II
combats continuels et souvent inutiles que Jeande Brienne, roi de Jérusalem, fut obligé de donner sous les murs de Damiette qu'il assiégeait en 1219, en sont la preuve; et ce prince ne put trouver alors d'autre moyen d'empêcher les cavaliers et les fantassins chrétiens, de s'entretuer, qu'en les mettant sans cesse aux prises avec les Sarrasins.
Ce ne fut que sous le règne de Charles YII, après l'extinction de la chevalerie et l'institution des compagnies d'ordonnances, que les avantages de l'infanterie commencèrent à être sentis, et que bientôt se formèrent en Suisse et en Espagne, ces corps de fantassins redoutables qui firent reconnaître la vanité du courage isolé des chevaliers, et forcèrent l'Europe à revenir à la tactique militaire djss Romains.
Il est évident que cette passion pour le cheval est infiniment plus naturelle chez les Arabes que chez les Européens occidentaux; et tout porte à croire que la chevalerie, prise dans son acception la plus simple, est une idée qui a été communiquée par les Sarrasins aux chrétiens occidentaux pendant la première croisade.
Pour démontrer à quel point l'affaire du cheval et de la chevalerie est importante en Arabie, je donnerai encore un important épisode du roman d'Antar. Il se rapporte à l'époque de la vie de ce héros, où toujours en butte à l'envie des chefs, il a cependant acquis, par sa vaillance et par sa grandeur d'âme, une autorité telle qu'il n'est plus in-
différent, pour aucune tribu, de l'avoir pour allié ou pour ennemi. Il vit d'égal a égal avec les chefs et favorise toutes les entreprises du jeune roi Gais, dont le père Zoheir avait protégé, comaie on l'a vu, la jeunesse et les vertus naissantes d'Àntar. Pour Àntar, il ne fait qu'apparaître dans l'épisode qui va suivre ; mais son attitude seule et la crainte respectueuse que sa présence inspire, suffisent pour faire juger du degré d'élévation où il est parvenu.
On retrouvera un personnage dont j'ai déjà dit quelques mots, Shiboub, le frère utérin d'Ântar. C'est le type desécuyersde nos chevaliers errants d'Europe. 11 est vif, ingénieux, brave et d'une activité infatigable. Il est le compagnon de son frère dans toutes ses entreprises. Il le suit àpied, il l'aide de ses conseils» de ses ruses, de son arc, dont il se sert avec une adresse merveilleuse. En route, il le console, il le distrait par ses récits ; c'est lui qui va à la découverte, qui trompe l'ennemi, qui rapporte des vivres, et qui enfin, par l'incroyable promptitude de sa course, se trouve toujours et a point nommé, là où il faut qu'il soit et où on ne l'attendait pas. Mais si le caractère gai et subtil de Shiboub, réjouit et amuse, l'attachçment inviolable qu'il montre pour son frère Antar, dont il a l'air d'admirer, comme par instinct, les vertus, est quelquefoi très-touchant. Au surplus, je ne saurais mieux faire pressentir les beautés originales que fait naître le contraste des caractères d'Ântar et de
324 ROLAÎÏD.
Shiboub qu'en comparant le plaisir qui en résulte pour le lecteur, a celui que Ton éprouve en voyant figurer dans les mêmes scènes Achille et Ulisse, Amadisetson frère Galaor, et même dom Quichotte et Sancho Pança; ce sont des données aussi vraies qu'inattendues, et que la nature seule inspire.
Le roi Gais, se défiant des mauvais desseins d'Hadifah, avait envoyé de tous côtés des esclaves à la recherche d'Antir. Il arriva que l'un de ces esclaves, de retour auprès du roi, lui dit : « Pour Antar, je n'ai pas même entendu parler de lui ; mais comme je passais près de la tribu de Témim, je dormis sous les tentes de celle de Ryah. Là je vis le plus remarquable des poulains, pour sa beauté. Il appartient à un homme nommé Jabîr, fils d'Awef. Jamais je n'ai vu un poulain si beau ni si rapide à la course. » Ce récit fit une vive impression sur le cœur de Gais.
En effet, ce jeune animal était le miracle de ce temps, et jamais, parmi les Arabes, on n'en avait élevé de plus beau. Il était d'ailleurs généreux et illustre par sa naissance et par sa race, car son père était Ocab et sa mère Helweh, deux animaux qui passaient chez les Arabes, pour être aussi
AINTAB. 325
prompts que Téclair. Toutes les tribus les admi* raient pour leurs formes, et celle de Ryah était devenue célèbre parmi toutes les autres, à cause de la jument et de l'étalon qu'elle possédait.
Mais pour en revenir au beau poulain, un jour que son père Ocab était ramené aux demeures, conduit par la fille de Jahir (c'était le long d'un lac, et il était midi), il vit la jument Helweh qui se tenait près de la tente de son maître. Il se mit à hennir et se débarrassa de sa longe. La jeune fille, tout interdite, laissa aller le cheval et se hâta, par modestie, de chercher refuge dans l'une des tentes. L'étalon resta là jusqu'à ce que la demoiselle revînt. Elle reprit sa longe et le ramena à l'écurie.
Mais le père s'aperçut du trouble que sa fille ne pouvait cacher. Il la questionna, et elle dit ce qui s'était passé. A ce récit, le père devint furieux de colère, car il était naturellement violent; il courut aussitôt au milieu des tentes, et levant son turban : « Tribu de Ryah ! tribu de Ryah ! » cria-t- 11 de toute sa force ; et aussitôt les Arabes accoururent autour de lui. « Parents, leur dit-il, après avoir raconté ce qui avait eu lieu , je ne laisserai pas le sang de mon cheval dans les flancs d'Helweh ; je ne suis nullement disposé à le vendre même au prix des moutons et des chameaux les plus précieux ; et si l'on ne me permet pas d'enlever l'embryon du corps d'Helweh, je chargerai quelqu'un de tuer cette jument. — Allons, dirent tous les Arabes, faites comme il vous plaira, car nous ne
pouvons nous y opposer. (Tel était l'usage alors en Arabie. ) On amena la jument et on la lia à terre devant le plaignant, qui, après avoir relevé ses manches jusqu'aux épaules, mouilla ses mains dans un vase d'eau, en y mêlant de l'argile, puis se mit à frapper les flancs de la jument dans l'intention de détruire ce dont Dieu avait ordonné l'existence. Cela fait, il retourna plus calme chez lui.
Malgré cela, la jument Helweh conçut heureusement, etaubout d'un an moins quelques jours, elle mit au monde un poulain parfait. En le voyant, le maître de la jument ressentit une grande joie, et lui donna le nom de Dahis (qui est frappé), pour faire allusion à ce que Jabîr avait fait.
Le poulain, en grandissant, devint encore plus beau que son père Ocab. Il avait la poitrine large, le cou long, les sabots durs, les narines bien ouvertes ; sa queue balayait la terre, et son caractère était doux; enfin, c'était Tanimal le plus parfait que l'on eût jamais vu. On l'éleva avec grand soin, et sa taille fut telle, qu'il devint comme l'arc d'un palais. Enfin, un jour que la jument Helweh, suivie de son poulain, allait du côté du lac, Jabir, le possesseur d'Ocab, les aperçut par hasard. Il s'empara du jeune cheval et l'emmena, laissant sa mère regretter sa perte. Pour Jabîr, il disait : « Ce poulain m'appartient, et j'ai sur lui un droit mieux établi que celui de qui que ce soit. »
La nouvelle de cet enlèvement parvint bientôt
AIÏTAR. 327
au maître du jeune cheval. Il convoqua les chefs de la tribu et leur dit ce qui était arrivé. On alla trouver Jabir, auquel oa lit des reproches, «l Jabir, lui ditr*on^ vous avez Ëiit.àJa jument de vot|*e allié, tout ce qu'il vous aconv^nuxle fiaipe ; c'est un pointque nous vous avons aiccordé, étmaintenant vous voulez vous emparer de.jce qui appartient à cet homme et liû faire une injijstice. -^ N'en dit^s pas plus long, interrompiti Jabir, et ne m'injuriez pas, car^ par la foid'ua Arabe, je ne reijdrai pas ce poulain à moins que vous »6 toe le preniez de force; mais alors je vous ferai laiguerrè. » En ce moment la tribu n'était / pas dispQsée à se laii^er aller aux dissensions, aussi plusieurs âireiit-ils à Jabir : « Nous vous aimons trop pour pousser, les choses sildin: nou& sommes alliés et parents, nous ne combattrons pas pour ce dî£Eérend, quand même il s'agirait d'une idole d'or. » Alors Kerîm, fils de Wahfaab (c'était le nom du maître de la jument et du poulain, homme innommé par sa générosité parmi les Arabes),: ILerini voyant l'obstination de Jabir, lui dit: « mon cousin! pour le poulain, il est à vous, il vous appartient; quant à la jument que voilà, acceptez*la en présent de ma main, afin que le poulain et sa mère ne soient pas séparés, et ne laissez croire à personne que je puisse être capable de &ire tort à mon parent. ^
La tribu: applaudit hautement à ce procédé, et Jàbir fut si humitié de la générosité qui lui était faite, qu'il rendit le poulain et la jument à Kerim,
328 ROLAITD.
en y joignant encore une paire de chameaux et de chamelles.
Dahis devint bientôt un cheval parfait à tous égards, et lorsque son maître, Kerim, voulait lui faire disputer la course avec un autre, il le montait lui-même et avait coutume de dire à son antagoniste : « Quand vous partiriez devant moi comme un trait de flèche, je vous rattraperais, je vous dépasserais; » ce qui arrivait effectivement.
Dès que le roi Gais eut entendu parler de ce cheval, il devint comme hoi*s de lui-même et le sommeil l'abandonna. Il envoya quelqu'un à Kerim pour l'engager à lui vendre ce poulain pour autant d'or et d'argent qu'il en désirerait, ajoutant que ces richesses lui seraient envoyées sans délai. Ce message enflamma Kerim de colère, a Cais n'est-il donc qu'un sot et un homme mal élevé? s'écria-t-il. Pense-t-il que je suis un marchand qui vend ses chevaux, et supposerait-il que je suis incapable de les monter moi-même? Oui^ j'en jure par la foi d'un Arabe, s'il m'eût demandé Dahis en présent, je le lui aurais envoyé tout aussitôt avec un assortiment de chameaux et de chamelles; mais si c'est par la voie du trafic qu'il compte l'avoir, cela ne sera jamais, dussé-je boire dans la coupe de la mort. »
Le messager retourna vers Cais, et lui rapporta la réponse de Kerim, ce qui fâcha beaucoup le roi. « Suis-je le roi des tribus d'Abs, d'Adnan, de Faazrah et de Dibyan, s'écria -t- il, et un vil Arabe
AKTAB. 329
sera-t-il assez hardi pour me contredire ? » Il fit avertir aussitôt son monde et ses guerriers. A l'instant les armures, les cottes de mailles, les épées et les casques brillèrent ; les héros montèrent leurs coursiers, agitèrent leurs lances, et Ton se mit en marche vers la tribu de Ryah. Â peine y ftirent-ils arrivés dès le matin, qu'ils se jetèrent à travers les pâturages où ils firent un immense butin en troupeaux, que Gais abandonna à tous ses alliés. De là ils se portèrent vers les tentes et y surprirent les habitants, qui n'étaient nullement préparés à cette attaque, Rerim étant absent et engagé avec tous ses guerriers dans quelque expédition du même genre. Gais, à la tête des Âbsiens, pénétra donc dans les habitations où Ton s'empara des épouses et des filles.
Pour Dahis, il était attaché entre les cordes qui maintiennent les tentes, car Kcrim ne s'en servait jamais pour combattre, dans la crainte qu'il ne lui arrivât quelque accident, ou qu'il ne fût tué. Un des esclaves resté dans les demeures, et qui s'était aperçu des premiers, de l'invasion des Âbsiens, alla vers Dahis avec l'intention de rompre la corde qui lui liait les pieds; mais il ne put jamais y parvenir. Toutefois il monta dessus, le poussa de ses talons, et le cheval, bien que ses pieds fussent liés, se mit à fuir en sautant et en cabriolant comme un faon, jnsqu'à ce qu'il eût atteint le désert. Ge fut en vain que les cavaliers Âbsiens coururent
après lui ; ils ne purent même atteindre la traee de poussière qu'il laissait derrière lui.
Aussitôt que Gais eut aperçu Dafais, il le reconnut^ et le désir de le posséder s'augmenta encore, n s'avança du côté de celui qui le montait, jusqu'à ce que son regret devînt extrêmement vif, parce qu'il s'aperçut qu'il avait beau le suivre, il ne pourrait jamais l'atteindre. Enfin, lorsque Tesclave se vit à une grande distance des Âbsiens, il mit pied à terre, délia le pied de Dahis, remonta et partit. Gais, qui le suivait toujours, avait gagné du terrain pendant la halte ; lorsqu'il fot assez près de l'esclave pour se faire entendre : « Arrête, ô Arabe, cria-t-il, ne crains rien, je te donne ma protection, par la foi d'un noble Arabe! » A ces paroles, l'esclave s'arrêta. «As-tu l'intention de vendre ce cheval? dit le roi Gais; dans ce cas tu as rencontré le plus curieux des acheteurs de tous les guerriers arabes. — Je ne veux point le vendre, monseigneur, répondit l'Arabe, à moins que son prix ne soit la restitution de t<Hit le butin. — Je vous l'achète, dit aussitôt Gais, » et il tendit la main à l'Arabe pour confirmer le marché. L'esclave consentit, et étant descendu de dessus le jeune cheval, il le livra au roi Gais qui, plein de joie de voir ses souhaits accomplis, sauta dessus et alla retrouver les Absiens auxquels il ordonna de restituer tout le butin qu'ils avaient fait; oeqni Ait exécuté strictement.
Le roi Gais, enchanté du succès de son entre-
ANTAB. 331
prise et d'être devenu possesseur de Dahîs, retourna chez luî. La passion qu'ir avait pour ce cheval était telle, qu'il le pansait et lui donnait la nourriture de ses propres mains.
Sitôt qu'HadiÊih, chef de la tribu de Fazarah, sut que Cais possédait Dahis y la jalousie entra dans son cœur. De concert avec d'autres chefs, il médita la mort de ce beau cheval
II arriva dans ce temps que Hadifah donna une grande fête. Carwash, parent du roi Cais, y assistait. A la fin du repas, et quand le vin circulait abondamment autour de la table, la conversation tomba sur les plus fameux chefs de ce temps. Ce sujet épuisé, les convives commencerait à parler de ceux de leurs chevaux qui avaient le plus de célébrité, puis des courses qui se font dans le désert. « Parents, dit Carwash, on n'a jamais vu un cheval comme Dahis, celui de mon allié Cais. On chercherait en vain son égal, il effraie par sa rapidité ceux qui le voient courir. Il chasse le chagrin de l'esprit de celui qui le regarde, et il protège comme une tour, celui qui le monte. » Garwash ne s'en tint pas là, et il continua à louer le cheval Dahis, en employant des termes si pompeux et si brillants, que tout ceux de la tribu de Fazarah et de la famille de Ziad sentirent leur eœur se gonfler de colère. « L'entendez-vous, mon frère? dît Haml à Hadifah. Allons, en voilà bien assez, ajouta t-il en se tournant du côté de Carwash. Tout ce
332 BOiiAiiO.
que vous venez de dire là au sujet de Dahis n'a pas le sens commun, car en ce moment il n'y a ni de meilleurs ni de plus beaux chevaux que les miens ou ceux de mon frère. » Après ces mots, il or* donna à ses esclaves de faire passer ses chevaux devant Carwash, ce qui fut fait, « Allons, Carwash, regarde ici ce cheval. — Il ne vaut pas les herbes sèches qu'on lui donne, » dit l'autre ; alors on fit passer ceux de Hadifah, parmi lesquels était une jument nommée Ghabra et un étalon appelé Marik. « £h bien I reprit alors Hadifah , regarde donc ceux-ci. — Ils ne valent pas les herbes sèches dont on les nourrit , » répéta Carwash. Hadifah, outré de dépit en entendant ces paroles, s écria: «Quoi! pas même Ghabra? — Pas même Ghabra, ni tous les chevaux de 1^ terre, répéta Carwash. — Voulez-vous faire un pari pour le roi Cais? — Oui, dit Carwash ; que Dahis battra tous les chevaux de la tribu de Fazarah, quand on lui mettrait même un quintal de pierres sur le dos. » Us se disputèrent longtemps à ce sujet, Tun disant oui, l'autre non, jusqu'à ce que Hadifah mit fin à cette altercation en disant : a Hé bien, soit ; que le vainqueur prenne du vaincu, autant de chameaux et de chamelles qu'il lui plaira. — Vous me jouerez un mauvais tour, dit Carwash, et moi je ne veux pas vous tromper. Je ne gagerai pas avec vous plus de vingt chameaux : ce sera le prix que donnera celui dont le cheval sera vaincu; » et Ta^ faire ftit ainsi réglée. Ils achevèrent la journée à
AWTAR. 333
table jusqu'à la nuit, pendant laquelle ils se reposèrent.
Le lendemain, Carwash sortit de ses tentes de bon matin^ se rendit à la tribu d'Abs, alla trouver Cais et lui fit part de tout ce qui avait eu lieu à Toccasion du pari. « Vous avez eu tort, dit Cais ; vous auriez pu faire un pari avec qui que ce soit , excepté Hadifah qui est l'homme aux prétextes et aux ruses ; et si vous avez arrêté cette gageure, il faut la rompre. » Cais attendit que quelques personnes qui étaient auprès de lui, se fussent retirées, puis il monta aussitôt après à cheval et se rendit à la tribu de Fazarah où il trouva tout le monde prenant le repas dans les tentes. Cais descendit de cheval, se débarrassa de ses armes , s'assit auprès d'eux et se mit à manger comme un généreux Arabe. « Cousin, lui dit Hadifah, désirant le plaisanter, quelles grosses bouchées vous prenez! que le ciel nous préserve d'avoir un appétit semblable au vôtre. — Il est vi'aî que je meurs de faim, dit Cais; mais par celui qui a toujours duré et qui durera toujours, je ne suis pas venu ici seulement pour manger votre repas. Mon intention est d'annuler la gageure qui a été faîte hier entre vous et mon parent Carwash. Je vous prie de rompre cet arrangement, car tout ce qui se fait et se dit au milieu des flacons, ne compte pas et doit être oublié. — Sachez, Cais, que je ne renoncerai pas à ce défi, à moins que l'on ne me remette les chameaux et les chamelles. Lorsque
334 BOLAIÎD-
cette condition sera remplie, le reste me sera parfaitement indifférent. Cependant, si vous le voulez je m'en emparerai de force, ou, si cela vous fait plaisir, j'y renoncerai, mais à titre de grâce.» Malgré tout ce que Cais put dire et redire, Hadifah resta inébranlable dans sa proposition, et comme le frère de celui-ci se mit à rire en regardant Cais, Cais devint furieux, et le visage rouge de colère il demanda à Hadifah : a Qu'avei^-vous parié avec mon cousin? — Vingt chamelles, dit Hadifah.— Pour cette première gageure, continua Cais, je Tannulle, et je vous en proposerai une autre : je parie trente chamelles.— Quarante, reprit Hadifah. — Gnquante, dit Cais. — Soixante, dit Hadifah, »et ils continuèrent ainsi en élevant toujours le nombre des chamelles jusqu'à cent. Le contrat fut passé entre les mains d'un homme nommé Sabic, fils de Wahhab, et en présence d'une foule de vieillards et de jeunes gens rassemblés autour d'eux. « Quel sera l'espace à parcourir? fit observer Hadifah à Cais.— Cent portées de trait, répondit Cais, et nous avons un archer, Ayas, fils de Mansour, qui mesurera le terrain. » Ayas était en effet le plus vigoureux, le plus habile et le plus célèbre archer qu'il y eût alors parmi les Arabes. Le roi Cais, par le fait, désirait que la course fût longue à cause de la force qu'il connaissait à son cheval, car plus Dahis avait une longue distance à parcourir, plus il gagnait de vi-^ vacité dans ses mouvements par l'accroissement