R0LAI9D
guerre que lui font les Saxons ; Lancelot, Gallehaut et Gauvain les ccfimbattent, et Laneelot, en particulier, se distingue par sa vaillance, en cette occasion. Après cette victoire, la reine Genièvre court embrasser son amant encore tout couvert de sang, et sa compagne madame de Mallehaut ne reçoit pas nK>ins bien son ami Gallehaut.
Si la reine Genièvre avait oublié ses devoirs d'épouse, de son côté, le roi Àrtliur était assez disposé à lui faire des infidélités, ce qui ne lui réussissait pas toujours heureusement. Il avait eu l'occasion de voir une demoiselle là où il faisait la guerre, et, après la bataille qu'il venait de livrer aux Saxons, il fut abordé par cette belle , qui lui dit (feuillet 107) qu'elle désirait lui parler, ce qui donna uae grande joie au roi i « Sire, lui dit-elle , vous êtes i'homme le plus vaillant du monde. Vous m'ayez fait entendre que vous êtes épris d'amour pour moi ; je veux vous éprouver. » Alors elle lui assigne un rendez-vous dans la citadelle qu'elle habite. Arthur lui promet de s'y rendre, retourne vers ses chevaliers, leur fait bonne mine , et fait dire à la reine Genièvre qu'elle ne le verra pas , parce qu'il est tellement fatigué du combat, qu'il a besoin de repos. A peine la reine a-t-elle reçu cet avertissement, que, prompte à saisir l'occasion, elle envoie quelqu'un aux deux amants Lancelot et Gallehaut , pour les prévenir qu'ils peuvent venir passer la nuit ptès de leurs amantes.
LAIfGELOT DU LAC. 235
Arthur était avec ses chevaliers, et, la nuit, si tôt qu'il les vit endormis, il se lere avec toutes les précautions imaginables^ s'arme en silence, et, accompagné d'un guerrier de confiance , va trouver le messager de la demoiselle de la Roche, qui'était chargé de l'introduire dans le château. Efi effet, il arrive chez la belle demoiselle, qui le reçoit à bras ouverts, et ne se montre rien moins que cruelle. Quand le grand roi Arthur a été parfaitement heureux, entrent dans la chambré quarante chevaliers tenant leurs épées nues, qui s'emparent de lui et r^iferment dans une autre pièce dont la porte était ferrée. Tandis que ces choses se passaient au château de la Rodie, de leur côté, Lanoelot et Gailehaut, se levant aussi avec précaution et s'armant en silence ainsi que leurs écuyers , se préparaient à aller au rendez-vous qui leur avait été assigné. Les deux chevaliers y courent à toute bride, trouvent la porte du jardin ouverte comme il était convenu, et la nuit se passe à la grande satisfaction du quadrille amoureux.
Vers le matin , lorsque les deux galants sont partis, les damés ne tardent pas à apprendre la captivité du roi, triste nouvelle dont l'armée avait été instruite , en vopnt Técu et l'épéc d'Arthur suspendus aux murailles du château de la Roche.
Cet événement met tous les chevaliers d'Arthur en émoi, et, dans<;et endroit du roman, îl y a en-^
236 bolaud.
core une suite d'aventures guerrières pendant lesquelles beaucoup de chevaliers , outre Gallehaut, Gauvain et Lancelot lui-rniéme^ sont faits prisonniers au moyen des stratagèmes et des embûches que leur tend l'artificieuse demoiselle de la Roche. Enfin, Lancelot, après avoir presque perdu Tesprit, parvient à sortir du lieu où on l'avait enfermé j et se met à faire la guerre aux Saxons avec un tel emportement, qu'il parvient à les vaincre et à rendre la liberté au roi Arthur et à tous les che-^ valiers qui avaient été pris. Dire la joie qu'éprouva la reine Genièvre en revoyant son ami victorieux et couvert de gloire, et son mari rendu à ses états, ce serait chose difficile. Quant à Arthur , dans sa reconnaissance, et, après avoir témoigné à Lancelot toute sa reconnaissance, il l'élève à la dignité de chevalier de la Table ronde, et, à partir de ce moment, il le considère comme son meilleur ami et le plus ferme gardien de sa couronne, {impartie, feuillets ^b-iOS^ édition Vérard.)
Je ne sais pas ce que le lecteur pense à présent de la naïveté de nos bons câeux; mais , si la jeunesse et l'ardeur de Lancelot et de Genièvre font passer condamnation sur ce qu'il y a de peu édifiant dans la gracieuse scène d'amour qui précède, quel nom donner à Tarrangement de madame de Mallebaut et du roi Gallehaut? et que dire surtout de ce dernier, dont le nom est devenu synonyme d'un mot qu'on est dispensé d'employer, depuis que Dante a stigma-
LAIfCELOT DU LAC. 237
tisé dans ses vers le complaisant conseiller de la reine Genièvre (1).
Mais jusqu'ici, au moins, la passion eist présentée franchement, et le romancier ne la couvre d'aucun voile qui, en dissimulant son illégitimité, puisse faire prendre le change au lecteur sur sa nature. Mais bientôt cet amour se combine avec des idées mystiques ; et, dès lors, les écarts les plus scandaleux des deux amants se trouveot enveloppés dans un brouillard de religiosité^ qui constitue proprement la poétique des romans chevaleresques. Cest cet amalgame du sacré et du profane, qui présentait surtout un grand charme aux lecteurs du temps dePhilippe-Àuguste, de saint Louis et de François 1". Aussi est-ce ce que je vais m'appliquer à faire connaître par quelques extraits de Lancelot, qui vont suivre.
<x Le roi Arthur ayant décidé de célébrer un grand tournoi à Kamalot , où devaient se rendre les plus fameux chevaliers de la Table-ronde , la
(i) Noi leggiavamo un giorno, per dilelto, Di Lancilollo, corne amor lo slrinse
Quando leggemmo il disiato riso Esser baciato da cotanlo amante; Questi, che mai da me non fia diviso, La bocca mi bacciè tulto Iremanle.
Galeotto fù il iibro e clii lo scrisse.
Dante. Inf. cant. V.
3^8 ROLABD.
reine Genièvre qui ne voulait pas qu'une telle solennité eût lieu sans que son cher Lancelot y prit part , lui envoie un billet par une de ses demoiselles, pour l'inviter à venir. Après une suite assez longue d'aventures , en roule , le chevalier, accompagné de son cousin Boort, arrive à Kamalot , près des murs du palais qu'il franchit; il était attendu impatiemment et tout avait été préparé pour le recevoir. Il était nuit, et lé roi Arthur était déjà couché. Mal disposé , il avait invité sa femme à aller dormir dans une autre chambre. Geniè* vre, que cette résolution ne contrariait en aucune façon, fait choix d'un appartement écarté^ en renvoie toutes ses femmes sous prétexte de ne pas être dérangée pendant son sommeil , et bientôt , par une issue secrète, elle va trouver Lancelot dans le lieu où on l'avait avertie qu'il était. » Malgré tous les sacrifices que je pourrais faire des détails étranges de la fin de ce chapitre , je ne parviendrais pas à en faire accepter la lecture. On me permettra donc de la supprimer. Mais en attendant l'ouverture du tournoi, trois rendez-vous nocturnes semblables, ont lieu entre Lancelot et la reine, dans le château même de Ramalot , où dort si cornplaisamment legrand roi Arthur. (2* partie, feuU-let 106.)
Mais après ces prouesses amoureuses, Lancelotne se montre pas moins ardent pendant le tournoi, et il demeure vainqueur de tous les chevaliers de laTa-*
LAIYGELOT D17 LAC. 239
ble ronde; Les combattants portaient des armes qui ne permettaient pas qu'on les reoonnût ^ et soit à cause de la bravoure naturelle d'Arthur, ou dans ridée de le flatter, chacun disait autour du victorieux Lancelot : c'est le roi ! c'est le roi t Mais le monarque breton n'en devient que plus curiei|x de savoir qui peut être ce guerrier si- vaillant^ et il le prie de délacer son casque. A peine a-tMl reconnu Lancelot, qu'il le presse dans ses bras^ l'embrasse et n'a rien déplus pressé à feireque de le prendre par la main , pour le conduire au palais et le présenter à sa femme, à la reine qui^ avec une imperturbable assurance, court à son amant les bras étendus , lui montrant toute la vivacité de la joie qu'elle éprouve , et le remerckmt, prar se donner un air d'innocence , d'un certain jeu d'échec naarchant tout seul, que Lancelot lui avait envoyé quelque temps avant , pendant le cours d'un de ses voyages. •» ' ^
A toutes ces scènes d'amour, d'intrigue, d^ guerre et de rouerie , c'est le mot propre, en suc-r cède une plus grave. Gauvain , neveu d' ArUiur , Iç sage Gauvain, espèce de chevalier philoi^phe » «ç demandant pas mieux que de. bien Mre ^ n^fiiç toujours exposé à des tentations si fortes, qu'il ne peut y résister, Gauvain estratnené à Kamalot, blessé à la suite de mille et un cMubats. Ce guerrier, toujours en quête des aventures , n'a pu mettre à fin celle du cimetière et de la chapelle ruinée
240 BOLAIYD.
(feuillet 50). 11 passe outre, traverse une forêt et finit par rencontrer une forteresse dans laquelle il entre. Là, il trouve plongée dans une cuve de marbre remplie d'eau bouillante , une demoiselle qui le supplie de l'en tirer. Mais le brave Gauvain , après de vains efforts , ne peut lui rendre ce service : « Âh 1 sire chevalier, lui dit alors la demoiselle , c'est bien malheureux pour vous , mais vous ne sortirez pas de ce château, sans honte ! » Condamnée à un supplice temporaire pour des fautes dont elle ne fait pas l'aveu , cette demoiselle prévient Gauvain que, dans l'année, il doit se présenter un chevalier que ses vertus et sa sagesse rendront digne d'aborder le saint Graal , et qui la tirera de son bain bouillant, mais qu'elle voit avec peine que cette gloire n'est pas réservée à Gauvain. Celui-ci quitte alors la jeune pécheresse, et s'avance dans l'intérieur du château pour en trouver le maître. Il est entouré bientôt d'une foule de chevaliers (templistes) qui le désarment et le reçoivent avec politesse, jusqu'à ce que le chevalier roi ou maître des autres, vient luimême accueillir l'étranger. On passe silencieusement dans une autre salle ; on dresse des tables , toute la compagnie s'assied , se met en oraison , lorsqu'une colombe tenant un encensoir à son bec apparaît et remplit l'air des plus doux parfiims. Bientôt après sort d'une chambre voisine une demoiselle d'une beauté merveiUeuse , portant en ses mains et au-dessus de sa tête un magnifique
LASCELOT DU LAC. 241
vase en forme de calice , dont il était impossible de reconnaître la matière. Gauvain le regarde avec surprise, toutefois il admire par-dessus tout Finefable beauté de la jeune demoiselle qui le tient. A mesure que la demoiselle passe devant les assistantSy chacun d'eux s'agenouille , et, tout-à-coup, les tables se trouvent couvertes de mets aussi précieux que variés. Les assistants prennent leur repas, excepté Gauvain qui, tout occupé du spectacle qui l'entoure, cherche trop tard et vainement des mets qui avaient disparus dès l'instant que la demoiselle , ayant fait sa tournée , était rentrée dans la chambre. Peu à peu tous les chevaliers se lèvent et vont dans diverses parties du château. Pour Gauvain , resté seul , il veut enfin se mettre en marche et reprendre sa route , mais toutes les issues du palais sont fermées , et il finit par rencontrer un nain qui lui répète brutalement ce qui lui avait déjà été dit par la demoiselle dans la cuve bouillante : « quil ne sortirait pas de ce château, sans honte l » Gauvain prend le parti de passer dans une autre chambre où il trouve un lit dans lequel il se propose de se coucher , lorsqu'il entend la voix d'une demoiselle qui lui crie : a Ah! chevalier, tu mourras si tu te couches désarmé, car c'est le lit aventureux. Voici des armes, prends-les et couche- toi alors si tu veux. » Gauvain prend et revêt ses armes, puis se met au lit. Mais à peine va-t-il céder au sommeil, qu'un javelot dont le fer est flamboyant se dirige sur lui , le frappe à l'épaule et lui fait une II. 16
242 iiOLAnD.
blessure IrèsT^grayes. PenddqtiJe reste delà nuit le blessé a deux ou trois yi/siiHis.dont le sens, indubi|;ableineQt all^orique , n'est pim.f^aîle à expli* quer , et toute cette scène noclurûe sie termine^par un combat^que Gauvain a à soutenir avec un che^valier qui le niène fort rudeœçQL^
Après ce cQml}at> un vent terriUe.soqffle^^Bs éclairs ];)ri]lent>de3/cp.ups4p tp^porr^saSi^ntefitendre dai^ le château jusqu'à cq. qu'cjiMin )e calme succède à cet ora^. Alors un air^doux^t^fipquille et embaumé règne partout , deux cents ifoixf(>nt entendre le plus agréablç, concert , en célébrant la gloire du roi des^cieux. Gauvain étonné , ouvre les yeux,. mais il ne voit rien. Bientôt il s'aperçoH qu'en tout^ cela il n'y a ^eç de^terreslM^e; et après avoir fait des elÇbrts pour se lever , il retombe épuisé par la perte du sang de sa blessure* De la place où il était étepdu, il voit la même d^oiselle qui la veille avait apporté le saint vaisseau devant les tables ; elle était précédée de deux âerges et de deux encensoirs. Lorsqu'elle eut posé, le saint vaisseau sur la table d'argent , alors dix cassolettes ne cessèrent pas d'encenser , et un grand nombre de voix, se mirent à chanter avec une suavité ineffable ; « Béni soU le père des deyx. » Mais à peine la demoiselle, portant le va^e , s'est-rclle retirée que les chants cessent et que Gauvain se re* trouve dans Tobscurité. C'est alors seulement qu'il s'aperçoitflu divin effet qu'a produit sur lui la vue
LAIHGELOT DU LAC. 243
du saint vaisseau. Cette terrible blessure à l'épaulé que lui avait faite la lanoe enflammée , était guérie. Jo])ieux , il se lève et part pour chercher le cheva-r liet ..par^qni il. avait été "si ^cruellement maltraitéy lorsque tout-à-coup une grande quantité de gens s'emparent delui^ l'emportent horsdelasalle, et vont le lier dans upecharette stationnée dans- la cour. Plafcé sur ee tombereau ignominieiix au timon duquel ^stàttaehé son écu, onlecondtôt jusqu'à la ville voisine où il qsC livvé à rinsolencé des ménétriers et deJa popuMce. Enfin , une vidlie femme' a pitié de lui ; elle le délie dès qu'il est sôrti^ de la ville , et le pauvre Gauvain^ honteux, eonius/ marche dans la cdJpapagne jusqu'à ce qu'il rencontre un ermite à qui il Sait le récit et demandé l'explication de toutes les merveiUes dont il a été témoin :s <% Certes , c'est lefiaint^Graal ou le saint sang de Notre^eigneur ^ lui répond » le soiitâire ^ qui aprè» avoir satisfait sa curiosité sur>tout,ce qu'il a vu , lui re* commande de garder tee. secret, etdefaire en sorte, à l'avenir^ de se conduire plus saintement, afin de jouir et de profiter pleinentent dés vertus divines dueaifit vftse. » ( 2"" partie , feuiliet 52 etsuiv. )
I^ narratiràde cette aventure; faite par Gau vain lui-méineri^ à la cour du roi Artbu», excite l'attentioQ générale ; mais elle semble frappa plus par*ticuliènemantrimagination de la i^ne Genièvre, à qui allé ;si|iggère passagèrement des inflexions serieuses'gur les'résultatisde la passion qui la domine.
244 BOLAIID.
Le mauvais succès de Gauvain auprès du Saint- Graal, causé par l'irrégularité de sa conduite , la préoccupe , et ce souvenir la poursuit même jusqu'au milieu des divertissements delà cour, comme on va le voir*
« La fête que donna le roi Arthur pour la venue de monseigneur Lancelot et des autres compagnons de la Table ronde , dit le romancier , fut magnifique; et dans cette journée il y eut des conversations entre tous les assistants. Il arriva .que la reine Genièvre et Lancelot se trouvèrent ensem-ble dans Tembràsure d'une fenêtre. Us étaient seuls, et personne ne pouvait entendre ce qu'ils se disaient : « Âh ! Lancelot , mon ami , dit la reine, avez-vous fait attention au récit que monseigneur Gauvain a fait de l'aventure des tombes de la Chapelle-Ruinée , et à ce qu'il affirmait que jamais un chevalier qui se serait laissé aller aux faiblesses de la chair, ne pourrait mettre à fin les aventures du Saint-Graal? Que j'ai de regret de ce que, par cette disposition où vous vous trouvez vous-même, vous ayez perdu le mérite de tous vos exploits terrestres! Aussi pouvez-vous dire que vous avez acheté mon amour bien cher , puisque pour moi vous avez perdu ce que vous ne pourrez jamais recouvrer ! Sachez que je n'en suis pas moins affligée que vous,.queje le suis peut-être davantage , car c'est une grande faute que j'ai faite , lorsque Dieu vous avait créé le plus beau et le
laucblot du lac. 245
plus gracieux de tous ceux du monde , et qu'il vous avait accordé la grâce de pouvoir prétendre en l'accomplissement desaventures duSaint-GraaIy cependant vous l'avez perdue par le fait de notre union. Mieux vaudrait que je ne fusse jamais née, car je n'eusse pas empêché l'accomplissement de si nobles faits! — Madame, dit Lancelot, vous avez tort de parler ainsi; soyez certaine que je ne serais jamais parvenu à l'élévation où je suis , si vous n'aviez pas existé. De moi seul , en commençant, je n'aurais jamais eu le courage d'entreprendre aucune chevalerie , ni de tenter des choses auxquelles tous les autres ont renoncé par défaut de puissance. Mais ce que je vis en vous de si haute beauté, éleva tellement mon cœur en orgueil, qu'il n'y avait pas d'aventure si périlleuse, que je ne fusse certain de la mettre à fin; car je savais bien que, si les aventures ne se terminaient pas par des prouesses, jamais je n'arriverais jusqu'à vous... — Aussi vous avouerai-je alncèrement, interrompit la reine, que, comme ce motif était ce qui accroissait vos vertus, je ne m'en veux pas de ce que vous m'avez aimée, puisque j'ai été cause de vos prouesses ; mais ce qui me chagrine de cet amour, c'est qu'il vous a fait perdre lé droit d'achever les hautes aventures du Saint- Graal , en l'honneur duquel la Table-Ronde a été instituée. (Seconde partie, feuillet 115.)
Je fais grâce au lecteur des infidélités assez nombreuses, mais sans conséquences, que le roi Arthur
et Lsioeelol du lâc font à l&beile Genièyrei^aant à.celleHH^.ri^ureuseiDentt fidèle^ tôul à la^ftns i sonai^apA fCt k soo'épeuxv 'le resté :do inoade pa-* ralt lui ^tce .étcanger«
y UlnfwAiQn la plus^rave^bîm qu'elle soibiivr voloptaîre> qtte,LanoeIot.fds$ô au ^paete amoureux qu'il a wQitraQté, fyec. lH; keIle%|Gremàvre, ai on caractèi!e.t<Mit.i fmt part{culieiv Et ^ comme 4^tte ayeqtui^e i^t.ei^lfe, dans tOAit le roman, <jui bit le mieux ressortir cette galakiterîe mystique û'taii 9 tira son :esseape^ et^uiltai edmmufiîqikeses dëAôits et sesqualit^Sy je. la Dapp€arteraF<tout entièreien ne P9Jeuqî^3aiit,;CQmi»e j^raiifiut.déjà, que Forlào* graphe et quelques fuots du texte. .
Comment Lancelot vii le SaiQtfOraal et e][i,,fiu repuf. ptsOommerft
fut déçu par Brisanne, etc., etc. (2« partie, feuill. 85). . . ■ , . uy
« Pendant queleroî Perlés et Lancelot parlaient ensemble^ celuird yit entrer par une fenêtre la colombe que messire Gauvain avait yue autrefois^ EUe poUiaitienson bée un edcensoird'or très-riehe, et à peine eut-elle pénétré dans le palais , qu'il se remplit de toutes les bonnes odeurs qu'il est possible d'imaginer. Alors tout le monde se tut et s'agenouilla à la vue de la colombe. Les nappes fil-
lauceeot du lac. 247
reat mises sur les tablps, et chacun^ sans dire un mot 9 et sans être invité, prit plaee. Toutéixier** veillé^ cpict fàt Lanoelot^ & k yiie de ce cpii se pas* sait, il fit cocQBÎe.leii antres, s'assitiderant le roi et se mit en oraisen ainsi -que. toujt le monde» Mais il. ne «e passaque peu de temps, sans qu'ils vii^sent sortir d'une ehaiiihreladémoiselle<iiieiiionseigiieur Gauvain avait trouvée si belle, «tqùeiLaacelot prisa tellement, qu'il&'av4)uan'avoir jamai&vuunefemme d^une si grande beauté^ excepta la ^eine, sa dame; et que les^ promesses de la demoiselle qui l'avait amené étaient réalisées* Alors il regarda le riehe vrâ^seau (le Saint-Graai), que la demoiseUe tenait entire ses deux mains« La forme dé ce vase était celle d'un calieo. Géqai lui donnait l'apparrace d'une chose sacrée; aussi Laitcelot eonunença-t-^il à joindre les mains et à s'incliner humblâBeiit ainsi que tousilès asaîstans. Gélaiaît, las tablés ûi* reat tout à coup chargées des metales plus beaux, et le palais se remplît de tous les di£B6rents pairfuma qui se recueillent dans le mondé. Mais, quand la demoiseUe eut fait, un tour devant là compagnie, eUe.s'en retourna droit dansrladtapiiMre d'où elle était venue. Le roi Perlés dk alors à Laiicetot : « Gerties , j'ai eu.grand'peur que k grâce de Notre** Seigneur ne vous faiUtt, comîne dle.a manqué avant^-hiheit, quand M. Gauvain se présenta ici. ^^ Beau sire,réponditLaûeeIot,.il n'est. pus ttesûii) que Notre-Seigneur, qui est si bon, soit toujours courroucé eantre les pauvres pécheurs. » Après
218 aolaud.
avoir ainsi conversé et lorsqu'ils furent restaurés, on se leva de table, et le roi demanda à Lancelot ce qui lui semblait de la demoiselle qui portait le riche vaisseau? — « Je n'ai jamais vu de si belle dame, dit-iL » Quand le roi eut oui ces paroles, lui, qui avait entendu parler de la beauté de la reine Genièvre, il jugea que les paroles de Lancelot étaient vraies. Alors il alla trouver Brisanne, la maîtresse (la gouvernante) de sa fille , et lui rapporta fout ce que Lancelot en pensait et en avait dit. — Je vous l'avais bien assuré, sire, observa Brisanne; mais attendez un peu ici, et je vais aller parler au chevalier. En e£fet, elle alla vers Lancelot, à qui elle demanda des nouvelles d'Arthur sur le compte duquel Lancelot dit ce qu'il en savait. «Quant à la rdne, ajouta Brisanne, je ne vous demande pas comment elle se porte, car il n'y a pas longtraaps que je l'ai vue en bonne santé et joyeuse. A ces mois , le cœur du dievaKer tressaillit de joie, et Lancdot demanda à Brisanne où elle avait repcontré Genièvre. — Sire, dit»elle, tout près d'ici , à deux lieues , où elle compte passer la nuit. — Dame, vous voulez vous jouer de moi? — Grand Dieu, je suis bien loin de cette pensée; mais, afin de vous donner toute confiance en ce que je dis, venez avec moi, et je vous la ferai voir, — Volontiers, dit Lancelot, qui se mit aussitôt en devoir d'aHer diercher ses armes.
«Quant à Brisanne^ elle retourna aussitôt auprès
LANGELOT DU LAC 1249
du roi Perlés » qui l'attendait dans sa chambre. II s'enquit à Finstant de ce que la gouvernante avait arrangé. «( Faites monter à l'instant votre fille à cheval^ dit-elle, et envoyez-la incontinent au château le plus proche d'ici, que vous ayez. Là, vous la ferez mettre au plus riche lit qui soit. Pour moi, j'y conduirai Lancelot, à qui je ferai entendre que c'est la reine Genièvre , et , après lui avoir donné un breuvage qui lui montera au cerveau , je ne doute point qu'il ne fasse ce que je voudrai, et que nous ne réalisions toutes nos intentions. »
« Sans tarder, le roi fit partir sa fille à cheval^ avec une escorte de vingt chevaliers qui la conduisirent au château de Duale, où on lui fit préparer, dans une des salles, un lit magnifique où la demoiselle fut mise par l'ordre des chevaliers. Cependant, de son côté, Lancelot avait revêtu ses armes, était monté à cheval, et, accompagné de Brisanne, il ne tarda pas d'arriver aussi au château de Duale. La nuit était venue, mais la lune n'était point levée, en sorte que Brisanne, mena Lancelot dans une salle bien éclairée où se trouvaient les chevaliers qui, le voyant, le saluèrent, lui dirent qu'il était le bienvenu, et le débarassèrent de ses armes. Cependant Brisanne, toujours occupée d'achevé ce qu'elle avait entrepris, confia à une jeune fille du château le vinaigre qu'elle avait préparé, en lui recommandant d'en donner à pleine coupe, et non d'autre boisson, à Lancelot lorsqu'il
250 BOLAHD.
demanderait àbdiré, ce que promit? dé' ladre èxao* tément la jeune fille;
«En effet, quand Lancelot fîit désarmé, il der mandata boire à canse du frahd chaud qà'jl avait eu en venant. Ibutefoifiî, il s'enquit d'abord oà était sa dame, la Reine» — « Sire chevalier, répondit Brisanne, elle est dans cette chambre ou ^e est déjà eodormie, à ce que je eviàfi^ )t' Alors, la jeune fille apporta dans une eoup^ labqisson, qui était plus claire que de l'eau defontadae; mais couleur de vin, et Tofifrit à Lancelot, qui but avec avidité, comme< qu^o'un qui osi- très-aUéré.
« Buvez, buvez toiii hardiment, kâ «dit Erisanoe, œla ne^MBUt pas Mre mal; »-' et le'ehevàliei^ en re^ deÉaanda et b|ut de nouveaux La boisson le rencfit gai, ^, devràantplus parleur, il intenrïrogea eseore Brisanne pour savoir commeat il pourrait voir sa.d^me, la reine* Biais ]k gouvèriiaÉte attendît quelque peu, jusqu'à ei qâfJ0Ue^crdt•^'apeï*cet(Hr>que< le chevalier ne savait phiÈ t a-étifitni comment il était venu. Quand dte reeonniit qu'3 se croyait dans la cité de Kàmafôt et^tôsfoté^^r une dame du Service de la reine QenièVrè, 'lors« qu'enfin elle fut certaine que- l'on poùvait'ûicilenient le tromper, elle lui dit : « Sire, Blàdamé peut bien être déjà endormie, pourqtioi tardez-^ vous tant d'aller lui parler? » — Parce qu'elle ne me demande pas ; mais si elle me fitisait avertir, j'irais. — Hé bien ! dit Brisanne, vous netarderei^
LAUCXLOT DU LAC. 251
pas à ea avoir des nouvelles. Alors, la gouvernante ^atradans la chambre voisine, fit semblant de parler à la reine, puis revint vers Lancelot à ifui elle dit: : « Sire chevalier, madbme vous attend, et me. chaîne de: vous dire que vous alliez lui parler. }»rLe chevalier ne fiit pas longàse^défisiire deses habitai Ik entra en chemise dans la chambre, alla seieûoeher avec ht4eraoiselIe danei la pevsua* sion où il éteit quBio'étaitla reine, et celle (la fille du rcttr Ber|ès) qui n'avait pas iod tplus ardent désir quede^posséderoélui (Lanqelot] qui était enluminé dei^rétieonBtthenralflrie^ leregn^ien toute joie et en lui. faisant un aoeueiittoutrsemblable à< celui qu'avait oeptume. de lui Êdre madame Ia.rèine% Aànsi fuveaft réunis le meUleur et le plus beau chevalier ' qui > fiit ' alors, « et k i plus heUo fille de ce temps* 'y mais: chacun: avec une intention btra diffé^ rente, car la fille ne se livrait pas à son amour à cause 4ei Ha; beauté du. cheva]|iier, pu par ardeur chamelle , mais dans l'espoir du fruit qu'elle de-^ vait concevoir, et dont il devait résulter un grand bien. Quant à Lancelot, il aimait la fille du roi Perilès d'une manière tout autre^ car U n'avait poin|t ridée de sa beauté, mais ne pensait qu'à sa dame la reine. Ce fut cett^ idée qui l'anima tellement, qu'il oMinut la fille de Perlés comme Adam connut sa femm^, mais non pas dans la même intention, car Adam connut sa femme loyalement et par le commandement de Notre-Seïgneur, tandis que Lancelot connut cette fille en péché, en luxure.
252 BOLAHD.
contre Dieu et contre la sainte Église. Mais le maître en qui toute bonté est réunie, et qui ne juge pas à la rigueur, selon le crime des pécheurs, ne voulut pas qu'ils fussent à tout jamais perdus, et il leur donna à tous deux tel fruit à engendrer et concevoir de telle sorte, que par la fleur de virginité qui fut flétrie et corrompue en cette occasion, il fut conçu une autre fleur de la douceur de la quelle maintes terres ftirent alimentées. Car, ainsi que l'histoire du Saint-Graal nous l'apprend: de cette fleur perdue fiit procréé Galaad le vierge, le très-souverain, qui mit à Bn les aventuresdu Saint- Graal et s'assit au périlleux siège de la Table ronde, ou jamais chevalier n'avait pu prendre place, sans qu'il ne fut frappé de mort (1). Et comme le nom de Galaad avait été ôté à Lancelot, à cause de ses déportements luxurieux, de
(i) Avant Arthur, Joseph TÉvèque, fils de Joseph d*Arimalbif, en établissant la table du Saint-Graal, y avait réservé une place vide, représentant celle que Jésus-Christ occupa le jour de la Gêne; le fondateur avait prévenu que de tous ceux qui viendraient pour s'asseoir à cette table, nul ne pourrait, sans péril, occuper cette place vide, jusqu'à ce que Dieu eût suscité un chevalier de la race de Joseph d'Arimathie qui s'appelerait Galaad. En conséquence sur le siège posé devant la place vide était écrit i • Ici est le siège de Galaad, » Ce Galaad, second du nom, est celui-là même qui naquit de Tunion de Lancelot du I^c et de la fille du roi Perlés. Ainsi, selon les Romans, Galaad et son père Lancelot du Lac, descendaient en ligne directe de Joseph d'Arimathie. Le vrai Galaad, le fils de Lancelot du Lac, reçut le nom de Percevais titre du roman qui renferme son histoire. L'extrait de ce roman se trouve dans le vol. de nov. i775, de la bibliolh. des romans.