Jourdain, Iliiloire de rUnivenilé, \>. \U
2. (laillfl. Thèse sur l'adminislrnlion de la Friince sous liichelieii.
It. La foiiilalion de ce collège rapiiolle les conquêtes que les traités de Weslplialii' (lOtS) et des Pyrénées (ITiIiU) assurèrent à la France.
(')() boursiers, dont 113 d'Italie, dli dWlsace, l.jde Flandre, l,". de Itoussillon el de (lerda^ne, y rt-cevaienl une éducation plu-^ avancée (|ne dans les lollègcs de rfuiversité. De plus, Ma/.arin Ic^'iia au collège sa riche liil)liotlièque (pii subsiste toujours.
Le personind du collège était nombreux et les traitements payés |iar le cardinal étaient beaucoup ]dus élevés «pie ceux île l'iiiiversilé. Ce personnel c(unpr('nail : un firand-Mailre, un Procureur, (juatre Principaux, (piaire Sous-Primipaux, un Chapelain, deux Itegi'iils de l'hilosophit> el six autres Hégents.
('.omnM> le collège était fréipienti' par des enfant- appartenant à la noblesse, les arts d'agrément tels que la musique, l'escrime. l'e(iuitalion y étaient en faveur. (Jourdain, Histoire de i Université, p. illS.)
166 L UNIVERSITE AVANT RULLIN
OÙ rinstriiclion était gratuite, et où Mazarin introduisit de notables améliorations dans les études et dans la discipline.
Ces améliorations ne constituaient pas encore une réforme complète et bien établie, mais elles monti-aient la voie à suivre. Louis XIV, arrivé à l'époque la plus glorieuse de son règne, se préoccupa de l'insuffisance de l'Université. Il voyait avec peine le trop grand nombre des corporations religieuses enseignantes. (( Elles encombrent l'État, disait il, et sont moins utiles à l'Eglise qu'onéreuses pour la Nation '. )) Il songeait sinon à leur retirer complètement l'enseignement, du moins à restreindre leur influence et à favoriser particulièrement les maîtres séculiers. L'éducation, à ses yeux, devait être une fonction de l'ordre civil. Colbert, qui partageait ces idées, composa plusieurs mémoires dans ce sens; malheureusement ces beaux projets restèrent à l'état de lettre morte, et l'Université, à l'exception de quelques collèges que les méthodes de Port- Royal séduisirent et qui eurent le bon esprit de les suivre, continua à vivre dans la routine.
A côté du latin, le grec était en assez grand honneur dans l'ancienne Université, non point qu'on l'étudiàt avec la même ardeur, mais la Renaissance lui avait donné du prestige, et le culte d'Aristote reconnu comme souverain maître de l'enseignement philosophique en faisait une seconde langue classique obligatoire. On n'en commençait l'étude qu'à partir de la Quatrième, et jusqu'à la Seconde les devoirs grecs se bornaient à des thèmes et des versions; mais dans les classes supérieures, on faisait des vers grecs et l'on traitait même en grec des sujets historiques, littéraires et philosophiques. Rollin, que Ciaullyer accusait d'ignorer le grec, écrivait couramment dans la langue de Platon, et Crévier, dans ses notes sur la vie de son maître, nous raconte qu'il emportait dans ses promenades avec l'abbé d'Asfeld, son intime ami, un volume d'Euripide dont il lisait, dit-il, et commentait avec délices quatre ou cinq cents vers.
Que devenaient, dans les statuts de IfiOO, l'histoire, la géographie, les sciences, le dessin et les arts d'agrément? Il n'en était nullement question. La langue maternelle, le français, n'y était mentionnée que pour la proscrire, et l'article 23 s'élève avec
indignation contre ces misérables livres modernes — ils étaient en français — qui s'étaient, parait-il, glissés furtivement dans les collèges. Il faut les rejeter, lisons-nous dans l'article l(i ', et i(>venir à une source plus pure. Cette source était.naturellement celle qui répandait à flots les bienfaits de la lang-ue latine rendue obligatoire pour les maîtres et pour les élèves.
Malgré tous ces obstacles et précisément à cause de l'attrait (ju'a toujours le fruit défendu. Ir français était, en cachette il est vrai, i)]us fi-équemmeut employé par les élèves que le latin barbare dont les mémoires de cette époque nous donia-nt de si tristes exemples. L'idiome encore grossier du moyen âge se polissait, s'enrichissait de mots nouveaux et devenait cette langue, claire et féconde, qu'ont mise en œuvre les grands écrivains du xvii" siècle.
L'Université ne peut revendiquer la gloire d'avoir puissamment aidé à cette réforme, la plus importante de toutes; elle s'accomplit sans son concours, et tout le mérite en revient à quelques hommes de génie comme Ramus, Rabelais, Montaigne, (|ui luttèrent contre l'asservissement au latin et réclamèrent, tout en en donnant l'exemple par leurs écrits, l'usage de la langue nationale.
L'Université, ainsi (pic hdus l'avons dit, avait à se n-lcver de son affaissement, à n'former le déplorable état de ses collèges, l'esprit d'insubordination de ses suppôts, la vénalité des charges universitaires ainsi (jue la faiblesse et l'insunisance de ses régents et d(! ses programmes. Les projets de réforme et h's réformateurs nt; man(|uèreiil pas |)our accomplir ou tout du moins pour essayer d'accoiniilir crlle oMivre de iM'génération.
Les [)remiers eu date fiiienl les .b'sintes.
1. •< Aucun élrve dans le collt'Ke n'i-miiloii'ia la l.iiigiio viil^.Mirc : il faut se servir <iii latin cl se le rendre familier. ■•
Désordres, scandales, hérésies au xvi'' siècle. — Opportunité de l'établissement de la Société de Jésus, — Rigueur de ses statuts s'accommodant néanmoins, dans l'intérêt de l'Ordre, aux faiblesses des Grands. — Éducation de la jeunesse, puissant moyen d'assurer leur domination. — Faveur que leur accordent Louis XIV et la noblesse. — Qu'ont-ils de bon? — Quels services ont-ils rendus à l'Université? — Qu'ont-ils de mauvais? — Animent-ils leurs élèves de sentiments patriotiques? — Usage du français interdit dans leurs classes. — Enseignement superficiel. — Tout pour la forme. — Peu de sciences, pas d'histoire et de géographie.
La compagnie de Jésus ouvrit la voie aux réformes qu'exigeait l'époque agitée où la licence des mœurs avait corrompu toutes les classes de la société. L'éducation s'était naturellement ressentie de la désobéissance à toutes les lois de la religion et de la morale dont le xvi'^ siècle donnait l'exemple. Ignace de Loyola fit de l'obéissance la base de son Ordre qui de toutes les sociétés religieuses a été le plus puissant.
L'opportunité de l'époque où s'établit la Société de Jésus a été dès son début une des principales causes de son succès. Un vent.de révolte contre l'ancien ordre de choses, un besoin impérieux d'émancipation agitait les esprits à la suite de la Renaissance. Le catholicisme avait été attaqué par de violents adversaires, Wiclef, Jean Huss, et par le plus redoutable de tous, Luther, que les scandales du clergé avaient séparé de l'Église. Le désordre n'était pas moindre dans l'Université où la discipline et les études étaient en complet désarroi. Il était urgent d'opposer une digue à ce torrent d'indépendance.
L'obéissance absolue à l'autorité pontificale représentée par le chef de leur nouvelle société parut aux Jésuites le seul moyen caprible de ramener la paix et de combattre les hérésies que multipliait la liberté d'examen.
La tâche était rude. Ignace de Loyola n'hésita pas à l'entreprendre. Elle convenait du reste à sa foi vive et à son ardeur d'ancien guerrier, il organisa donc une armée de i)rètres et de serviteurs qu'il pénétra de son esprit et pour f{ui l'obéissance était et continue à être le mot d'ordre et le premier de tous les devoirs. (( L'obéissance, dit le P. de Ravignan dans son livre l'Existence et V Institut des Jésuites, est notre àme, nntre vie, notre force et notre gloire. C'est le point capital de notre ref.de et nous nous conformons à ce que Saint-Ignace a commandé dans ses Institutions : Obedientia sola virtus est qux virtutes alias menti inserit, insertasque cuslodit. »
Avec l'obéissance, en effet, jamais d'indiscipline, de discussion ; mais abnégation complète de la volonté, renoncement à toute ambition personnelle et dévouement absolu à la gloire de la Socif'té de Jésus que chacun veut toute-puissante en tout et p;irli)iil .
l'our arriver à dominer dans le monde entier, (pii ne forme aux yeux des Jésuites qu'une seule patrie et un seul peuple en J(''sus-Christ, les disciples de Loyola accommodent la religion aux monirs souvent blâmables et aux préjugés des temps où ils vivent; ils ont l'art, comme dit Bossuet dans l'oraison funèbre de Nicolas (lornet, (( de mettre des coussins de velours sous les coudes des pécheurs )).
i/i'ilucalioii de la jeunesse a éti'- de tout leinps leur ciauil moyen de [)r()[)agan(le. ils jugent avec raison (jue les gent'-ra lions ([u'ils élè'vent et qu'ils forment à leurs vues animei-out les géni'rations à venir des mêmes senliuieuts et donneront à leur société la même inilueiice.
[Is n'avaient à l'aris (|n'wn seni collège, mais il l't.iil plus (lorissanl (pie tous ceux de ri ni\t'r'-ile. Sa population de .'{(Mil) ('lèNCs en 1710 égalai! presque celle des .'{(» collège-^ du qnaiiier lalin. Loins X I \ . |i,ir nni' fa\enr exceptionnelle, lui a\.iil donni' son nom, et le-» plus grandes familles de France, les (^onde, les Lamoignon, les Luxendiourg, les .*>(''guier, les .Morlemart et tant d'autres tenaient a honneur d'y iMivo\er
170 L L'NIVERSITK AVANT ROLLIN
leurs enfants. En 1712, ils comptaient en France et à rétranf,''er 612 collèges, 59 noviciats, 340 résidences, 24 maisons professes et plus de 24 universités dans lesquelles on prenait des grades '.
De tels succès excitèrent naturellement la jalousie de l'Université (jui pendant cinq cents ans avait été la plus florissante des corporations enseignantes. Le Parlement, dont la protection ne lui fit jamais défaut, ordonna bien, par un arrêt du 18 août l.'iyS, que les élèves des Jésuites ne jouiraient d'aucun des privilèges de l'Université '", mais, vains efforts, inutiles hos" tilités! L'Université, qui se crut en 1594 délivrée de ses redoutables rivaux expulsés à la suite de l'attentat de Jean Chatel, les vit revenir en 1603 plus puissants et plus triomphants que jamais. Leurs collèges se remplirent d'élèves comme avant leur disgrâce. C'est que chez eux l'instruction était gratuite, faveur que ne pouvait accorder l'Université en raison de son indigence; de plus, le bien être des enfants, les exercices propres à développer leurs forces, les arts d'agrément, le dessin, la musique, la danse, étaient chez les Jésuites l'objet de soins dont ne se préoccupait guère l'Université. Peu réconfortante y était la nourriture; triste y était la vie. L'article 18 des statuts de Henri IV supprimait toute récréation avant et après dîner. L'article 19 défendait l'escrime et prescrivait de reléguer au delà des ponts les maîtres d'armes, de danse et les joueurs de flûte qui ne sont bons qu'à détourner, y est-il dit, les écoliers de leurs études.
11 est vrai qu'en 1600 le désordre était tel dans l'Université que la rigueur des statuts était justifiée, mais elle n'en était pas moins nuisible à l'hygiène de la jeunesse, et la comparaison du régime suivi dans les collèges et chez les Jésuites n'était pas à l'avantage de l'Université.
En dehors du bien-être qu'ils donnaient à leurs élèves, les Jésuites avaient encore l'art de rendre le travail attrayant, de stimuler l'émulation par des moyens ingénieux, tels que titres honorifiques d'Empereurs, de Décurions, etc., privilèges accordés à ceux qui se distinguaient par leur application, leur conduite, leurs progrès ; chez eux la discipline était facile, grâce au res-
1. Jules Simon, Réformes de Venseigyiement secondaire, p. 8i.