‹ Rôle de la persistance du Thymus dans la Genèse de la Syncope ChloroformiqueChapitre 16 sur 21 · C. — Examen critique de la théorie de l'hyperthymisation · texte numérisé non relu

C. — Examen critique de la théorie de l'hyperthymisation

Nous arrivons maintenant à l'examen critique de la théorie qui rapporte à l’hyperthymisation la syn-

Ori

cope cardiaque chloroformique chez les individus à thymus gros ou persistant.

Et d’abord comment doit-on comprendre cette théorie de l’hyperthymisation ? La sécrétion interne du thymus semble pouvoir provoquer la syncope cardiaque chloroformique par plusieurs mécanismes : 1° par affaiblissement du cœur, et, dans ce cas, l’arrêt du cœur résulterait de l'addition de deux influences dépressives : celle de la sécrétion interne thymique, et celle du chloroforme ; 2° La sécrétion interne du thymus rendrait le pneumogastrique hyperexcitable, et ce nerf deviendrait ainsi capable de produire un arrêt cardiaque définitif. Cette dernière hypo-

thèse est légitimée par les acquisitions récentes de

la physiologie, relativement au produit de sécrétion des grandes closes : de Cyon, en effet, a démontré que l’extrait thyroïdien et l’extrait hyÿpophysaire augmentent l’excitabilité du vague. La sécrétion interne du thymus ne peut-elle pas accroître l’excitabilité du pneumogastrique au point que ce nerf pourrait, sous l'influence du suc thymique, arrêter définitivement les battements cardiaques. Donc la nécessité s'impose d'examiner au point de vue critique la théorie de l'hyperthymisation.

I. — Deux ordres de faits semblent, d’ailleurs, donner raison à celte hypothèse :

1° L'un d'eux, qu'aucun auteur ne paraît avoir signalé, est la persistance constante du thymus chez

des animaux adultes très sensibles au chloroforme,

le lapin et le cobaye.

PS

LAGATe

Nous avons examiné l'état du thymus chez des lapins d'âge différent et pesant entre 2.000 et 2.500 grammes. Dans ce cas nous avons toujours vu l'organe recouvrir au moins la moitié supérieure de la face antérieure du péricarde. Sur les 6 sujets que nous avons étudiés à cet égard, le poids de l'organe variait entre 1 gr. 5o et 3 grammes, chiffre très élevé si on considère le poids total du corps de l'animal. En effet, en admettant que chez un adolescent de 60 kilos le thymus pèse 20 grammes ; le poids ne représente que 1/3000 du poids de l'individu. Au contraire, un thymus de 2 grammes chez un lapin de 2.000 grammes représente 1/1000 du poids du corps. On peut donc considérer cette glande comme ayant chéz le lapin même adulte un développement considérable. Les lapins déjà vieux, pesant entre 3.000 et 3.250 grammes, ont un thymus plus petit et en voie de régression, mais encore très nettement apparent. [l est d’un jaune plus sombre que chez l'animal Jeune et son poids varie entre o gr. 50 el 1 gr. 20. Donc la persistance thymique est un fait nettement établi chez le lapin et il est curieux de constater qu'elle coïncide avec une sensibilité très grande de cet animal au chloroforme.

L'expérience suivante, bien connue des physiologistes, est très démonstrative à cel égard. On fixe un lapin sur un appareil contenteur. On saisit son thorax entre le pouce et l'index, et, de cette façon, on perçoit très nettement ses battements cardiaques. On approche toul à coup du nez de l'animal un

Eye

tampon de ouate imprégné de chloroforme, presque immédiatement, la respiration et le cœur s'arrêtent. C'est donc là un exemple saisissant de syneope cardiaque sous l'influence du chloroforme. Mais bientôt les mouvements respiratoires reparaissent et si on permet à l'animal de respirer l’air pur, il se remettra bien vite de ces graves accidents.

Le cobaye adulie possède, lui aussi, un thymus persistant et encore plus que le lapin, ilest sensible au chloroforme. Livon a nettement mis en lumière la difficulté trè. grande qu'on éprouve à anesthésier cet animal. Dès les premières bouffées de chloroforme, en effet, son cœur et sa respiration s arrêtent el cette double syncope est presque tou- Jours définitive, bien qu'on cesse l'administration du chloroforme. L'explication de la gravité de ces accidents paraît avoir été donnée dans un travail récent‘ de H. Busquet et V. Pachon : ces auteurs ont constaté que le cœur du cobaye entre en trémulaüons fibrillaires sous l'influence du chloroforme et l'on connait tout le danger de ces troubles du rythme cardiaque chez les mammifères. La question se posait donc de savoir si la prédisposition du cobaye à ces accidents chloroformiques n'était pas due à la persistance de son thymus.

2v Une autre preuve en faveur de l’hyperthy misation pourrait être tirée de l’action hypotensive que possède l'extrait de thymus. Karl Svelha, en 1896 a démontré qu'une injection intraveineuse de l’ex-

trait aqueux de cette glande provoque une chute de

NT

la pression sanguine. Ce fait a été confirmé par Livon, et, tout récemment, Parisot a cru devoir affirmer encore son exactitude. Il pourrait donc paraître rationnel d'attribuer l’action hypotensive de l’extrait thymique à un affaiblissement du cœur produit par la sécrétion interne de la glande close et cet affaiblissement cardiaque expliquerait la syncope mortelle au cours de l’anesthésie chloroformique chez les individus à thymus gros ou persistant.

II. — Un examen approfondi de ces deux ordres d'arguments, apparemment favorables à la théorie de l’hyperthymisation, démontre néanmoins qu'ils ne sauraient être considérés comme valables.

1° Tout d’abord la grande sensibilité du lapin et du cobaye au chloroforme ne tient nullement à la persistance de leur thymus. En effet, nous avons thymectomisé par la méthode de Gley un certain nombre de ces animaux et nous avons vu que les inhalations de chloroforme provoquaient les mêmes accidents après comme avant l'opération. Voici le détail de ces expériences :

Lapin [, 1880 grammes, ©.

15 septembre. — Incision verticale au-dessus de la fourchette sternale. Immédiatement en arrière de l'os, apparaît la partie supérieure du thymus ; elle est saisie délicatement entre les pinces et grâce à de douces tractions attirée peu à peu tout entière au dehors.

15 octobre. — L'animal est en bon état. Il pèse 1.750 gram-

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