Ibid., p
api)arteii;iioiit, et de se faire agréer par un Principal ayant à compléter son personnel. Des intrus réussissaient ainsi à se glisser dans les collèges sans avoir aucun titre, et le Parlement dut intervenir pour rétablir l'ordre.
Tandis (jue les collèges languissaient dans un triste état, Port-Royal et de puissantes corporations religieuses telles que les Jésuites, l'Oratoire, oiïraient aux familles pour l'éduration de leurs enfants de vastes bâtiments construits dans de bien meilleures conditions que ceux de ITuiversité. L'enseignement y était confié à dos hommes ayant fait preuve de savoir, d'aptitude, d'une moralité incontestée, se prêtant au progrès de leur temps, et devenant les promoteurs de réformes dont nous ressentons encore aujourd'hui les effets bienfaisants. La discipline chez eux était excellente quoique sans contrainte, parce qu'elle était faite de l'estime, du respect et de l'affection qu'inspiraient des maîtres vénérés. Il n'en était pas ainsi dans l'Université.
Exceptons cependant qut'lques collèges où des maîtres et des chefs comme Hersan, Rullin, Coffin, Gobinet surent exercer sur la jeunesse cette autorit(' morale qui maintient l'onlre sans violence, stimule l'émulation et active les progrès. Ils rendii'ciit dans leurs collèges à ri'niversité le lustre ({u'clic avait eu alors ([u'elh; était la plus puissante des corpoi-ations enseignantes, mais ils étaient le petit nombre, et si (luelipics collèges luttèrent d'importance et de succès avec ceux de- Jésuites, la majorité persista dans la routine et laissa aux coiicui'rents le (-hamp lilire [)our prendre dans l'enseignement Il ne place prépondérante.
(11! n'est pas que les statuts et les règlements manipiassent ; nous en conq)tons jjIus de six ipii tous avaient pour but de faire cesser les alms cl de (joniiei- à n'iiiversilé une nouvelle vie. On ne saurait coiitoler la sagesse des mesures ([u'ils onloiinaiciil, mais elles ('•(aient iiisuflisantes et ne comblaient pas les lacunes à remplir. l<]lles ne secondaient pas l'évolution qui s'i'lail produite et cpn se prodiut à toutes les t''po(|ues dans les idées cl dans les {M'ogrès des dilTiTiMites bi'aiiclies des cou iiaissaiires liiiniaiiies. jolies ne s'inspiraient pas de V h esprit nouveau » i|iii anime plus ou moins chaque siècle, car si l'appellation est n'-ceiile le fait a tttiijours cvisli-.
On conçoit qu'au moyen âge, alors que le français et la plupart des langues européennes étaient en voie de formation, il était nécessaire d'avoir, comme interprète universel des idées et des découvertes, une langue toute faite, telle que le latin, connu des savants de tous les pays; mais à mesure que notre langue nationale se fut perfectionnée et eut produit des chefsd'œuvre qui n'ont pas encore été surpassés, l'Université, se dégageant de la routine monacale et de la scolastique qui dans son temps avait été elle aussi un progrès, aurait dû se mettre en harmonie avec les idées nouvelles, les découvertes, les conquêtes de l'esprit humain et mettre la jeunesse en état d'y prendre une large part.
Les statuts de 1600 indiquent bien les auteurs à expliquer; ils règlent l'emploi du temps, les matières à étudier; ceux de 1626 s'appliquent spécialement aux collèges de Paris, et ceux de 1720 témoignent de quelques progrès sur les précédents, mais la langue française, l'histoire, la géographie, fondements de tout bon enseignement national, n'y figurent presque pas et l'on persista dans les collèges à parler latin comme si le français, à cette époque, était encore une langue barbare.
Dès 1640, Richelieu déplorant l'abaissement dans lequel était tombée l'Université avait songé à la réformer dans un sens antidémocratique, car il pensait que la diffusion des lumières nuisait à la prospérité d'un Etat. (( De même, dit-il, qu'un corps qui aurait des yeux à toutes ses parties serait monstrueux, de même un Etat le serait si tous ses sujets étaient savants; on y verrait aussi peu d'obéissance que l'orgueil et la présomption y seraient ordinaires. Le commerce des lettres humaines bannirait absolument celui delà marchandise, ruinerait l'agriculture, vraie nourricière du peuple, et déserterait en peu de temps la pépinière des soldats i[ui s'élèvent plutôt dans la rudesse et l'ignorance que dans la politesse des sciences ; c'est pourquoi les politiques veulent dans un Etat bien réglé plus de maîtres es arts mécaniques que de maîtres es arts libéraux '. » Son dessein était de ne laisser subsister de grands collèges que dans les centres de gouvernement et de population. Paris
l. Testament politique, chap. ii, sect. X.
n'aurait eu que quatre ou cinq grands collèges au lieu de 30 établisements d'instruction qui y vivaient misérablement, et dans chacune des villes ci après : Amiens, Troyes, Dijon, Lyon, Toulouse, Bordeaux, Poitiers, Rennes, la Flèche et Pau, il y aurait eu deux collèges, l'un de séculiers et l'autre de Jésuites'. Il se défiait de ITniversité à cause de ses privilèges (jui empiétaient sur l'autorité royale. Pour mettre en pratique ses idées sur l'instruction publique, il avait projeté de fonder dans la ville de Richelieu un collège dont il traça lui-même le plan et rédigea le règlement des études agréé par le roi. « Il y prescrivait une étude approfondie de la langue française, l'enseignement de toutes les matières en Français ; une étude du Grec aussi comi)lète ([ue celle du Latin; l'enseignement combiné des lettres et des sciences ; l'étude de l'histoire, de la chronologie et de la géographie; l'Italien, l'Espagnol devaient y être en.seignés, et il prescrivait la comparaison de ces deux langues vivantes avec le Français, le Latin et le Grec. Les classes du matin devaient être consacrées aux Sciences et celles du soir aux Lettres, de sorte que les deux marchaient de front'. »
La mort de Richelieu arrêta la création du collège in-ojctt- et la mise en pratique d'un programme qui ne serait pas désavoué de nos jours.
Qu('l((ucs années plus tard (lOf)!), le cardinal Mazarin fonda, à SCS fi-ais, le ('ollè^c des (Jiialrc-Xalions sur les lieux où se trnuNC aclui'llcnii'iil rin>tihil de France''. L'l'ni\ iTsilt- ne vil pa< sans ([ucl(|iie jalousie s'élever ce magni(i(|ne élablissenienl