II
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À mesure que son nom devient grand, que le roi Zoheir Télèye en dignité, la haine des che£s s'attache davantage à kri, et plus il est aimé tendrement par lUa.
Cependant Ibla est demandée en .mariage par Âmarah^ jeune étourdi, fier de ses biens et de la noblesse de sa race. Ântar, à cette nouvelle, ne se connaît plus de colère; il maltraite si fort ce jeune rival, que tous les chefe arabes demandent à Zoheir la punition de Fagresseur. Cest à Shedad, son père> à qui le roi remet le choix de la peiné. Shedad qui, ainsi que les autres, voit d'un assez mauvais, œil l'élévation extraordinaire de son fils l'esdave noir, le i*envoie aux pâturages pour garder les bestiaux.
C'est id où le personnage d'Antàr apparaît dans toute sa grandeur. Le héros se soumet avec résignation aux ordres de son père, « auquel, dit-il, il obéit comme à son maître, puisqu'il est son esclave;» et il lui jure, devant témoins, de ne point monter on cheval, de n'assister à aucune bataille sans sa permission. Des pleurs s'échappent de ses yeux^ et avant de partir pour les pâturages, il va trouver sa mère Zébiba pour lui parler d'Ibla. «( Ibla, lui dit sa mère , il n'y a qu'un instant, elle était ici avec moi, et elle me disait : Calme le cœur de mon cousin Ântar, et dis-lui de ma part que quand bien même mon père me tourmenterait jusqu'à la mort, je ne désire et je ne veux choisir que lui pour mon époux.» Ces paroles d'Ibla firent
AKTAR. 307
rentrer la joie daus le cœur d'Àntar, qui s'en alla aux pâturages accompagné de ses frères Djarir et Shiboub.
En ce moment, la tribu d'Âbs, à laquelle commandait Zoheir, était en guerre avec celle de Tex, àproposderenlèvemenld'Amima, fille du chef des Teyans, surnommé le buveur de sang. Ce père animé par le désir de vengei* et de sauver son enfant, tomba comme la foudre sur les Âbsians.
Presque entièrement vaincus, déjà leurs femmes, au nombre desquelles est Ibla, sont prisonnières. Bientôt Ton est forcé de mettre de côté tout orgueil, et Ton va implorer l'assistance d'Antar. Alors celui-ci fait ses conditions. Il exige, en s'engageant à vaincre l'ennemi et à reprendre les femmes, qu'on lui donne Ibla en mariage. Malek, père d'Ibla, et Shedad, père d'Antar, promettent et jurent que cette condition sera remplie et qu'Antar sera reconnu investi dt tous les honneurs et de toutes les dignités qui lui ont été conférés.
Antar est vainqueur. 11 délivre Ibla, entend les témoignages de la tendre reconnaissance de son amante, et reçoit entre les deux yeux, le baiser d'honneur du roi Zoheir.
Tout semble concourir à l'accomplissement des vœux d'Antar. Mais au moment même où il est honoré par les félicitations du roi, plusieurs chefs, indignés de l'élévation de l'esclave noir, mettent tout en œuvre pour l'empêcher d'obtenir Ibla en mariage, et le forcer à tenter des entreprises où il
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est probable qu'il succombera. Shedad son père et Malek père d'Ibla trempent eux-mêmes dans ces complots. On exige donc d'Ântar, qui a l'espèce de crédulité si naturelle aux cœurs généreux et aux hommes d'une grande bravoure, qu'il présente, pour cadeau de noce à son amante, mille chameaux d'une race particulière qui ne se trouve que sur les confins et dans le royaume de la Perse. Le héros ne fait aucune observation sur cette demande perfide, et aussi empressé de plaire à Ibla que peu occupé des difficultés et des dangers qu'il aura à courir, il part seul et se trouve bientôt engagé à combaltre les armées nombreuses des Persans, qui le font prisonnier et le conduisent à leur roi. Il lui est amené garotté sur un cheval. Mais à cet instant même, on annonce la nouvelle qu'un liou furieux et d'une grosseur extraordinaire menace la contrée ; on ajoute que les guerriers euxmêmes fuient devant lui. Ântar, qui est sur le point d'être mis à mort, demande au roi de Perse de lui faire délier seulement les bras, et de le laisser attaquer le lion. En effet, il fond sur l'animal et le perce d'une lance. Après ce premier service il en rend beaucoup d'autres encore au roi de Perse qui, outre les mille chameaux qu'Ântar était venu chercher, lui donne encore toutes sortes de richesses pour en faire hommage à Ibla.
Antar de retour est reçu avec transport par la tribu d' Abs. Mais ses ennemis et ses envieux recommencent i\ former des complots contre lui. Leur but
est toujours d'empêcher son mariage et de lui donner la mort. Le prétendant d'Ibla^ Amarah, appuyé par tous les chefs opposés à Ântar, fait valoir de nouveau ses prétentions, Ibla est enlevée du milieu des Absians et conduite dans une autre tribu. Antar la cherche, la retrouve, et leur amour s'accroît encore. Par une suite de précautions et d* incidents ménagés avec beaucoup d'art, les chefs, qui entourent Ibla, lui persuadent de demander encore une dot à Antar. Elle parle de Khaled et de Djaida dont on a lu l'histoire; elle dit, devant Antar, que cette jeune guerrière n'a voulu consentir à épouser Khaled qu'à condition que le jour de sa noce, la bride de son chameau serait tenue par la fille de Moawich. Ce mot suflfit à Antar, et il promet à Ibla que Djaida tiendra la bride de son chameau le jour de son mariage, et que de plus la tête de Khaled sera suspendue au col de la guerrière. C'est ainsi que le héros, constamment amoureux et aimé d'Ibla, toujours trompé par les temporisations astucieuses de ses ennemis, niais soutenu par la faveur de Zoheir et surtout par la grandeur de son caractère et la force prodigieuse de son bras, se soumet avec résignation aux épreuves les plus terribles et en sort toujours victorieux. Après la mort du roi Zoheir dont il poursuit la vengeance, il s'attache à aider son fils Cais dans toutes ses entreprises. Enfin, après une suite fort longue d* aventures, où la patience, l'amour et la valeur d' Antar sont mis à l'épreuve comme dans celles que
nous avons rapportées plus haut, ce héros, reconnu chef parmi les chefs arabes , obtient la première grande: récompense de ses longs efforts^ et d^ ses grands travaux : il épouse sa chère Ibla. »
Ici finit la première partie du romani dont M. Terrick Hamilton a donné la traduction anglaise qui me guide. Dans la seconde partie, que je ne connais que par extrait, Ântar maiié avec Ibla, emploie toute la puissance de son caractère et de>son bras pour acquérir le droit de suspendre son poème dans la Gaabaàla Mecque. 11 parvient à accomplir ce grand oeuvre, non-seulement par le secours de ses anciens amis et par la continuation de ses prouesses, mais aussi à Taidé de ses deux fils et d'un frère qu'il retrouve parmi les guerriers du désert. Mille complots sont encore formés contre lui au milieu des siens mêmes; cependant sa grande âme et son courage le font triompher, et son poëme est suspendu (moallacat) à la Mecque.
La troisième partie se termine par la mort d' Antar, de ses parents et de ses compagnons. Il porte la guerre dans les tribus et jusque dans les pays les plus éloignés derArabie. Il va à Gonstantinople et en Europe; il s'empare de cette portion de l'Arabie habitée par les Éthiopiens, parmi lesquels il découvre des parents de sa mère Zébîba et acquiert la certitude qu'elle est fiilé d'un puissant monarque et qu'il descend par son père et par sa
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mère de races royales, circonstance et conclusion quifontpartie indispensable de tous les romans €hé« valeresques de TOccident. Ses derniers efforts sont employés à déjouer les complots que Ton Ml encore contre lui parmi ses alliés. Enfin, la mort d'Àntar renferme, ainsi que toute sa vie, une grande idée morale; car il tombe sous les coups d'un bomme qu'il aurait pu punir justement en lui donnant sim« plement la mort, mais envers lequel il commet de lentes cruautés qu'il n'avait jamais exercées jusque-là, même envers ses plus grands ennemis.
On doit prévenir que cette grande division en trois parties, ainsi que les subdivisions en chapitres, ne se trouvent pas dans les manuscrits ara* bes. Elles ont été employées par M. T. Hamilton pour donner quelque repos à l'esprit des lecteurs qui s'aventurent dans cet océan de. narrations.
Le roman d'Antar présente le développement d'une grande moralité : on y voit un homme privé des avantages de la figure et de la naissance, qui parvient cependant par la force d'âme, par la puissance de req>rit et par son indomptable courage, à être jugé digne du premier rang parmi les hommes. Quoique l'on ne trouve dam^ ce livre que des passages rares qui indiquent l'exercice d'un culte envers la divinité, cependant en le considérant dans son ensemble, on reconnaît qu'il y règne une double pensée religieuse et philosophique. Ântar y paraît toujours comme chargé par la Providence, d'hnmilier l'orgueil sauvage des guer*
312 bolaud.
riera arabes, et de préparer les voies à Mahomet. Considéré sous ce point de vue, Àntar et son histoire peuvent être comparés au roman de Perceforets destiné aussi à civiliser la Grande-Breta^e et à en préparer les habitants à recevoir le christianisme.
Aucun livre ne donne sur les tribus arabes, sur les mœurs de ces peuplades, sur leurs coutumes et leurs habitudes, des renseignements plus anciens et plus curieux que le roman d'^nrar. Malgré Timmense quantité de personnages qui y figurent, et le grand nombre des événements dontrenchaînement forme le cours de cet ouvrage, il est facile à comprendre, et jamais les épisodes ne font oublier le sujet principal. Antar est en cela supérieur au Roland furieux de FArioste, avec lequel d'ailleurs il a aussi plus d'un point de ressemblance.
Au surplus, l'extrait que j'ai donné de la première partie de ce roman, joint à l'épisode traduit que l'on a pu lire, justifient, du moins je l'espère, le jugement que j'en porte; je suis à peu pi-ès certain que sur un nombre donné de lecteu rs il y en aura toujours les deux tiers pour lesquels Antar deviendra une récréation fort agréable et même un sujet d'étude utile. Mais en faisant connaître le dessein général et quelques morceaux de cet ouvrage, mon but est surtout de fixer Tattention de ceux qui s'occupent sérieusement de l'histoire de la chevalerie en Europe. Il est impossible de lire la vie et les aventures d' Antar, de voir toutes les épreuves
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successives auxquelles il est soumis^ son respect religieux pour les femmes en général, et son amour timide^ constant et même un peu doucereux pour Ibla dont il invoque le nom toutes les fois qu'il s'apprête à tenter quelque entreprise périlleuse, sans reconnaître dans les actions de ce héros et des autrespersonnagesdupoëme, les bases fondamentales sur lesquelles est établie toute la chevalerie. Si des dispositions morales on descend aux habitudes les plus matérielles, on retrouve entre celles des chefs arabes, entre celle d'Àntar surtout, et les manières des chevaliers européens une ana* logie frappante. Antar combat toujours à cheval , son coursier se nomme Abjer. Son épée qui vient d'Asie; c'est Dhamy: on suniomme Antar luimême Alboufauris^ père des cavaliers. Les guerriers arabes portent une espèce de visière avec laquelle ils cachent leur figure ; ils s'exercent dans des tournois, se défient avant de combattre, disent ou refusent de dire leur nom. Les femmes sont pour cesguerriersdes espèces dedivinités qui influentsur toutes leurs actions. Un mot, un sourire, une plainte d'Ibla jettent la tristesse, la joie ou la fureur, dans l'âme d' Antar. Lesfemmes arabes, onl'a vu, conservent le droit, mêmelaveilledujourdeleurmariage, d'imposer de nouvelles épreuves à leurs amants, d'exiger d'eux des richesses ou des raretés dont l'acquisition semble impossible. Les guerriers s'y soumettent avec joie et respect, et Antar prouv e que la patience des héros arabesne se lassait point
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lorsqu'on redoublait ces épreuves. Ën&i, il n'est pas jusqu'au personnage de Sehiboubt frère d'Antar, dont l'agilité et la sagacité extraordinaire, ainsi que son caractère fureteur, inlarépide etsoumis tout à la fois, ne donnent l'idée première des écuyers qui accompagnaient dans leurs courses et pendant leurs exploits les cheraliers ocoidentaux. Schiboub est évidemment l'original ou la copie de Galaor, frère d'Âmadis de Gaule. Rien ne serait plus Êidle que de multiplier à l'infini ces comparaisons; et il suffit de lire cent pages du roman d'Àntar pour en mêler les aventures avec celles de Roland, et de tous les chevaliers deCharlemagne et d'Arthur, qui, pourJa plupart^' issus de sang royal comme le héros airabe, mais abandonnés et livrés au destin, s'élèvent peu à'peupar leur courage, et reprennent par leurs vertus, les avantages auxquels leur naissance leur donnait des droits.
De toutes les manies chevaleresques des occidentaux, la plus difficile à expliquer est œlle des chevaliers errants. En effet «i peu civilisée que fût l'Europe aux onzième et douzkime siècles, partout il y avait des villes, un gouveni^xient quelconque : et les rivières et les champs n'y étaient pas tellement rares que l'on y mourût hsÂntuellement de soif et de faim. Alors pourquoi ces chevaliers courant comme des effarés sans savoir où ^ se plaignant sans cesse de la poussière dans dés pays où il y a de la boue neuf mois de Tannée, ren-
autar. 315
contrant dans les chemins des femmes, des veuves et des jeunes filles abandonnées ou ravies par4' autres chevaliers, sans compter cent autres accidents tout aussi mal appropriés aux mœurs et au climat de l'Europe?
Qu'on lise trente pages d'Antar et le type raisonnable du chevalier errant se montre aussitôt. Les tribus arabes sont séparées par des distances assez grandes, pour que dans un pays dévoré par le soleil, l'eau et la nourriture soient rares. En outre, les chefe de tribus vivent presque toujours en guerre entre eux. Les vainqueurs enlèvent les troupeaux , les richesses, les femmes et les en* fants. Rien de plus naturel alors, au milieu de ces désordres naturels; que de trouver des gens, hommes et femmes abandonnés au milieu des déserts, auxquels les voyageurs et les guerriers portent secours, comme le firent en effet, les Hospitaliers et les Teutoniques. Avec ce genre de vie qui résulte de Ift disposition des lieux et du climat, on comprend tout aussitôt, comment Ântar et les autres chefs qui figurent autour de lui, trouvent si souvent l'occasion dé secourir les malhrareux et les opprimés, ea parcourant le désert et en rôdant autour des tribus.
Quant aux chevaliers errants de l'Europe il y en a de deux espèces : ceux doilt il est question dans les romans et qu'il faut considérer comme purement imaginaires, si on ne lés regardé pas au moins comme une imitation de l'ordre des chevaliers
316 bolahi».
religieux fondés en Palestine, puis les chevaliers errants des quatorzième et quinzième siècles, co* pie plate d'une institution purement imaginaire, et qui ne figure dans l'iiistoire qu'au nombre des folies humaines.
Mais de tous ces rapprochements entre la chevalerie arabe et celle de Toccident, le plus important à faire est celui qui existe entre les principes constitutif de l'une et de l'autre. En Europe la base de l'ordre de la chevalerie était l'établissement d'une confraternité entre les guerriers, confraternité à laquelle on était définitivement admis qu'après avoir subi avec honneur et succès, une suite d'épreuves longues et ordinairement très-pénibles. Or en considérant la vie d'Antar, et en supputant les initiations progressives, dures et multipliées par lesquelles il passe pour arriver, de l'état d'esclave et de pâtre, au rang si élevé de chef parmi les Arabes, d'époux de la belle Ibla et de poète digne de suspendre ses vers à la Mecque, il est impossible de ne pas être frappé de TanaJogie rigoureuse qu'il y a entre l'obtention des grades successifs qu'il fallait gagner dans la chevalerie occidentale, et Tclévation graduée du héros de l'Arabie.
Pour agir avec toute franchise et mettre le lecteur en garde contre moi-même, je ne dissimulerai, pas que quoique dénué de preuves rigoureusement convaincantes, j'ai en moi la persuasion que si des deux chevaleries, arabe et chrétienne, l'uue a emprunté à l'autre, c*est la nôtre.
ANTAB. 317
C'est sans doute une forte présomption en faveur de mon opinion, que rétablissement des grades successife, communs aux deux chevaleries. Mais cet ordre est tellement commandé par la nature même de l'homme, que Ton peut croire qu'il s'est naturellement établi dans les deux contrées, mais séparément. Aussi est-ce moins sur la ressemblance des principes fondamentaux des institutions humaines, qu'il faut s'appuyer pour en faire la comparaison, que sur le caractère de certains détails qu'elles comportent, et où l'on trouve les traits originaux qui les caractérisent.
Ainsi dans l'épisode de Kaled et Djaida, il y a une circonstance, qui donne non-seulement à cette histoire, mais à tout le roman diAntar, un caractère à lui : c'est l'introduction des femmes guerrières.
C'est en vain que j'ai cherché l'apparition de ces personnages dans les anciens romans de chevalerie, antérieurs au quinzième siècle. Les guerrières n'entrent en scène que dans les poèmes chevaleresques des Italiens, du siècle que je viens de désigner. Or, voilà un point incontestable : qui est que les Arabes n'ont point imité Djaida d'après Bradamante.
Djaida, cette intrépide guerrière, n'est d'ailleurs, pas la seule qui figure dans le roman ôiAtUar; et si sa vaillance représente la fureur chevaleresque poussée jusqu'à ses dernières limites, dans le commencement du livre, paraît un instant, pour mourir, la reine Robab, modèle parfait du chevalier
brave, mais sage, généreux et prudent ; voici les détaib que l'on trouve sur elle dans le roman :
« Un chef arabe, Jazecraah, était parvenu à rendre toutes les tribus^ situées autour de Id sienne, ses tributaires. Une reine seulement, nommée Robab, se crut - humiliée d'une telle obéissance. Elle était puissante, riche en esclaves, chef de guerriers nombreux et vaillants; cUb avait soumis des héros, et sa tribu, nommée la tribu deReejan, était la plus intrépide de k contrée. Rbbab refiisa donc de payer le tribu à Jazecmah , en disant qu'elle ne donnerait pas même un bout de corde, et que quiconque lui demandera quelque chose, ne recevra pour réponse que le combat et la mort. En entendant ces paroles, Jazecmah assemble son armée pour aller dompter la tribu deReejan. Mais ceux-ci se rassemblent aux ordres dé leur reine, et s'apprêtent à faire une vigoureuse défense.
a Avant que les armées soient en présence, la reine Robab charge un homme considérable de sa tribu, d'aller demander à l'ennemi d'où il vient, ce dont ils ont besoin et ce qu'ils prétendent faire. II part , se fait conduire devant Jazecmah à qui il adresse les trois questions que la reine lui avait donné l'ordre de faire. Le chef arabe reçoit cet envoyé avec hauteur et mépris , en lui disant de répondre à sa reine, qu'il va détruire elle et toute sa tribu.
« A peine la reine Robab a-t-elle connaissance des dispositions de Jazecmah qu'elle oi'donne à
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renvoyé de retourner vers le cfaef.ennemi. « Va, lui dit*elle^ et fais lui savoir qu'il ait à venir demain matin sur le champ de bataille, devant ces cavaliers. S'il est mon vainqueur, je me soumettrai à lui et lui payerai tribu. Mais si j'ai l'avantage, je lui garantis la vie et recevrai sa rançon. En faisant ainsi, nous épargnerons la vie de nos guerriers, et nous retournerons chacun dans notre pays.
« Le messager retourna vers Jazecmah, à qui il fit connaître les propositions de la reine que ce chef accepta. Il se mit même aussitôt en marche galopant sur son cheval, en tète de ses guerriers, et se montrant fier et terrible comme un lion. Il arriva ainsi sur le champ de bataille. Quant à la reine Robab, sitôt qu'elle le vit, elle poussa le cheval noir qu'elle montait et s'élança vers son ennemu Leur combat excita longtemps l'admiration des guerriers qui les entouraient dans la plaine: mais quand ils en vinrent à porter et à recevoir des coups terribles ; quand ils joignirent l'adresse à la force et qu'enfin ils luttèrent corps à corps, tous les cœurs, tous les yeux furent tendus et dirigés vers eux. Tout à coup s'étant éloignés l'un de l'autre, ils se préparèrent à lancer chacun une javeline. Ce fut Jazecmah, qui dans l'état désespéré où il se trouvait, envoya la sienne le premier. Mais la reme Robab, voyant le coup mortel qui la menaçait, se baissa jusqu'à ce que sa poitrine touchât à la seDe de son cheval, en sorte que, malgré la bonne direction donnée à la javeline.
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Tarme passa au-dessus d'elle sans la toucher. C'est alors que^ se remettant en selle, elle fondit de nou* veau sur Jazecmah et lui perça la poitrine avec son javelot. Â peine frappé le chef arabe tomba de cheval et privé de la vie. Aussitôt les arabes ennemis s'attaquent, et ceux de la tribu d'Âbs et d'Ânan sont mis en fuite par les guerriers de lareineRobab.
<x  Jazecmah succède son fils Zoheir qui, à peine revêtu de sa nouvelle autorité, assemble ses sujets pour s'assurer de leur obéissance, et fait un appel à tous les princes arabes ses auxiliaires, pour venger la mort de son père.
a Ses troupes ne tardèrent pas à être prêtes et il partit pour faire une expédition contre la tribu rebelle de Reejan et la reine Robab. À peine la princesse fut eUe avertie de cette invasion, qu'elle fit demander tous ses alliés, qui vinrent de la plaine et des montagnes. Mais ils avaient des craintes pour leurs familles et pour leurs troupeaux. Toutefois ils ne perdirent pas de temps, et marchèrent droit vers la tribu d'Âbs pour l'attaquer. Un combat terrible s'engagea, et de chaque côté on médita la ruine et l'extinction de l'autre. Il y eut des coups terribles de porter, et les sabres, les lances et les javelines firent d'affreuses blessures. Cependant aucun guerrier ne recula, et il y en eut un grand nombre qui but le poison amer de la mort.
« Cependant le roi Zoheir rencontra la reine Robab comme elle encourageait ises troupes; furieux , le roi se précipita vers elle, en criant : « Vengeance
pour le roi Jazecmah !» Et en poussant cette exclamation, il envoya dans la poitrine de la guerrière, sa lance qui sortit entre ses deux épaules. » (1)
Il est digne de remarque que dans le roman d'Àntar,^ ce héros ainsi que les autres personnages combattent toujours à cheval, et que rien n'indique dans ce livre, même les rudiments d'une infanterie. En général moins les nations sont civilisées et plus le cavalier a de supériorité sur le piéton. Sans parler de l'avantage réel qu'a le premier sur l'homme à terre, cela fait supposer qu'il est plus riche, plus puissant; or ce préjugé soutenu par la force, ne tarde pas à constituer, en faveur de celui qui le fait naître, une dignité, et le surnom d'Àlboufauris ^ pire des cavaliers, donné à Antar, explique comment on la mérite et comment elle se confère.
Ce préjugé en faveur de l'homme de cheval, a existé dans tous les temps, chez presque tous les peuples, mais plus particulièrement chez ceux où la race des chevaux est belle et généreuse. Or les Arabes se sont trouvés être naturellement cavaliers^ chevaliers, comme ils le sont encore.
Pendant la première croisade, les Francs paraissent avoir été séduits par ce préjugé, car l'infanterie chrétienne ne tarda pas à avoir avec la cavalerie des querelles de corps qui faillirent devenir plus d'une fois&tales aux armées des croisés. Les
(1) Ânlar; Terric Hamillon, vol. I, p. 4-iO.