. Après Tété viendra le froid. On les trouvera morts dans les champs; et quelque riche que puisse être Charlemagne, il ne tiendra pas ainsi dix mois, sur le bord du Rhin. » {Str. 63.)

Ce conseil paraît bon. Guiteclin devient pensif, et Âdanz d'Âlénie prend la parole pour s'opposera la temporisation et proposer au contraire de passer tout à coup le Rhin et de combattre.

La belle Sébile était présente au conseil : « Sire, dît-elle à son époux, je crois pouvoir vous donner un meilleur avis. Si vous voulez tendre des embûches et surprendre les Français, vous pourriez faire élever mon pavillon près de la rive du Rhin, et j'y conduirais autant de mes compagnes que vous le jugeriez à propos. Regards de belles dames font entreprendre bien des folies ! or, quand les Français vous verront vous éloigner, il leur arrivera souvent de descendre à notre bord, pour nous faire la cour. Alors vous reviendriez à toute

bride, et les marchés qu'ils viendraient faire pourraient leur coûter cher. » [Str. 64.)

Guiteclin trouve ce stratagème excellent ; et sa femme toute joyeuse fait aussitôt dresser sqn pavillon avec sept tentes autour, qu'elle garnit des plus belles femmes et filles nobles de sa cour, sans oublier sa chère et fidèle Hélissan. k Mesdames, dit alors la reine, dèsquece petit camp féminin est posé, nous voilà bien placées maintenant, pour voir les Français, si quelqu'un d'eux s'approche, que celle qui a un ami ne le trompe pas; mais qu'au cou'traire elle l'introduise souvent dans sa tente pour causer et faire la cour. Que vaut la beauté des femmes si elles ne l'emploient pas quand elles sont jeunes?» — «Madame, dît la belle Marsebile, à la reine ; c'est bien vous qui êtes la maîtresse, vous qui nous enseignez si bien. » {Str. 65.)

Quoiqu'il ne soit pas dit implicitement, dans la chanmm, que la prisonnière Hélissan s'entendit secrètement avec Gharlemagne, on est autorisé à le croire, par le soin qu'elle prend d'exciter l'amour de Sébile pour Baudoin et de l'engager à embrasser la foi chrétienne. Quoi qu'il en soit de la solidité de cette conjecture, elle est affermie par la conduite deCharlemagne qui, dès qu'il sait et a vu que la reine et ses dames peuvent et désirent voir ses guerriers, ordonne à ceux-ci de se mettre sous les armes, de se couvrir de ce qu'ils ont de plus éclatant et de plus précieux, pour faire une cavalcade

en portant des &ucons et des éperviers snr le poing. Quinze mille cavaliers se mettent donc ed marche pour suivre le courant du fleuve, et Baudoin chevauche le dernier, caracolant sur sori cheval et fai-^ sant aller au vent son gon£ailon de soie^r Alors la reine Sébile, Hélissan de Cologne, et Marsebile au regard fier, s'avancent' sur« la grève opposée pour voir défiler l'armée française, a Plus elles regardent, dit la chanson, plus elles prennent de plaisir. — m Madame dit Hélissan à Sébile, voyez-vous ce beau chevalier? » — <c Je vous puis assurer que je n'en ai jamais vu de plus beau, qui est-il? Hélissan, vous devez le savoir ?» — « Je ne saurais vous le celer, dit la demoiselle; c'est le neveu de Charlemagne, le fils de la sœur germaine du roi. Ses frères (d'armes) furent Roland et Olivier; il n'y a pas de meilleur chevalier que lui en France. » — « Hélas ! dit la reine, quel souhait ne puis-je faire en ce moment ! l'eau est si basse qu'on peut voir le gravier ; il pourrait s'approcher et venir nous parler. » {Str. 67.)

Quoique Baudoin portât avec grâce son écuet son enseigne , et bien qu'il eût aperçu le camp des dames, il ignorait encore que la reine l'aimât. Pour. Sébile, elle le regarde avec tant d'amour, qu au fond de son cœur, elle maudit son Seigneur (Mahomet) et renie déjà sa foi. Enfin, elle s'adresse à sa confidente Hélissan : « Belle, lui dit-elle, vous que j'aime tant, faites signe au neveu de Charles, afin

qu'il entreprenne avant tout auti*e, et pour Tamour de moi, de traverser le Rhin ; il n'aura aucune raison de se plaindre à vous de ce qu'il aura fait pour moi. » Alors Hélissan s'écrie à haute voix : a Baudoin, neveu de Charles, ne craignez aucune embûche; la reine Sébile vous engage de passer le Rhin le premier; elle sera à vous, à perte et à gain 1 x» — Madame, répondit Baudoin, la voie n'est pas facile ; je ne puis trouver un épieu assez long qui touche jusqu'au fond; et personne n'y passera sans qu'il se mouille jusqu'au fond* » (Str. 68.)

Sans être arrêté par l'idée du danger, Baudoin passe le Rhin avec son cheval, et les dames viennent à sa rencontre. Sébile l'accueille la première et lui fait, ainsi qu'à elle-même, le plus étrange des compliments : « Jamais, lui dit-elle, vous n'avez péché pour une si noble Yaudoise (1) {onques mais ne peschâtespor si riche Vaudoise).!» (&r. 70).

Cependant Baudoin tout mouillé s'avance sur le gazon. La reine qui no le quitte plus, s'empresse de lui dire qu'elle lui doit une grande récompense.

(1) Les titres de mahométan, sarrazin, païen, idolâtre, hérétique, infidèle eivaudois étaient des sobriquets injurieux, qife l'on donnait indifféremment au 13<^ siècle, h tous ceux qui n'étaient pas chrétiens catholiques. Or, la secte âesvaudois ne s'est formée qu'en ii76 , quatre siècles après l'expédition de Cfaarlemagne en Saxe; et cependant la reine Sébile se range modestement au nombre de ces hérétiques. C'est un do ces mille et un anachronismes qu'il faut joindre aux monstruosités géographiques dont les poèmes des trouvères abondent.

LA CHANSON DSS SAXOIVS. 169

ce qui donne à Baudoin l'idée de répondre : « Mais madame, il n'y a pas encore de quoi; je ferai désormais tout ce que je pourrai pour vous servir, et vous pouvez compter sur mon âme et mon corps. » — « Certes, je ne dois pas vous refuser, répond la reine, mais je suis vraiment peinée de vous voir ainsi couvert de vos armes. » — « Madame, dit Baudoin, les gens de votre loi (les Saxons) sont si près de nous qu'il pourrait m'en arriver malheur. Toute fois il me plaît bien de faire quelqu'imprudence à cause de vous. » Ce disant, il se désarme. Là, suit une scène d'amour fort vive, dont l'expression n'a toutefois rien de blessant pour l'oreille. Tout à coup la fidèle Hélissan entre dans le réduit des amants, en prévenant Baudoin du retour des Saxons. (Str. 71).

C'est Adanz d'Âlénie qui s'approche monté sur un cheval blanc. Baudoin se lève, reprend ses armes que la reine lui aide à rajuster. Il tue Âdanz dont il donne le coursier à Sébile, puis après avoir abattu plusieurs des soldats qui venaient pour venger la mort de leur maître, Baudoin se jette à la nage avec son cheval, traverse le Bhin, et arrive gai et dispos à l'autre bord. {Str. 74).

. En apprenant cette équipée Charlemagne, tout en louant son neveu de sa hardiesse et de son courage, lui signifie cependant qu'il ne veut plus que ni lui ni d'autres de son armée passent, ainsi le Rhin, sous quelque prétexte que ce soit. Baudoin

170 BOLAlfD.

se propose bien de ne pas obéir à son oncle, et de son côté Gbarles ne se sent pas de joie de ce que son neveu a tué plusieurs Saxons, et obtenu les bonnes grâces de la reine Sébile. {Sir. 76«)

En cet endroit du poème, depuis la IT strophe, jusqu'à la 81*, l'action est interrompue par un épisode fort étrange , mais que je n^ai point traduit, parce que les détails n'ont rien de piquant. On vient avertir Charïemagne, que des reines et des marquises, femmes de ses alliés et des chevaliers de son armée, se sont retirées avec des galants, dans une ville sur les bords du Rhin ; et que là, où elles mènent joyeuse vie, elles ont résolu, ainsi que leurs compagnons, de se défendre et de soutenir un siège si on vient les troubler. Charlemagne, à la tète d'un fort détachement de ses troupes commandé par les époux intéressés à faire rentrer les dames dans l'ordre, va en effet assiéger la ville, et réduit les belles marquises et la femme du roi de Frise, à qui il feit grâce, après une allocution paternelle.

A cet épisode succède la cérémonie que fait Charlemagne pour armer chevalier le jeune Bérard de Montdidier qui n'a pas plutôt reçu cé^ honneur, qu'il s'élance à cheval, dans le Rhin, pour aller se mesurer avec les Saxons. (&r. 82.) Inquiet de son sort, Charlemagne et tous les barons, y compris son neveu Baudoin, s'arment, montent à cheval et traversent aussi le fleuve à la

LA GHAliSOll DES SAXONS. 171

nage^ au nombre de mille. Tous les che& de l'armée saxonne étaient sous leurs tentes avec leurs femmpa» mais armés. Guiteclin, attentif à ce qui se passe, monte à cheval et s'élance sur Bérard. Les deux chevaliers brisent leurs lances en s'at* teignant; et les soldats saxons se préparent à faire un mauvais parti au jeune et brave chevalier. [Str. 83.)

Mais les Français, qui ont passé le Rhin, arrivent pour le secourir. Dans le combat qui s'engage, Bérard fait des prodiges de valeur, et Guiteclin reçoit une blessure de la main de Charlemagne. {Str. 84.)

Malgré ces exploits brillants, les opérations de la guerre n'avancent pas ; et les chefe des Français, dès Frisons, des Flamands, des Bretons et des nations diverses qui composent l'armée, portent à ce sujet des plaintes à Charlemagne. On lui expose le défaut de viVres, les irialadies et toutes les privations que l'on supporte en vain depuis trois ans. Pourquoi, demande-t-on au roi, les Hurepoix, les Manceaux , les Normands , les Blésois , etc. , ne fournii^nt-ils ni hommes, ni argent pour cette guerre? Qu'ils viennent nous aider, et nou3 Â)mbattrons les Saxons 1 » {Str. 86).

Le roi envoie- des messagers en France pour sollidter les différentes provinces qui viennent d'être nommées; et il en reçoit des réponses favorables, ce qui ranime le courage des chefs et rend la joie à toute l'armée. {Str. 87-91 .)

172 ROLAlffD.

Mais cette joie est troublée tout à coup, par un avis secret que reçoit Charlemagne. On introduit près de lui un enfant (peut-être un valet), que la reine Sébile avait nourri sept ou huit ans. « Empereur de Rome, dit l'envoyé secret, la rdne dont le cœur n'est pas indifférent, vous fait savoir par moi, que si vous ne voulez pas tous périr, vous devez veiller sur les bords du Rhin, cette nuit. Car hier soir, pendant que les Saxons faisaient la conversation avec les dames, il a été dit et arrêté qu'ils passeront le Rhin, après minuit, pour vous surprendre pendant le sommeil. Mais les dames ne veulent pas que ce projet réussisse. » {Str. 91.)

Une lettre de Sébile confirme ce qu'a dit renvoyé ; en sorte que Ton pense à se mettre sur ses gardes. On fait mettre sur pied neuf mille hommes pour veiller près du Rhin, et on en place vingt mille en réserve, afin de se défendre vigoureusement en cas d'attaque. {Str. 92.)

Lorsque Charles s'est entendu avec le duc Naismes de Ravière, au sujet de ces préparatifs, il appelle son neveu Baudoin : « Reau neveu, lui dit-il, je veux vous faire plaisir, vous irez cette nuît,^ faire le guet vers la tente de Sébile, et tu commanderas vingt mille chevaliers. Je sais que c'est le poste qui vous est le plus cher. » — « Ah ! sire, dit Raudoin, je n'ai garde de refuser.» Et vous,Bérard de Montdidier^ continue l'empereur, je vous charge de veiller avec vingt mille Ardennois, au

LA ghausou des saxohs. 173

gué du Moustier ; c'est le lieu où les Saxons ont coutume de passer. — Sire, répond Bérard, avec l'aide de Dieu, il n'y passera pas un Saxon, qu'il ne le paye cher. » {Str. 93.)

Le soir après souper, chacun s'apprête à occuper sa place , et Charlemagne, accompagné de Naismes, visite les postes, parcourt les rangs, encourage les troupes, et recommande le plus rigoureux silence. {Str. 94).

Pendant la nuit, Charlemagne a une conversation avec un Saxon, auquel il parle comme s'il n'était qu'un simple combattant; et le rusé empereur trouve moyen de lui faire entendre que loin d'être dans la détresse, comme on le dit parmi les Saxons, Charlemagne et son armée ont au contraire abondance de tout, et qu'enfin il lui arrive de nombreux renforts de France, et en particulier les hommes du Hurepoix que l'on attend cette nuit même. {Str. 95-97).

Les Saxons, conduits par Guiteclin passent en effet le Rhin au gué du Moutier; mais ils sont reçus par Bérard et sa troupe qui en culbute et fait noyer cinq cents. Toutefois les deux chevaliers ennemis se rencontrent, et le roi saxon fait une blessm'e au jeune Bérard de Montdidier. {Str. 98- 100.) Cependant Guiteclin est forcé de se jeter à la nage ainsi que ses gens pour échapper aux Français.

174 BOLAUD.

Bérard revient avec vingt beaux chevaux d'Orcanie qu'il a pris à la suite du combat. Sur une louange que Charlemagne lui adresse au sujet de cette prise , Baudoin qui l'entend et qui est contrarié de n'avoir pas eu l'occasion d'exercer son courage et de faire un si riche butin, dit en parlant de ces chevaul : « Oh ! je ne les fenvie pas ; les Saxons d'ailleurs en ont eûcore de plus beaux dans leurs écuries , et qui n'a pas gagné aujourd'hui gagnera demain ! » {Str. 102.)

En effet Beaudoin appelle ses écuyers Pincenart et Hélye qui lui apportant ses armes brilkntes. Il les revêt, monte son coursier, s'élance dans le Rhin, et vient aborder non loin du pavillon de la reine Sébile. Tout le monde dans le camp saxon était dans l'abattement. Pensif«t le menton appuyé sur sa main, Guiteclin était sombre, et depuis ce fatal passage nocturne du Rhin, plus d'une demoiselle saxonne pleurait son ami. Quant à Sébile, tout en faisant triste figure, au fond du cœur elle était pleine de joie. Mais à peine Guiteclin a-t-il aperçu Baudoin, qu'il appelle son neveu Baudamas. {Str. 103.)

« Baudamas, lui dit-il, courez sur ce Français qui vient chercher la mort, et tranchez-lui la tête. » Le neveu s'élance en effet sur Baudoin. Un combat furieux s'engage entre eux sous les yeux du roi et de la reine ; mais Baudamas est blessé, terrassé. Il tombe mort, et le vainqueur passe la

bride du cheval à sod bras. Alors, Guiteclin reste muet et honteux, tandis que Sébile feint de soupirer et de se plaindre. Cependant, en présence de la reine et d'Hélissân, Baudoin repasse le Rhin avec ses deux chevaux, et va retrouver Charlemagne. Dans sa joie de revoir son neveu, le roi lui fait, en souriant, ce reproche : « Vous êtes trop amoureux dépasser le Rhin, lui dit-il*» — <<Ah! sire répond, le chevalier, tout mon trésor est de l'autre côté ; et ce qui paraît si désagréable à tant d'autres, Êiit mon plaisir et mon bonheur. » {Str. 104-105).

Chacun admire la beauté du cheval qu'il vient de conquérir. Mais de l'autre côté du Rhin Sébile et Hélissan s'entretiennent de Baudoin et de Bérard, en vantant leurs prouesses. Elles ne sont occupées que d'eux. « Le fils du duc Thierry de Montdidier doit aimer la fille du duc Milon, dit Sébile à Hélissan; et Tamour que vous vous portez est tout naturel. De même Baudoin et moi sommes à peu près dans le ipéme cas. Leç deux chevaliers sont compagnons, noua sommes compagnes, et Tune à l'autre nous nous disons l'objet de nos désirs et ce qui ferait notre bonheur.» — «Ah I dit Hélissan, Bérard est de trop, haut rang, et mon nom a été rabaissé par la mort de mon père, lorsque je fus emmenée captive de Cologne. Mais vous m'avez rendu ma prison si douce, madame, que je vous en saurai gré le reste de ma vie.» — «Laissez ce discours, Hélissan. J'ai mon idée. Bientôt vont arriver

176 EOLAHD.

les Hurepoix, les Angevins et les Bretons, pour secourir Charleoiagne. Les Saxons ne pourront résister à leur nombre et ils seront vaincus. Charles se rendra maître de la Saxe et en fera son royaume; puis il donnera Cologne à Bérard (et à vous), et me mènera en France, à Reims ou à Laon, où, après avoir abandonnéMahomet, jerecevraile baptême.» -• «Madame, dit Hélissan, dans vos distributions, vous retenez pour vous la plus riche part. »

{Str. 106.)

Enfin les Hurepoix, les Angevins, et les Bretons arrivent, et contribuent à faire gagner à Charlemagne une victoire importante sur les Saxons ; victoire à la suite de laquelle on décide de jeter un pont sur le Rhin , afin de commander le pays ennemi. {Str. 107-109.)

En attendant que le pont soit construit , les jeunes chevaliers veulent toujours traverser le Rhin à leur manière. Sans rien dire au roi, Bérard de Montdidier, monté sur son beau cheval, se lance dans le fleuve et y est porté par son coursier, qui semblait connaître Teau mieux qu'une anguille, dit la chanson. Il touche à l'autre bord, et Hélissan, plus blanche qu'une fleur de lis, et qui ne le cède en beauté qu'à Sébile, vient au-devant de son amant. Le chevalier lui donne un baiser, ce qui fait dire à la reine : « Bérard de Montdidier, vous savez prendre pays par devant TËvangile. » {Str. 120.)

Alors Hélissau prend Bérard par la maio. Os vont s'asseoir sur Therbe et parmi les joncs, où ils se donnent des témoignages de leur tendresse. Ce spectacle réjouit la reine, qui en plaisantant dit : « Mais, croyez-vous, Bérard , qu'il me paraisse convenable que vous embrassiez ainsi cette demoiselle? — Madame, répond le chevalier, j'y ai quelque droit. Si ma mémoire est bonne, mon père avait coutume de dire que l'empereur Charles me l'avait promise; Hélissan le sait bien: Si elle veut, elle peut le dire ; et elle a le cœur trop bien placé pour se faire tort en le niant. » Sébile, curieuse de savoir la vérité, presse Hélissan qui avoue en effet qu'elle se souvient de celte promesse. {Str. 121.)

Témoin du bonheur des deux amants, la reine Sébile fait de vains efforts pour chasser de son esprit le souvenir de son cher Baudoin, et quelque peu de jalousie se glisse dans son cœur. Sous prétexte de s'intéresser à la sûreté deMontdidier, elle l'engage à se retirer dans la crainte que les Saxons ne le surprennent,. et comme témoignage de la l)onne idée qu'elle a de sa hardiesse et de sa valeur, elle lui fait présent d'un épervier excellent chasseur, qui lui avait été donné la veille, par la femme du roi Aufarz de Danemark. Bérard reçoit ce présent, donne un baiser à son amie, monte à cheval, et part. Mais à quelque distance du pavillon de la reine, il se voit barrer le chemin tout II 12

à coup^ parle roi de Danemark à la tète de quinze cents Saxons. A la vue de l'épervier possédé par le chevalier français, le. Danois entre en ftireur et jure par son oiseau, qu'il le reprendra, e( que celui qui le porté va mourir. Bérard commence par dooner la liberté à l'animal qui va se perchear^ sur uo ar^re, et après un combat acharné, il donne la inprt au. roi Âufarz malgré les quinze cexitsln^mmes qui se mettent à pleurer leur chef. LciCheva-^ lier français^ monté sur son cheval, tenant par la bride celui du vaincu et après avoir rattrapé Fépervier, s'élance dans le Rhin pour rentrer au camp. Mais pendant la durée du combat les deux dames sorties de leur pavillon, ont été témoins de tout ce qui s'est passé, de l'oiseau mis en liberté, de la mort du roi de Danemark et de la retraite glorieuse de Bérard* De loin Hélissan fait, des signes à son a;mant pour lui exprimer sa joie et son admiration, et la tendre Sébile de spa cdté recommandé au chevalier yaipqueurn de ne pas oublier fde dire à Baudoin d^:VeQir Ja. yoir. (Str^ 124,) . .

Bi^o niouill^, wnsvécuyer, tenant sur sop poing répervier revenu à lui, et ayant deux chevaux à conduire,. Bérard atteint enfin l'autre riye. Les principaux barons français, et Charlemagne luimême, s'empressent de venir à sa rencontre et ils écoutent avec curiosité et plaisir le sucoès d'une aventure q^e le héros est loin de raconter avec modestie. Dans la vivacité de sa joie orgueilleuse.

LA CHANSOlf DES SAXONS. 179

il va jusqu'à offrir à Baudoin le cheval qu'il a pris à Aufarz ; mais l'amant de Sébile, tout en conservant de la mesure , reproche assez vivement à Bérard de faire un peu trop <le bruit de sa chevalerie, et l'engage à attendre qu'il viemie aux autres l'idée d'en faire l'éloge. Une légère altercation s'é^ lève entre les deux jeunes rivaux de gloire, mais Charlemagne leur impose silence. {Str. 125.)

Bérard, après avoir été mettre ordre à sa toilette, va porter son épervier à Charlemagne qui avait témoigné le désir de l'avoir. « Bérard, dit le roi en acceptant ce don, je vous aime et prise singulièrement ; mais j'ai un mot à vous dire qu'il vous faut écouter sérieusement : je vous défends ainsi qu'à mon neveu Baudoin et à tous les autres Français, de passer le Rhin de nouveau. Baudoin était présent; il ne dit pas un mot et alla dans sa tente pour se mettre au lit, sans faire part à qui que ce fût du projet qu'il méditait. Mais à l'aube du jour, il s'arme, monte son Espagnol, et armé de son écu et de sa lance, il se jette à la nage dans le Rhin. Plein d'audace et animé par sa colère et son amour, il se soumet à mille précautions indispensables pour éviter les nombreuses vedettes que le jaloux Guiteclin a fait placer aux environs delà tente de la reine, et où il se tient luimême pour saisir l'occasion de se défaire de Baudoin et de Bérard. {Str. 126.)

Guiteclin et son écuyer étaient donc aux aguets.

180 fiOLAIlD.

lorsque, à la pointe du jour, le roi envoie en reconnaissance un Saxon de ses parents nommé Gaanin, chevalier d'une bravoure éprouvée.

Caanin rencontre en effet Baudoin qui le tue, lui ôte ses armes dont il se revêt, monte le cheval du mort, abandonne le sien, et circule alors en sûreté, entre tous les postes et les sentinelles que Guiteclin avait placés. Il pousse la témérité jusqu'à passer devant le roi saxon, qui, trompé par son costume et le prenant pour un des nombreux chevaliers à son service, feit l'éloge de Baudoin, qui s'avance sans mot dire, et s'achemine vers la tente de la reine. Sébile, les pieds nus, en chemise et couverte seulement de son hoqueton, regardait lever le soleil à l'entrée de son pavillon, lorsqu'elle aperçut le chevalier que son blason et ses armes lui firent prendre pour un Saxon. Elle le salue à la façon des Mahométans; mais Baudoin,*sans dire ni oui ni non, descend de son cheval, l'attache à un poteau et délace son haume. À peine la reine a-t-elle reconnu le chevalier que hors d'elle-même et tout éperdue, elle se jette à son col; et les deux amants s'embrassent sans penser même aux dangers qu'ils courent. (Str. 127.)

On entre dans la tente; et la fidèle, la complaisante Hélissan fait le guet, tandis que les deux amants se disent des' douceurs. Mais tout à coup la demoiselle de Cologne vient les avertir que Guiteclin, lui treizième, s'avance pour les sur-

prendre. Baudoin, sans s'émouvoir, fait ses adieux relace son haume, prend son écu et sa lance, monte à cheyal et se poste à l'entrée de la tente* (Str. 128.)

Guiteclin arrive alors avec ses chevaliei's; mais trompé de nouveau, parle blason de Gaanin. a Beau neveu, dit-il à Baudoin, ta valeur me fait envie, et parmi les chevaliers de ton âge je n'en connais pas de plus brave que toi. Fils de ma sœur Aiglante, je te donne cinq cités royales, pour augmenter tes revenus. » « Sire Guiteclin, répond le Français, je ne sais point mentir , celui pour qui tu montres tant de bon vouloir a tué Gaanin, le fils de ta sœur, et tu n'as que quelques pas à faire pour trouver son corps étendu et sanglant. » À ces mots, le cerveau de Guiteclin s'enflamme, sa raison se perd, il lâche la bride à son cheval tout en le piquant de l'éperon, et s'élance avec ses Saxons qui le suivent. Mais toujours calme et sans crainte, Baudoin se retourne pour leur faire face et à force de porter des coups sur ceux qui s'opposent à son passage, il se fraye un chemin vers le Bhin. Pendant le combat. Sébile ne quitte pas son amant des yeux, et au fond de son cœur elle prie le Seigneur par qui il grêle et vente (Dieu), que victorieux, son amant puisse repasser le fleuve. » {Str. 129.)

Cependantun grand nombre de Saxons se noient en voulant l'y poursuivre, et peu s'en faut que

18*2 ROLA]HD.

GuiteclÎD n'éprouve le même sort que ses soldats, en s avançant dans Feau, pour lancer des traits plus .sûrs à son heureux rival. — Le soleil s'était levé, et de l'autre côté du Rhin les chapelains dé Gharlemagne lui ont chanté la messe. Au sortir du service, l'empereur s'étonne de ne pas voir son neveu Baudoin. « Sire, lui dit le duc 'Naismes, qui fait les fonctions de ce qu'on appelle aujourd'hui major de l'armée, hier soir Baudoin a pris de l'humeur à l'occasion de ce que lui a dit Bérard, et il est parti sans prendre congé de personne. » On fait venir Pincenet, l'écuyer de Baudoin, qui dit qu'en eflfet son maître est parti sans armes; et que depuis, il n'en a pas eu de nouvelles. On craint alors que le chevalier n'ait été tué par les Saxons. Charlemagne exprime même à ce sujet une inquiétude qui devient bien plus vive encore lorsque l'on voit arriver seul Vairon, le cheval de Baudoin, qu'il avait abandonné à lui-même pour monter sur celui du Saxon Caanîn. On ne doute glus de la mort du chevalier ; Charlemagne le pleure déjà, tous les Français courent aux armes pour aller à sa recherche ou le venger, et Bérard est des premiers à s'élancer vers le fleuve. Tout à coup il aperçoit Baudoin revêtu de l'habit saxon. Ne doutant pas que ce ne soit un ennemi : « Seigneur saint Denis ! s'écrie-t-il, aidez-moi, et que la mort de Baudoin soit vengée par celle de ce premier Sarrazin qui se présente à moi. » La colère que Baudoin avait ressentie la veille, n'était point encore

LA CHANSOR DES SAXOIIS. 183

apaisée; aussi, en entendant la voix de Bérard, futil désagrésj)lement ému, et tout aussitôt les deux chevaliers, entraînés par l'inattendu de leur rencontre, fondent avec impétuosité Fun contrjé l'autre. Tous deux vident les arçons* Mais à peine se sont-ils remis en pied, qu'ils tirent leurs épées et combattent de nouveau. Baudoin était le plus maltraité, et moins prompt à parer, il reçoit un coup sur son haume qui le lui fait voler loin de la tète. Aussitôt que Bérard fa reconnu, se retirant en arrière de quelques pas : «Hé quoi, Baudoin, lui dit-il, avezvous renié votre foi 7 Hiet* vous étiez des nôtres, et aujourd'hui vous nous combattez 1 » Au moment où cette reconnaissance sefait, Charlemagne et ses barons arrivent, et Tempereur se jette >au col de son cher neveu qu'il croyait avoir perdu. Aux inquiétudes succède la jde la plus vive; Baudoin reçoit les félicitations et ies embrassements de tous les barons et les sfâgineurs. Mai&à peine Charlemagne a-t-il exprimé sa tendresse d'dncle, qu'il reprend le rôle grave de chef d'armée : « Baudoin, dît-il, tous ont observé mes ordres ; vous seul lés avez transgressés, je juge par là du peu de cas que vous&itesde moi. » — <c Sire, dit le ducNaismes, en s' adressant au roi, Baudoin est jeune et impatient de montrer ce dont il est capable. Veuillez lui pardonner, et consentez à ce qu'il vous raconte comment il a pris ce beau destrier. » En effet Baudoin, après avoir remercié le duc Naismes delà gé-

184 ROLASD.

nérosité avec laquelle il le tire d'embarras, raconte son aventure à Tempereur, {Str. 130.)

Depuis ce moment, il n'y eut plus de Français, si osé qu'il fût, qui se hasardât à passer le Rhin, Cet ordre fut dur au cœur de la tendre Sébile qui trouvait le temps long, et exprima plus d'une fois la crainte d'avoir été oubliée par Baudoin. Mais la belle Hélissan , plus avisée ou mieux instruite, rassurait la reine saxonne. {Str. 131.)

En cet endroit du roman, Tobscurité du langage et le laconisme excessif de l'auteur, rendent la transition qui a lieu, tant soit peu difficile à saisir. Après l'ordre positif que Charlemagne vient de donner aux chevaliers de l'armée, le poète fait observer que le roi et Baudoin sont également de mauvaise humeur l'un à Tégard de l'autre. On ne voit même pas, dit le trouvère, comment ils pourroot se rapprocher, tant que Baudoin n'aura pas de nouveau franchi les bords du Rhin, et ne se sera pas montré aux Saxons. « Baudoin, dit le roi à son neveu, ce fut grande folie à vous de vouloir passer le fleuve. Par le corps de saint Denis qui me protège, je commencerai par le passer moimême ; et vous le passerez après moi ; si les Saxons viennent vous assaillir, vous vous défendrez contre eux, mais comme il convient que cela se fasse, à l'égard des sept rois couronnés auxquels je fais la guerre. Vous êtes jeune, fort; moi, je suis affaibli par Tâge, et si je me tiens bien, vous devez vous

LA GHAIVSOlf DES SAXOKS. 185

tenir encore mieux. Je n'ai pas mes amours au delà du Rhin; vous, vous les avez. Je ne m'occupe que des sept rois. Je puis vous donner cent hommes armés, avec lesquels vous en ferez plus que vous ne pouvez croire. Bien que Guiteclin fasse la garde autour de la reine, vous trouverez bien moyen de jouter (combattre) devant elle. Vous êtes brave, fort, bon chevalier; la femme que vous aimez est à l'autre bord, allez, vous ne pouvez manquer d'imprimer la terreur parmi les Saxons. » — «En vérité, répond Baudoin, vous présentez la chose sous son beau côté; si je vous ai irrité, il est certain que vous voulez en tirer vengeance. Je traverserai le Rhin puisque vous le commandez, et ce ne sera pas la première fois que je serai environné de périls et d'embûches. Plaise à Dieu, que j'en puisse revenir! Si les Saxons me tuent, il ne vous en reviendra pas grand'chose; et, selon toute apparence, vous aurez même à vous en repentir; car tels qui vous aidaient, moi vivant, s'éloigneront de vous, après ma mort, et iront chercher l'honneur dans des royaumes étrangers. Que si je reviens, jamais je n'aurai vos bonnes grâces. — Baudoin, dit le roi, vous ferez de votre mieux, je me suis trouvé dans de semblables difficultés, et Dieu aidant, je les ai surmontées. » — « Sire, dit Baudoin en partant, pour aller à sa tente, vous vous moquez de moi. » {Str. 132.)

Persuadé que son onde veut l'exposer à une

186 ROLAHD.

mort certaine 9 Baudoin, dans sa colère, le traite de lâche (molt est Karles cuvertz, q'end me tormerUe). Et il va s- armer. A peine monté à t^eval, il se jette à la nage dans le fleuve et aborde à l'autre rive- Les Saxouis, de leur côté, surveillent leurs ennemis. Un espion déguisé sous des habits français, est parvenu jusque dans la tente de Charlemagne, où il a pris connaissance .de Fétat de Tarmée française et du. nombre des chevaliers que leur valeur rend le plus redoutables. II. rapporte cequ'il a vu et avertit Gqiteclin des combats particuliers qui ont eu Heu, ainsi que deç pertes importantes que les Saxons ont déjà faites; enfin il apprend au roi qu'à la suite d'une petite altercation qui a eu lieu entre Baudoin et Charlemagne , ce dernier a chargé son neveu de passer le fleuve, d'entrer dans le pavillon de la reine, de manière à ce que sa visite soit connue de tout le monde, et que là» après avoir témoigné sa tendresse à Sébile, il s'y prenne de manière à obtenir d'elle, en don, l'anneau qu'elle porte au doigt; ajoutant que si Baudoin ne remplit pas cette condition, il ne lui rendra jamais son amitié ni sa faveur. A ces mots, Guiteclin reste confondu, et baisse la tête, tandis que les Saxons qui l'entourent s'écrient : « Mais Charles est donc un homme de fer et d'acier, il n'aime donc pas son neveu, qu'il le soumet à une pareille épreuve ? fieaudoin ne pourra pas

LA GHAirSOIf DES SÂXOIÏS. 187

passer sans être vu, et nous allons le mettre en pièces, avec nos épées ! -^ « C'est en effet ce qui va arriver, dit l'espion, n'en dites pas davantage, car le voilà qui chevauche à toute bride. » (Str. 133-

Guiteclin devient furieux de jalousie et fait mettre tout son monde sur pied. Cependant Baudoin, à la vue des pavillons des dames et surtout de celui de son amie, méprise tout danger et se promet de donner haute preuve de courage et de chevalerie. Dans le trouble où sont jetés tout à coup les braves de l'armée saxonne, Guiteclin est abordé par le roi de Perse, Justamont, qui lui fait observer que ce serait donner preuve de grande pauvreté de cœur, si toute une armée se mettait ainsi en émoi, pour un seul homme; qu'il lui demande le don de se présenter seul, pour combattre le chevalier français, ajoutant dans sa naïveté mahométane que si avant l'heure de Compiles, il ne force pas Baudoin de se soumettre au roi de Saxe, il s'engage à renoncer à tous ses États. En disant ces mots, Justamont s'avance vers Guiteclin, qui reçoit son gant plié, et octroie la bataille. (Str. 1 37.)

Le roi de Pei*se se dirige aussitôt vers la tente de la reine, de l'intérieur de laquelle Sébile était sortie avec Hélissan pour se distraire. A la vue de Justamont, elle lui demande où il va. — Pour ne vous point mentir, répond le Persien, je vais à la recherche d'un pauvre soldat (Soudoier), qui a tra-

188 BOLAUD.

versé le Rhin dans l'intention de ravir des chevaux ; un vrai drôle qui s'avise, à ce que Ton prétend, de s'approcher des dames. On le nomme Baudoin. Mais par mon Dieu Mahomet, si vous voulez me donner un baiser de fin amour, je lui ferai sentir ce que vaut mon épée fourbie d'acier, n — « Volontiers, dit la reine, mais ce sera au retour. Prenez garde , cependant ; et s'il est aussi pauvre en effet que vous le dites, vous devriez lui laisser faire quelque gain. Il n'a peut^tre pas d'autre métier pour vivre. Quant au goût qu'il a d'aimer en haut lieu, c est une raison pour vous tous, chevaliers, de le priser davantage, puisque pauvre il cherche à s'élever: en tout cas, et quel qu'il puisse être, je ne saurais le mépriser, puisqu'il vient pour se mesurer et combattre avec vous tous. Je n'ai qu'une prière à vous adresser, Justamont, c'est de ne pas le ménager : prenez-le, mettez-le entre les mains de Guiteclin qui le fera juger selon les lois des Sarrazins. » Puis elle ajoute entre ses dents : « Allez le combattre, et vous ne reviendrez pas m'annoncer votre victoire ; j'en gagerais cent livres d'or! » {Str. 139.)

Certain d'avoir le baiser de la reine au retour, Justamont pique son cheval et s'avançant près d*une forêt : a Baudoin, s'écrie-t>-il, si tu es dans la sapine, sors, et viens à moi afin que tu apprennes ce que je puis faire* Je sais que tu as le cœur malade d'amour pour Sébile, et je viens t'apporter

LA CHAIÏS05 D£S SAX09S. 189

le remède; la nobleSarrazine m'a chargé de te donner son salut. » Baudoin apparaît tout à coup s'incline respectueusement, et devine bien, parées mots, qu'avant la fin du jour il aura un baiser de la reine. {Str. 140.)

Mais les deux chevaliers se disposent au combat, et préalablement se font des menaces au milieu desquelles Justamont ne manque pas de se vanter du baiser qui lui a été promis. Ils se battent, et le roi de Perse est tué. Celte première expédition faite, Baudoin met pied à terre, attache son cheval Vairon à un arbre , désarme le cadavre de Justamont, se revêt de son armure, prend son gonfalon , monte son cheval , se recommande à Jésus et se met en marche, certain, sous ce déguisement, d'échapper à tous les espions. (Str. 141-142.)

Tout à coup notre chevalier rencontre un gros de Saxons. L'un d'eux, en le voyant, lui saute au col pour l'embrasser en luidemandant : « Eh bien, d'où venez-vous Justamont ? Dites-moi, comment les choses se sont passées et si vous avez tué Baudoin » — Baudoin savait un peu d'allemand :

« Oui, dit-il, je l'ai vu il y a quelques jours, et l'on peut s'en apercevoir à mon écu qui est tant soit peu percé. S'il eût voulu se rendre, je l'aurais amené à Guiteclin mon seigneur, mais je ne connais encore personne qui soit en état de le jeter à bas de son cheval. Il s'est vanté à moi qu'il donne-

190 ROLAIÏD.

rait un baiser aujourd'hui à Sébile, dans sa tente, et qu'il lui prendrait l'anneau qu'elle porte à son doigt; gage qu'il doit livrer à Charleniagne/faute de quoi, il ne pourra passe raccommoder avec son oncle. Chevauchez donc de tous côtés, surveillezle avec grande attention; pour moi, je ne puis vous aider en ce moment, ma présence est nécessaire ailleurs. » Disant ainsi, il pique son cheval, va droit à la tente de la reine, et se débarrasse ainsi des Saxons qui se mettent à chevaucher aveuglément de côté et d'autre. {Str. 143.)

Sébile était toujours en dehors de son pavillon. En apercevant Baudoin. — « Justamont, lui ditelle, vous voilà de retour ? Contez-nous donc vos nouvelles, nous les entendrons avec plaisir. Vous avez trouvé Baudoin ? car dans l'état où est votre écu, vous ne sauriez le nier. Si vous l'aviez amené mort, ou même blessé, vous auriez eu le baiser promis; on n'aurait puvouslerefiiser. » — « Dame, lui dit le neveu de Charles, tous me traitez durement. Sachez qu'il arrive souvent que l'on promet unechose et qu'il en arrive une autre. NéanmcHus, je suis heureux et contentde cedon. » -*- « Pourquoi? )> Parce qu'il n'y en a pas que l'on puisse obtenir plus facilement, au point où je me sens pris d'à* mour pour toi. » En entendant ce langage, la reine éprouva delà peur etde la pitié, s'imaginantqueBaudoin avait reçu une blessure ou était retenu prisonnier. Elle pencha son visage et demeura pensive.

LA ghausoh des saxoks. 191

Baudoin n'avait pas sujet d'être fâché delà voii'dans cet état; alors ilmet sans plus tarder pied à terre, ôle son. heaume et délace sa vantaille. A peine Sébile Fa-t-elle reconnu, qu'elle ne se sent plus la même, et elle reste muette de joie. Baudoin la prend par le doigt (la main), l'emmène dsins la tente, et là ils se donnent cent baisers. — ÂhlBeaudoin, dit la reine : vous venez bien, je dois vous aimer beaucoup pour tout ce que vous avez fait à cause de moi. » r^ «Madame, répondit Baudoin, sachez que je n'ai rien de plus cher que.votre amour; sachez que je suis exilé de France (d'auprès des Français) à cause de vous; le roi Charles , mon oncle, ma chassé de sa cour, et jamais, dit-41, il ne s'apaisera jusqu'à ce que je lui apporte cet anneau que vous portez au doigt; tant, dit-il, il prend intérêt à la grande amitié qui nous unit, tant il désire en avoir la preuve. — Eh quoi! dit la reine , le roi ne peut être apaisé que par ce moyen? Ainsi vous n'êtes pas venu seulement ici pour mon amour? Allez, retirez-vous, et garantissez-vous des Saxons; car ils ne vous aiment guère et s'ils pouvaient vous tenir, ils vous écorcheraient. Si vous êtes chassé de Finance par Charles, allez dans un autre pays; un homme vaillant est toujours sûr d'être bien reçu partout. » {Str. 144).

A ces mots Baudoin éprouve une colère intérieure. Il pousse des soupirs, tient la tête baissée , et des larmesroulent sur sa poitrine, tant il éprouve

de douleur et de honte. « Dieu ! dit-il, voilà donc ce qu'elle est 1 Enfin de compte, la femme est toujours changeante, ce qu'elle promet le matin loyalement, se réduit bientôt à rien, ou elle le destine à d'autres. C'est ce que me fait éprouver aujourd'hui cette Sarrazine sur l'amour de laquelle je comptais. Avec de la persévérance et de l'empressement, il n'est rien que n'en pût obtenir un valet de cuisine ; et pour un misérable anneau qui ne vaut pas une poitevine {pièce de monnaie) elle m'éconduit et me plonge dans le désespoir. Ce qu'il y a dans la femme ne vaut pas grand'ehose; et c'est perdre son temps que de l'employer à l'enseigner. Quand elle s est emparée d'un homme, elle devient un mauvaisvoisinage pour lui. Certes il vaut mieux mourir, plutôt que celle-ci, ou toute autre, ait mon amour ! (Str. 145.)

Après cette sortie contre le beau sexe, Baudoin, revient sur les démêlés avec son oncle et se promet de faire payer cher aux Saxons tous les ennuis qu'il éprouve. {Str. 146.)

Cependant que Baudoin s'afflige ainsi dans le pavillon de soie, la reine le regarde en souriant, et lui montre toute sa joie. Elle s'agenouille devant lui, lui passe son bras autour du col et lui donne quatorze baisers avant de suite , puis elle lui dit : « Beau doux ami, je voulais vous mettre à l'épreuve. Tels sont les jeux d'amour, pour ceux qui le connaissent. Il ne vit que de querelles vi-

ves. C'est une dure chose que la guerre entre les amants, et le rire se prolonge jusqu'à ce que la courroie se rompe. Mais l'amour ne tarde pas à renaître, à moins qu'un cœur félon ne s'écarte de la véritable voie. Baudoin, ajouta Sébile, croyezvous que je sois à un autre qu'à vous? Ah! soye:&en certain, mon cœur tous est acquis, et je n'ai pas la volonté de pouvoir faire autrement. Puisque mon cœur est à vous, il renonce à tout autre ; prenez le reste, j'abandonne l'autre proie. » Â ces mots ils se donnent force baiisers et mènent grande joie. {S(r. 147.)

Mais, par malheur, un Saxon qui les espionne, a vu tout ce qui se passe et va raconter le tait à Guiteclin qui est là avec cinq cents hommes. « Sire roi, lui dit Tespion, j'ai laissé Baudoin donnant des baisers à la reine. Il en fait plus à sa volonté que vous n'en feriez vous-même ; et il faut que vous sachiez que la reine consent à tout. » La colère et la jalousie de Guiteclin deviennent plus violentes que jamais à ce récit, et le malheureux roi se prépare à surprendre Baudoin. {Sir. 148.)

Baudoin passait si bien son temps sous le pavillon, qu'il y demeura plus longtemps qu'il n'eût fallu; et sans les attentions de mademoiselle Hélissan de Cologne, toujours à son poste pour protéger les amours de la reine, les choses auraient pu ti*ès-mal tourné. Mais Baudoin, averti n. 13

194 BOLAlfD.

par ^e de Tarrivée de.Guitecliov remet ses armes, moote à eheval^et-v^t bientôt Guiteclin et ses ca-- ¥al||$i;s «'appvQçher^. A la vue du danger auquel il est Qxposé; le chevalier français né peut retenir le dépit que fait nattre en lui la conduite de Ciiarleiçagne qw le met à de si rudes épreuves : « Âb ! vieillard Charles, s'écrie-t-il avec an^rtume, que Dieu te perde 1 Qu'espères-tu gagner si je meurs au milieu des Saxons? Va! tu n'aimas jamais que ceux qui t'ont flaljté^ ou. que tu pouvais, faire agira ta jbutaifiiie. C'est par ta faute que Roland et Olivier sont morts; je vois bien que. ton désir est que j'aille les rejoindre, et c'est une vraie folie que d'emjdoyer son courage à ton service. Mais par Fapôtre de Rome, si je puis combattre les Saxons, sauver Bcia vie et retourner sain et sauf de ce mauvais pas, ni poor au<kune prière, ni pour cent livres d'or pur, je ne renonoerais à tirer vengeance de toL » {Str. 449.)

Plein de ces terribles pensées, Baudoin chevauche avec les armes et le gon&lon déployé de Justamont, de telle sorte que Guiteclin^ aveuglé par la jalousie et trompé d'ailleurs par le costume persan que porte le chevalier français, prend complètement le change. (S^« 150.)

^k>n Join de là, quelques Saxons rencontrent le cadavre du véritable Justamont, avec Vcdron le cheval de Baudoin, attaché à un arbre. Ces soldats

LA GHAITSOIf DES SAXOIÏS. 195

s^imaginant: tpouver de For- dans les arçons de la selle, veulent s'en emparer, ce qui effraie Vairon, Teqùel roïilpt t»ar%ridef, isi^enfilit vers le fleuve, qu'il traverse' Èfèlùti Î'MIAU^ que lui en a fait prendre son maître. Alors les Salons reportent leur attention sur Baudoin dont ils cherchent à s'emparer; rtidiJÈ celtâ-c^ s^enfôbce dans une vaUée, évite les traits qm hfi isoM lancés, exprès de quitter la rive saxonne, il jette un dertiier regard sur les Keux et la contrée^oùe^t celle qn'ilàiine. Toutefois; pendant sa retrtMb,^ilfiiit encore ia* rencontre* de Guiteclin, et led deux héroâ.se<lancenl^ chacun une bordée d'injures mêlées à des bravades ehcivaieresques. (Sfr. fSl-î52.)'Ettfin^BiBlôdt)in rompt l'écu du roi, en lui' portant ^plusieurs coups, et après lui avoir adressé) encore quelques jsaroasmes> il va se jeter à la nagélet ti^âversé le Khîn. (S^. 153.)

Trîôtè et' côtifus,Giflle'diti se retire dans son camp. Pour le chevalier frahçais, arrivé sur l'autre rive, il va se jeter soîis une aubépine,' {Str. 154.) ét*vmt^biëtitWpàssërVàirtin,soEi cheval, qui, fatîgdé tfsmfii* él!é']()Otirsiiivi, va droit au Camp français pour se reposer. A ^eine Pfecenet, Fécuyer de Baudoin, l'a-l-il aperçu revenant seul, qu'il s'édrie'f-VAh! Aofl'thslHre est mortl€hacun répète cette nouvelle,» tant qu'enfin elle arrive jusqu'au rôî, qui, pléîn de colère, pique son cheval, et s'avance jusqu'^à l'aubépinier où reposait Baudoin, qu'il nfe reconnaît J)as à cause des armes païennes

196 HOLAIVD.

dont il est revêtu. Pour Baudoin, à peine a-t-il aperçu son onclet qu'une joie cruelle se fait sentir au fond de son cœur. Il monte à cheval et se dispose à recevoir Charlemagne qu'il meurt d'envie de combattre et de frapper. {Str. 155.)

L'empereur pique des deux, et s'élance vers Baudoin. « Glorieux roi céleste, dit son neveu en l'attendant, je porte la plus mauvaise intention dans mon cœur. Voici venir mon oncle qui, chagrin de ma mort, croit qu'il en va tirer vengeance sur un Saxon ; et cependant, tant je suis criminel et félon, je m'apprête à reconnaître ce bon sentiment par une horrible récompense. Non, malgré tous mes efforts, je ne pourrai lui pardonner sa colère et ses querelles, tant que je n'aurai pas frappé son blason. Glorieux sire, qui as souffert la passion, qui as pardonné à Marie Madeleine et as ressuscité Lazare, consens à ce que, dans cette circonstance, Charles ne soit pas humilié, et que je ne m'avilisse pas trop. » Disant ces mots, il met la main sur l'arçon et monte sur le cheval saxon encore tout mouillé, puis il s'élance dans le pré, comme un émérillon. {Sir. 156.)

Impatient de se mesurer avec son oncle, Baudoin ne pourra sentir son orgueil désenflé, que quand il aura fait éprouver son pouvoir et sa force à Charlemagne. Le combat s'engage, les armures sont endommagées d'une part et d'autre, et Bau-

doin va jusqu'à être prêt de désarçonner Gharlemagne. Mais le neveu s'écrie alors : « Oncle I estce que vous ne me reconnaissez pas? Sachez que TOUS avez retrouvé votre neveu Baudoin. Mais si vous vous êtes moqué de moi, je me suis vengé. Je suis enchanté que nous nous soyons mesurés, maintenant me voilà purgé de toute la mauvaise humeur que je conservais. Sachez que j'ai donné plus d'un baiser à la reine Sébile, que je suis pos* sesseur de son anneau, que j'ai jeté Guiteclin à bas de son cheval devant ses vassaux, et qu'il ne s'en est pas fallu de beaucoup que je ne vous fisse vider les arçons. » Ayant ainsi parlé, Baudoin met pied à terre, délace son heaume, découvre son visage, embrasse la jambe de l'empereur et lui demande merci. Le bon roi Gharlemagne aime tant son neveu, qu'il se console facilement d'avoir été presque vaincu par lui, et qu'il lui pardonne. Les chevaliers de l'armée viennent bientôt les joindre, et Baudoin, après avoir raconté tout ce qu'il a fait chez les Saxons, donne la bague de la reine â Gharlemagne. Alors tout le monde remercie Dieu de Theureuse issue de ces événements. (Str. 157.)

 cet endroit de la chanson, se trouve un épisode curieux. Un cerf passe le Rhin à la nage et l'idée vient à Gharlemagne de faire jetor un pont sur le fleuve, en suivant la ligne du trajet de Tanimal. L'empereur ordonne aussitôt que l'on se mette à l'ouvrage et prétend que , selon l'usage des ancien-

1 98 BOLAN D.

ues légioas roœaîiies, tous les soMatede^^n armée coocoiurent à cette oQQ^tfuçtl^i l|lai$iJ|i9s qhçvaT liers se trdureot fort effei]^ d'un p^i^l ordrp, et ils se disent entre eux : n Que. ce n'est pas Jew métier ; que s'ils sooï venus d^ l^m ii#ys {mw aider Charlemagne à défendfe . ou. à iponquérir ses terres, ce n'est pas une raison pour qu il les charge de travaux avUissajpits que n-onti jamais Iak leurs ancêtres, » Un chevalier alleioand ,s!9di;€isse à l'empereur lui-même : « Sire, lui dit-il, nos barons allemands vous font savoir qu'au temps de votre père, ils n'avaient pas pour habitude d'ar battre les forêts ; ils ne sontfpas charpentiers! Que les Français fassent le pont, eux à qui vous donnez de l'or, que vous nourrissez et à qui vous fournissez des chevaux quand ils en manquent. G'e^tà eux de commencer. » ^ :

Charlemagne est fort courroucé de cette prétenvtion; mais les Allemands^ les Bava]rQi$, les.Qpqrr guignons et les Lombards, forment ^ne espèc^e de conspiration et se mettent en marche pour quitter l'armée. Tout^is^ l'empereur qui trouve fort mauvais que l'on veuiUe faire exécuter aux Français seulement, un ouvrage que Ton regarde comme avilissant, fait valoir devant les étrangers leurs titres de noblesse. Puis,. envoyant le duc Naismes, son conseiller, vers les déserteurs qui persistent dans leur résolution de se retirer, cet officier les menace, au nom du roi, de les priver des avan-

LA GHAUSOR DES SAXONS. t09

tages cp»'9& Ueoaeat, de lui, et dès léconifreiiftes qui leur sopt promises, après ia eonqnête de la Saxe* Cet argument déteriiunft:les Allemaûds^ Ba^ varois et autres, à rentrer dans Vd^tà^saûte et à concourir à la construction du pont, dont on s'occupe efifectivement aussitôt; {Str: i5d et suw.)

On annonce oette nouvelle à Ouîte^n, et la bâtisse du pont se fait aii milieu de combats continuels. De l'autre côté du fleuve, les Saxons élèvent une espèce de tow ou forteresse, d'où ils inquiettent les Français^ Mais après une résistance opiniâtre de partet d'autre, l'armée, de Gbàrlemagne passe enfin le Rhin{175), et il se livre unebataillé, (180). Les Saxons, commencent à plier (185), et Baudoin et Bérarduesontpasdesderinersii montrer leur valeur, comme (m le pense bien^La mort de Garin d'Ansaume, daevalier français, anime de nouveau Charlemagne qui jure de le venger. À ces mots, son neveu Baudoin pique des deux et va s'élancer sur Murgalon qui a taié^ Garin ; le chef saxon a le cœur pereé et tombe mort, (f 88). Cependant les Saxons ne cessent pas de se défendre avec cour rage, et ils font éprouver des pertes crueUesà l'ai^ mée française. Guiteclin^ à cette ^apparence de succès, sent ranimer encore son courage, et défie Charlemagne lui-même (190). &r.

Les deux armées s'arrêtent alors pour voir combattre leurs chefs ; et après une lutte longue et

acharnée, Gharlemagne qui a reçu plus d'une blessure, tue Guitecliu. Alors les Saxons fuient (197), et les Français les poursuivent et les dispersent {Str. 199).

(201). Mais Tempereur fait sonner la retraite, et donne des ordres pour que l'on rassemble les différents corps de son armée; puis s'adressant aux che& principaux: « Barons, leur dit-il, allez sans tarder un seul instant, pour vous emparer de la reine Sébile et d'Hélissan de Cologne, ainsi que des autres dames, et amenez-les moi, afin que je confirme le don que j'ai &it à Baudoin et à Bérard : » Les chevaliers de Gharlemagne vont en effet aux pavillons des dames demeurées seules après la retraite des Saxons dans la yille de Trémoigne. Sébile se voyant prisonnière, se met à faire des plaintes sur la mort de son mari Quiteclin, que'lle a toujours aimé et auquel elle n'a jamais fait aucun tort, dit-elle. Mais Hélissan la rassure, et, pour dissiper ses inquiétudes sur l'avenir, elle lui dit que : « si Baudoin n'a pas trouvé la mort dans le combat, il l'épousera certainement dans le mois. Que l'empereur l'a promise à Baudoin à la fin de la guerre; et que si elle consent à quitter Mahomet pour embrasser la foi du fils de Marie, après avoir été bénie sur les fonts de baptême, les noces se célébreront au milieu de la joie. {Sir. 201-202.)

Sébile est en effet conduite devant Gharlemagne

dont eUe embrasse les genoux en implorant sa générosité. {Str. 203-204.)

En cet endroit de la chanson, il est assez difficile de décider si la brusquerie des événements résulte du défaut d'art de la part du poète, ou de la nature des mœurs qu'il avait à peindre. Quoi qu'il en soit, voici comme se passe l'entrevue de Sébile prisonnière, avec Gharlemagne victorieux. La reine se confie à lui et lui avoue que son époux étant mort, elle demeure seule, sans ami, sans protecteur, si pei'sonne n'a pitié de son infortune. Alors Charles la presse dans ses bras, fait appeler son neveu Baudoin, et dit à Sébile : « Dame, voici un brave guerrier; c'est le fils de ma sœur, il est noble. Si vous voulez l'épouser, je vous ferai baptiser selon la loi de notre Créateur. Il sera roi et vous partagerez ses honneurs. Si vous préférez conserver la loi païenne, plutôt que d'épouser le comte, je n'y vois d'autre inconvénient que de ne pouvoir faire les choses pour votre bien, comme c'était mon intention. » Sébile déclare que, dans sa position , elle ne voit rien de plus raisonnable que de se confier aux Français, :(x car, ajoute-t-elle, si je refusais le comte, jeferais une folie,et jamais Dieu ne m'octroiera un meilleur mariage. Je désire seulement qu'il soit aussi du gré de Baudoin. » La reine promet donc de laisser le Mahomet de la Mecque; mais avant elle demande une grâce, c'est de faire chercher les restes de Guiteclin sur le champ de bataille, pour

Page 1