‹ Roland; ou, La chevalerieChapitre 41 sur 49 · LA1ÏGBI.OT DU LAC · texte numérisé non relu

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plus pr(»npteiiient celle du cœur et de l'âme. Aussi ne doit^on nullement s'étonner de ce que les lecteurs, dans l'esprit desquels une fable, une légende aussi absurde que celle du Saint-Graal, a trouvé place à côté de FEvangile, se sont si facilement accoutumés à ces espèces d'unions ternaires dont on vient de prendre une idée par l'histoire de Lancelot, de Genièvre et d'Arthur. Il ne faut pas perdre de vue que cette histoire romanesque, ainsi que beaucoup d'autres où les mêmes scandales sont donnés, n'ont pas cessé d'être en vogue chez toutes les nations chrétiennes, depuis la fin du onzième siècle jusqu'au seizième inclusivement; ce qui équivaut à dire que les six cents années, durant lesquelles la foi chrétienne a été, à ce que l'on prétend, la plus fervente et la plus pure, forment précisément la période de temps, pendant laquelle, malgré l'institution sacramentale du mariage, le cigisbeisme s'est profondément infiltré dans les mœurs des chrétiens d'Europe.

Plus d'une fois déjà, j'ai fait observer que la publication et la lecture de ces romans, ainsi que celles des fabliaux avaient coïncidé avec l'apparition des plus &meux théologiens, méth^physiciens et moralistes, depuis Anselme de Ganterbury jus^ qu'à saint Thomas d'Aquin; et l'on a quelque raison de s'étonner de ce que tous ces hommes d*Église, si éminents par leur savoir et par leurs vertu5> n'ont point eu assez de puissance ^ de talent ni

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chis de notre temps, il est certain que le retour à Félude des écrits et des monuments de l'antiquité, pour fondre les connaissances acquises par les payens, avec les idées de Tère nouvelle, que la renaissance enfin, a mis fin à cette pratique vicieuse de ne considérer les choses qu'en théologien ou en jongleur, en savant ou en romancier.

C'était certainement une triste compensation pour ceux qui n'étaient en état délire ni de comprendre la Somme théologique de saint Thomas, que d'y suppléer par le récit du mythe absurde du Saint-Graal; or, telle était cependant l'alternative où se trouvaient tous ceux qui vivaient sous le règne de Saint Louis.

La renaissance des lettres, qui date de la fin du treizième siècle et a été déterminée par Dante, fixe précisément l'époque à laquelle la science et la littérature, séparées jusques-là, n'ont plus cessé de marcher ensemble. Dante lui-même, que l'on rejette toujours et bien à tort dans le tnoyen âge, est déjà un disciple moderne des anciens. J'en appelle à son poème qui au fond n'est qu'une exposition, en relief si je puis dire ainsi, des doctrines de saint Thomas d'Aquin, qu'il a rendues popu* laires en les traduisant en images sensibles et dans le langage entendu de tous. C'est cette ma-- 4ière puisée dans les esprits des anciens qui, peu à peu, a formé cette école d'où devaient sortir des hommes comme notre Bossuet, par exemple, qu'on

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lit avec autant de plaisir qu'un poëte, et que Ton consulte avec confiance et vénération comme un père de TEglise.

Pour résumer les observations impoilantes résultant des trois compositions déjà citées , il faut reconnaître que la chanson de Roland, mise en vers par Turold, au commencement du douzième siècle, d'après les traditions évidemment fort anciennes, nous a appris que dans les récits originels relatifs aux actions de ;Charlemagne9 c'est-à-dire dans les vieilles chansons de Gestes, le surnaturel magique et la galanterie n*étaient point employés ;

Que les géants et la magie apparaissent dans la prétendue chronique de Turpin, dont le sujet est également la mort de Roland, à Roncevaux ;

Que la chanson des Saxons de Bodel, conforme aux anciennes traditions carlovingiennes , en ce sens qu'elle n'admet point encore la féerie et le surnaturel païen, donne déjà accès à la galanterie, qui est employée comme ressort politique et dramatique tout à la fois, dans la narration ;

Et enfin, que, par la citation de plusieurs passages importants du roman de Lancelot du Lac, on peut apprécier à sa juste valeur la perfection quintessenciée donnée au système de la chevalerie romanesque en Europe, et ne plus douter de la perversion morale y à laquelle les esprits s'étaient successivement accoutumés en passant de la

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gravité héroïque de la chanson de Roland Jusqu'au libertinage mystique qui fait le fond essentiel des deux plus célèbres romans de chevalerie, Lanoelot et Tristan.

Ce$ différents points bien démontrés, il ne me reste plus qu'à faire juger encore, parles monu* mei^ts littéraires, qu'elle peut être l'antiquité relative de l'introduction de la chevalerie parmi les chrétiens en. Europe, et enfin à déci^ si elle en est indigène, ou si cette institution nous a été ti:ansmi$e par des peuples de l'Orient. Les extraits que Ton va lire, du roman arabe Ântar, et du poème persan de Ferdousi, jetteront, je l'espère, une lumière vive sur cette question.

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