‹ Rôle de la persistance du Thymus dans la Genèse de la Syncope ChloroformiqueChapitre 17 sur 21 · FAITS · texte numérisé non relu

FAITS

mes. Un tampon de chloroforme placé pendant cinq secondes devant les narines arrête le cœur qui reprend ses battements dix ou douze secondes après l'arrêt,

* 25 octobre. — L'animal pèse 1.820 grammes, il est toujours également sensible à l'action du chloroforme. Il est sacrifié par piqûre bulbaire.

Autopsie. — Il ne reste aucune trace du thymus dans la partie supérieure du thorax.

Lapi IL 2.050 grammes, à.

15 septembre. — Ablation du thymus.

5 octobre. — L'animal est bien remis du shock opératoire. Il pèse 2.000 grammes. Un tampon de chloroforme placé devant le nez arrête pendant quelques secondes les battements cardiaques.

25 octobre. — Le lapin pèse 2.130 grammes, il est en très bonne santé. Le chloroforme produit toujours l'arrêt cardiaque. L'animal est sacrifié par piqûre du bulbe.

Autopsie. — On trouve des adhérences entre le péricarde et la face postérieure du sternum, on ne voit pas de trace de thymus.

Lapin III. — Animal dont la thymectomie était incomplète, à l’autopsie nous avons retrouvé un fragment de thymus pesant o gr.bo. On ne saurait donc faire état de cette observation.

Lapin IV, 2.500 grammes, 6.

2 janvier. — Extirpation du thymus.

12 janvier. — La plaie opératoire est cicatrisée, l'animal pèse 2.430 grammes. Un tampon imbibé de chloroforme, placé devant les narines du lapin, arrêtele cœur pendant quelques

secondes !

Na RE

2 février. — L'animal pèse 2.600 grammes. Sa carotide droite est isolée etune canule en verre estplacée dans le vaisseau. Celle-ci est mise en rapport par l'intermédiaire d'un tube renfermant un liquide anticoagulant avec un sphygmoscope. Le sphygmoscope trans met les oscillations de la pression à un tambour inscripteur muni d’un levier quise déplace sur le cylindre de Marey. Pendant que s'inscrit le graphique de la pression, un tampon imbibé de chloroforme est approché brusquement et pendant dix secondes des narines de l’animal. Immédiatement apparaît une chute du tracé qui d'ailleurs est de courte durée (fig. 1). L'animal après l'expé-

riénce est sacrifié par piqûre du buibe. A l'autopsie on ne

trouve pas de trace du thymus.

Fig. L',— Lapin thÿmectomisé. — Lecture du tracé de gauche à droite, — Pression carotidienne prise avec le sphygmoscope. — En CG. inhalation

brusque de chloroforme,

Donc chez le lapin il n'existe aucun rapport entre la persistance thymique ct la sensibilité de cet ani-

mal au chloroforme. Des expériences identiques

poursuivies sur cinq cobayes sont résumées dans les observations suivantes :

CoBAYE I. — ©, 250 grammes.

10 décembre. — Extirpation du thymus par la voie sussternale.

20 décembre. — La plaie opératoire suppure. L'animal

pèse 210 grammes.

20 janvier. — La plaie sus-sternale est cicatrisée ; l'animal pèse 255 grammes. On laisse pendantes une minute devant ses narines un tampon imprégné de chloroforme. La palpation du cœur à travers la paroi thoracique ne permet pas de sentir le moindre battement. La respiration persiste encore pendant quelques secondes après l'arrêt du cœur, puis elle s'arrête.

Autopsie.— Pas de trace de thymus.

CoBayeE II er CoBAYE IIL. — On ne peut pas faire état de leur observation.

L'autopsie a prouvé que l’extirpation du thymus avait été incomplète.

Cogave LV.— Q, 350 grammes.

5 janvier. — Extirpation du thymus.

20 janvier. — La plaie est cicatrisée. L'animal pèse 345 grammes.Un tampon imprégné de chloroforme est placé devant les narines du cobaye. Au bout de trois minutes le cœur et la respiration s'arrêtent en même temps. La respiration artificielle est inefficace pour rappeler l'animal à la vie.

Autopsie. — Pas de trace de thymus.

CoBAYE V. 2 6, 330 grammes.

SM proue

13 février. — Extirpation du thymus.

28 février. — La plaie opératoire est cicatrisée, l'animal pèse 355 grammes. Un tampon imbibé de chloroforme est placé sous les narines du cobaye. Au bout de deux minutes d’inhalation de vapeurs anesthésiques.le cœur s'arrête. La respiration se poursuit encore pendant vingt secondes et s'arrête à son tour.

Aulopsie. — Pas de trace de thymus.

Donc le cobaye et le lapin conservent malgré l’ablation du thymus une sensibilité extrême au chloroforme. Par conséquent on ne peut pas, du fait de la persistance de cet oagane chez ces animaux et de la grande toxicité du chloroforme pour eux, établir entre les deux phénomènes un rapport de cause à effet : il y a là une simple coïncidence.

20 L'action hypotensive de l'extrait de thymus ‘que certains auteurs pourraient faire valoir en faveur de la théorie de l’hyperthymisation ne résiste pas ellemême à l'examen des faits. La pression artérielle, assurément, baisse parinjection d'extrait de la glande. Mais ce phénomène ne signifie pas nécessairement que le cœur a faibli.

La tension artérielle, en effet, est la résultante de plusieurs éléments dont les plus importants sont . 1°le calibre des vaisseaux ; »° l'énergie de la contraction cardiaque. Donc, toutes choses étant égales du côté du cœur, la pression peut baisser si les vaisseaux se dilatent. Karl Svehla, d’ailleurs, dans son mémoire fondamental, établit que l'injection iatra-v as culaire

tue Ad RE Op > >:

d'extrait de thymus produit l'abaissement de la pression par paralysie des vaso-moteurs. Quant au cœur loin d’être affaibli, il s'accélère sous l'influence de l'injection. Ces faits n’autorisent donc pas à conclure que l'extrait de thymus à une action dépressive sur le cœur.

IT. — Enfin nous avons effectué des expériences qui nous paraissent décisives pour écarter définitivement l'hypothèse de l'hyperthymisation dans la genèse des accidents chloroformiques.

Chez trois chiens nous avons injecté par voie intraveineuse, avant ou perdant l’anesthésie chloroformique, de l’extrait aqueux de thymus. La question se posait de savoir si le chloroforme, chez ces animaux ayant subi une hyperthymisation artificielle produisait des accidents cardiaques dangereux.

Voici le protocole de ces expériences :

OBsERvATION N° 1. — Chien de berger, 6, 13 kilos, à jeun depuis vingt-quatre heures. Injection de o gr. 13 de chlor-

hydrate de morphine. Vingt minutes après l'injection la

‘ veine saphène gauche est mise à nu et une canule est fixée

dans le vaisseau. Un drapeau planté dans le cœur permet de connaître à tout moment le fonctionnement de l'organe. Nous injectons par la veine saphène 20 centimètres cubes d'extrait aqueux de thymus. Le liquide a été préparé de la” manière suivante : Un thymus frais de veau est finement haché et mis à macérer dans dix fois son poids d'eau salée à 9/1000. Le mélange est placé dans une glacière pendant vingt-

Audebert 5

quatre heures et filtré. On obtient ainsi une liqueur opalescente qui servira à faire les injections. pe

L'introduction dans la veine saphène de 20 centimètres cubes d'extrait aqueux de thymus ne provoque aucune réaction bien marquée. Immédiatement après l'injection. l’animal est soumis à la respiration des vapeurs anesthésiques. Des tampons imprégnés de chloroforme étaient déposés au fond d’un bocal et celui-ci était placé devant la gueule du chien. Le sujet a pu être de cette façon maintenu pendant une heure en état d’anesthésie, sans qu’il soit survenu la moindre alerte du côté du cœur.

Une nouvelle injection de 20 centimètres cubes d'extrait de thymus a été effectuée quinze minutes après la première: L'inbhalation de vapeurs chloroformiques n’a pas provoqué d'accidents cardiaques.

Après ces expériences nous avons laissé l'animal se réveiller ; le drapeau planté dans le cœur a été enlevé, la veine saphène ligaturée et la plaie suturée.

Quinze jours après ces diverses manœuvres le chien vivait encore et se portait très bien.

OBSERVATION N° 2. — Chienne de 10 kilos. Une canule est introduite dans la veine saphène et 20 centimètres cubes d'extrait aqueux de thymus sont injectés. Un drapeau est planté dans le cœur de l'animal. Une large compresse est abondamment imbibée de chloroforme, de façon à administrer l'anesthésique par la méthode de la sidération, procédé dont les chirurgiens et les physiologistes connaissent bien le danger. De plus il convient de remarquer que l'animal n’a pas reçu de morphine, et, depuis CI. Bernard, on sait que le

chloroforme est mal toléré par le chien non morphiné. Done

si l'extrait thymique favorise la syncope définitive du cœur, il y a toutes raisons pour qu'elle se produise chez notre animal.

Dès que la compresse a été placée devant la gueule, la chienne à présenté une grande agitation ; son cœur s'est arrêté pendant quelques secondes, puis les battements ont repris. L'animal a continué à se débattre, à respirer irrégulièrement et, tout d'un coup, les mouvements respiratoires se sont arrêtés. Le cœur, cependant, battait encore avec énergie. La respiration artificielle a été commencée, une minute environ après l'arrêt respiratoire. Quelques secondes suflirent pour faire apparaître des mouvements spontanés du thorax : l'animal était sauvé.

Quoi qu'il en semble, cette ebservation bien interprétée ne peut pas fournir un fondement à la théorie de l'hyperthymisation. L'arrêt brusque du cœur dèsles premières bouffées de chloroforme n'a aucun rapport avec la présence d'extrait de thymus dans le sang de l’animal. En effet, il résulte d'une excitation réflexe banale du preumogastrique et une vapeur irritante quelconque produit le même résultat. La suite de l'observation, d’ailleurs, prouvera cette affirmation. De plus il convient de remarquer que -cei arrêt cardiaque a été passager et qu'il a cessé, malgré la continuation des inhalations de chloroforme. On ne saurait donc tabler sur ce fait pour attribuer à l'hyperthymisation certains arrêts définitifs du cœur sous l'influence de l'anesthésique. Quant à l'arrêt respiratoire, c'estun accident fréquent chez les chiens non-morphinés.

11 n’est d’ailleurs pas mortel, lorsqu'il est convenablement

traité : la respiration artificielle pratiquée avant que le cœur

n'ait été profondément atteint par l’asphyxie, fait revenir l'animal à la vie.

Une fois que le chien se fut remis à respirer normalement, nous avons brusquement approché de son nez une compresse imbibée d'ammoniaque : la bête a présenté de l’agitation et son cœur s'est arrêté pendant quelques secondes, puis les battements ont recommencé.

Cette réaction du cœur est donc passagère, banale, non spécifique au chloroforme. Elle résulte d’une excitation réflexe du pneumo-gastrique et n'arrête jamais le cœur d’une manière définitive (Ch. Richet). Ce petit accident n'a rien à voir avec la syncope mortelle qui peut apparaître pendant l'anesthésie chez des individus à gros thymus.

OBsERVATION No 3. — Cette observation se rapporte à un chien de quatre mois. Les mêmes expériences que dans l’observation n° 2 ont été effectuées et avec des résultats superposables.

OBSERVATION N° 4. — Chien 6, quatre mois, 8 kilos. Injection de 8 centigramimes de morphine. Vingt minutes après l'injection l’animal respire des vapeurs chloroformiques émanant d’un bocal placé devant sa gueule. Après une courte période d’agitation le chien est anesthésié. Une canule à injections intra-veineuses est placée dans la veine saphène. Une autre canule est fixée à l'artère fémorale et reliée à un sphygmoscope. Celui-ci est en relation avec un tambour inscripteur qui marque sur le cylindre enregistreur de Marey les oscillations de la pression sanguine. Pendant que le chien anesthésié respire des vapeurs chloroformiques, 20 centimètres cubes d'extrait aqueux de thymus sont injectés dans

la veine saphène. Les battements cardiaques se continuent

avec régularité, cependant le tracé subit une légère dépression : en somme, nous voyons se reproduire le phénomène nettement observé par Svehla. Au bout de dix minutes, l'inne : LATE Par :

jeétion d'une nouvelle dose de 20 centimètres cubes d'extrait thymique provoque de nouveau l'apparition des mêmes phénomènes. L’extrait aqueux de thymus introduit dans le sang

d'un chien jeune chloroformé ne produit donc pas la syncope

cardiaque.

EUR ONU NS 7e

Fig. II. — Chien chloroformé. — Pression fémorale prise avec le sphygmoscope. — Lire le tracé de gauche à droite. — En T, injection intraveineuse d'extrait aqueux de thymus.

Les conclusions générales de ce long chapitre peuvent done-se résamer dans les propositions sutvantes :

1° L’affaiblissement du myocarde rend le cœur moins résistant aux influences toxiques et l’état

lymphatique de Palitauf pourra, s'il s'accompagne

d’asthénie cardiaque, prédisposer l'individu à la syncope du cœur pendant la chloroformisation.

> La compression parun grecs thymus de certains organes contenus dans la partie supérieure du thorax, trachée, récurrent, phrénique,oreillettes, aggrave les effets habituels du chloroforme sur le musele cardiaque, au cours de lanesthésie, et peut provoquer l'arrêt définitif des battements du cœur ;

3 La compression du pneumogasirique et la pénétration dans le sang d’une sécrétion interne thymique ne paraissent pas pouvoir causer la syncope cardiaque définitive pendant l’anesthésie chlorofor-

mique.

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