Du Boulay, t. VI, p
pect,,ù la considération et à rafTection qu'ils savaient inspirer aux élèves. Ces résultats ne sauraient qu'être approuvés si, en poussant à l'excrs leur action auprès des jeunes f,''ens, les Jésuites n'avaient affaibli oi eux l'esprit de famille, si précieux à conserver et à fortifier.
Les études étaient dirijL^i'-es des deux côtés par des programmes à pou près semblajjles; le latin et le grec en faisaient le fond, les auteurs expliqués étaient presque les mômes; la différence n'était sensible qu'an point de vue des maîtres dans la manière cVapprcndre et (ieiise/(/nci\ mais cette manière était précisément ce qui faisait la force et la supériorité des Jésuites. Chez eux les maîtres se préparaient à l'enseignement par un long stage dans les scolasticats, sortes d'écoles normales où les meilleurs sujets que l'on jugeait aptes au professorat se livraient à de fortes études et subissaient de fréquents examens.
Les maîtres répétiteurs, qui dans nos collèges ont été pendant longtemps si peu considérés, jouissaient au contraire cliez les Jésuites d'une autorité à peu près égale à celle des professeurs; c'est ((u'ils appartenaient d'abord à l'Eglise, (|u'ils étaient revêtus d'un caractère inspirant le respect, et qu'en outre, on les savait capables de (( répéter », dans le sens propre du mot, et d'expliquer les auteurs et les leçons donnés en classe. Leur titre gf'néral de Préfets, c'est-<"i-dire de préposés non seulement à la surveillance des études, mais encore à la discipline des différents exercices du collège, ajoutail à raiituriti' dont ils jouissaient.
La m('tliode d'enseigiieinenl des Jésuites expos('(> dans la première pai'tie (In /fc rtitimw dlsmiiH ri donnuli vU\\[ en plu'^ieurs points pr('f(''i-able à celli' de ri'ni\ersité; elle nous n'-vèle l'art avec Icfjuel les J('siiites animaient leurs class(>s, les rendaient intéressantes; comment ils sa\,iieiit slininler l'amour propre. l'émidation des ('-lèves [)ar des (inestion><. ^V'^^ ruiimldliiiiis, (|ui les liabituaieiil à parler clairement, facilemcMit. Il est fâcheux (|ue ces exercices excelleiils en eux in(''ni(>s n'aient été appli(|U(''s (|u'aii latin, langue morte iniilile dans la vie privée et dont la lon,L;iie l'Inile n'aboutit (|n'à la |irali(|iie d'un langage n(''cessairenient ('•loign(' de la bonne lalinili'.
Les nondireiix li\ res (•l;issi(|ues (ju'ils C()inpo>>i''ri"il, coni'in"reniinent du l'cste avec les solilaii-es de l'ort-Uoval et les savnnts
maîtres de l'Oratoire, ont encore été utiles. Toutefois, nous apprécions peu aujourd'hui ces livres qui ont été remplacés par d'autres certainement meilleurs; mais ils étaient rares au XVII'' siècle, et l'Université ne prit part à ces travaux (ju'au temps de Rollin.
Si la concurrence des Jésuites a été nuisible à l'Université en lui enlevant son ancien prestige et de nombreux élèves, elle lui a servi en la réveillant de sa torpeur et en lui montrant par leur exemple les réformes à faire. Ils ont été d'utiles adversaires, sans exagérer cependant leur mérite, car le mouvement en avant avait été donné par Port-Royal, suivi par l'Oratoire à qui la Société de Jésus fit elle-même d'importants emprunts, modifiés toutefois suivant son esprit et ses convenances.
En regard des réformes utiles introduites par les Jésuites, il est juste d'examiner ce qui doit leur être reproché.
Ils sont avant tout blâmables de n'avoir presque jamais été animés de sentiments français dans cette France où pourtant ils ont pris naissance, où pendant longtemps leur influence a été prépondérante et où ils auraient pu, à l'exemple de Port- Royal et de l'Oratoire, faire preuve de patriotisme et contribuer au perfectionnement de notre langue nationale, en en permettant et en en favorisant l'usage. Loin de là, ils l'interdirent d'une manière absolue au profit du latin dont ils firent une obligation pour tous. Toute infraction à cette règle était à leurs yeux une faute des plus graves : Peccare graviter censeat magister, lisons-nous dans le Ratio Studiorum, si captus illecebris sermonis patrii aut delerritus lahore sludii morosioris tempus a societate destinatum difficllioribus ac necessariis linguis percipiendis aliter impendit quam ex noslris legihus sanctissime ac prudentissime constitutum est •.
L'aveu que la langue française a des charmes que ne possède pas le latin, plus difficile et plus ennuyeux, est à retenir.
L'exclusion du français comme langue usuelle entraînait nécessairement son exclusion dans le programme des études ; tout au plus le permettait-on dans les basses classes aux enfants qui, ne connaissant pas un mot de latin, ne pouvaient comprendre en cette langue les explications qui leur étaient données,