‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 108 sur 319 · Ratio Studiorum, p · texte numérisé non relu

Ratio Studiorum, p

mais dès la Cinquième cette permission était supprimi-e et le latin régnait en maître.

Si les Jésuites savaient donner de l'intérêt à la classe en provoquant l'attention des élèves par des questions, en stimulant leur activité intellectuelle par des concertations, ils ne la développaient pas sérieusement en l'amenant à réfléchir, à méditer, à approfondir un sujet. L'ignorance des causes et des conséquences qu'ont eues les grands événements historiques, les évolutions de l'esprit humain, était considérée par eux plutôt comme un bien que comme un mal.

Ils s'attachaient à la forme beaucoup plus qu'au fond des choses; leur enseignement était brillant mais superlicicl, leur Rhétorique consistait surtout dans l'art de s'exprimer en périodes harmonieuses, de faire iiabilcmcnt usage des figures de mots et de pensées, des lieux communs; l'art de i)ersuader n'arrivait qu'en second lieu, ou plutôt ils pensaient que le charme de l'élocution suffisait [xmr ciifraîiicr la persuasion, principal but de l'orateur.

Comme préparation à la composition, ils insistaient sur les Or/es actives et [)assives à l'aide desquelles on pouvait, comme nous l'avons montré dans notre traduction du Catididulus Ithctoriae, prouver de trente manières qu'il faut fuir le péché. Le V. Jouvency ne consacre pas moins de cinquante pages aux détails de cet exercice suranné tpie les Jésuites du reste Dut abandonné plus tard dans leurs collèges.

En dehors du latin et du grec, des tlièmes, des versions, des prélcctions et des vers latins, les études ne comprenaient (|U(' très peu d'histoire et de géograi)hie. Ils les (lualiliaiciit de '<>"naissances accessoires. L'histoire de Finance n'y était [);[<■ enseignée, et l'on s'explique cette abstentinn en songeant (juc les Jésuites, n'i'lciiil p;i< plim .itlachés de cteur à la Fram-e (|u'à l'Antilelen-e ou à 1 Allemagne, n'avaient «lèslors aucune rais(»n piMU' admettre dans leurs programmes notre histoire nationale. La |iliilosopliie, {|ui chez eux avait la plus grande importance, 4''tait loin de se prêter aux pi-oirrès du wu' siècle. La loi d'obi-issauce absolue, c'est-à-dire la claii>li'ation de la |icnsée à laquelle ils (''taienl soutins, y mettait un obstacle infranchissable, l'ar suite, le Carti'sianisme n'avait pas d'adversaires |»lus dt''clarés. « La raison livr(''e à elle nii"'nii', dil le I'. de Haviiiiian, s'cL'are

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et roule d'erreur en erreur. » Enserrée dans les bornes étroites de la Scolastique, la philosophie des Jésuites se réduisait à de subtiles discussions. Elle admettait cependant Aristote, mais elle en torturait le sens pour le christianiser et l'adapter à leur doctrine : ce n'était plus la véritable philosophie aristotélicienne, mais une philosophie amoindrie, dénaturée, et ce qu'il y a de plus triste, c'est que l'Université suivit en grande partie la même voie. Il y eut cependant quelques exceptions, car le Cartésianisme condamné, persécuté dans le principe, pénétra dans certains collèges et il trouva à l'Oratoire de chauds et fidèles partisans.

Que dire des études scientifiques dans l'enseignement des Jésuites? Elles étaient presque nulles, sauf une petite part faite aux éléments d'Euclide et à quelques notions sur la sphère. Le Ratio Sliidiorum reste muet sur l'algèbre, la trigonométrie, l'histoire naturelle et la physique, qui cependant au xvn" siècle avait fait de notables progrès.

Après dix ans d'études, dans quelles conditions trouvonsnous, au temps de Rollin, l'élève des Jésuites? x\-t-il appris, lui, Français, à parler correctement et en bons termes sa langue maternelle? Loin de là, défense lui a été faite d'en user jamais, non seulement en classe mais même en récréation, et tonte infraction à cette règle est sévèrement punie. Dans ce pays latinisé la seule langue permise est celle que parlait Cicéron, mais le grand orateur se reconnaîtrait difficilement dans le langage barbare des collèges. Si les Jésuites ont des méthodes ingénieuses et pratiques pour l'explication des auteurs grecs et latins, par contre, ils ne donnent en Rhétorique aucun essor à l'indépendance de la pensée. Tout se borne à des amplifications, à des phrases sonores, à des chries à l'aide desquelles on peut, par des procédés pour ainsi dire mécaniques, traiter un sujet sans s'évertuer à trouver et à développer des idées originales. La forme, dans leurs exercices de compositions, l'emporte sur le fond.

Nous avons vu à quoi se réduisait leur philosophie alors que le Cartésianisme, tout en maintenant le principe et la pratique du catholicisme, affranchissait néanmoins l'esprit bumain et le dégageait du cercle étroit dans lequel il était enserré. Hostiles à toutes les innovations ils les interdisaient dans leurs collèges

et persécutaient impitoyablement ceux (jui ne partageaient pas leurs idées. Parvinrent-ils à arrêter le mouvement d'indépendance qui se manifesta et grandit au xvm" siècle? 11 suffit de literies noms des plus ardents promoteurs d'idées irreligieuses (lu xv!!!" siècle, qui furent leurs élèves, Voltaire, Hclvétius, Diderot, Marmontcl, pour prouver que la contrainte imposée à la pensée est un mauvais moyen d'en empêcher l'essor.

L'histoire, cette grande école de morale et de patriotisme, n'avait pour eux qu'une importance accessoire. L'histoire de France surtout n'entrait pas dans leurs programmes, et nous avons indiqué [jourcfuoi. Peu soucieux des mathémati<iues, ils n'eu donnaient (|ii'uiic connaissance des plus l'iémentaires.

Que reste t il, en délinitiNc. de leur enseignement? Htude absorbante du latin ; exclusion tle l'histoire et de la langue nationale, peu de grec, peu de mathématiques, une Rhéloricjue réduite à des préceptes arides, à des exercices surannés de composition, une philosophie étroite ennemie de toute indépendance de la ])ensée.

Congrégation purement séculière et française. — Urgence de sa fondation après la Ligue. — Son but : réformer l'esprit du sacerdoce, élever la jeunesse. — Son enseignement, semblable en plusieurs points à celui des Jésuites, en diffère par la méthode et l'usage du français. — Soins matériels excellents donnés aux élèves et enseignement des arts d'agrément comme complément d'éducation. — Introduction de l'histoire, de la géographie et des mathématiques dans les classes. — Préparation des professeurs dans des noviciats. — Mauvaise méthode de rhétorique s'attachant plus à la forme qu"au fond. — Philosophie cartésienne. — Attaches de l'Oratoire au Jansénisme. — Éducation modèle donnée à l'Oratoire, amour de la patrie et de la religion sans fanatisme.

La petite association de l'Oratoire, composée d'hommes pieux, savants, et amis de la jeunesse, entra dès son origine dans la voie des réformes. Elles étaient urgentes après la Ligue, et l'enseignement était, comme la société, à l'avènement de Henri IV, dans le plus triste état. Le clergé régulier ne contribuait guère par son exemple à une régénération sociale et « ce fut pour rétablir le saint esprit du sacerdoce, la piété et la sainteté convenable à cet état qui semblait éteinte dans la plupart des ecclésiastic{ues par la vie scandaleuse qu'ils menaient », que furent fondés, suivant les termes du Directoire de la Congrégation, non seulement l'Oratoire, mais encore la plupart des ordres religieux du xvn° siècle'.

i. Bénédictins réformés, 1600; Barnabites, 1600; Oratoire. 1611; Port- Royal, 163o ; Sulpiciens, 1642; Frères de la Doctrine chrétienne de Barré, 1671; Frères de la Doctrine chrétienne de Saint-Antoine, l'il. (Yallet de Vireville, Histoire de l'Université, p. 245.)

L'hôtel de Valois, dans le faubourg,Saint- Jacques, siirl'emplaitmcnt duquel on a construit le le \'al-de-Oràce, fut la première résidence de l'Oratoire fondé en KJil par le cardinal de Bérulle. Plus tard, le local ne suffisant plus, le cardinal acheta l'hôtel de Bourgogne, près du Louvre, y transporta la congrégation (1(521) et commença la construction de l'église qui existe encure sous le nom de l'Oratoire, et qui sert maintenant de temple protestant.

Le P. Lamy nous a laissé une description charmante de la communauté dont il a été un des membres les plus distingués : « Près de la solitude d'Aminthe, dit-il, il y a une communauté d'ecclésiastiques vertueux et savants qui ne sont liés les uns aux autres que par la charité et l'amour du même dessein qu'ils ont de conspirer ensemble au service de l'Eglise. Il n'y a pas de compagnie qui étudie plus qu'elle son esprit et qui tâche de suivre avec plus de fidélité ses maximes. Ceux qui la comi)0scnt sont studieux; ils vivent dans un grand éloigncment du monde et mépris de ce qu'on appelle grand et agréable; ils n'ont de commerce qu'avec leurs livres qui font leur plaisir '. » Leur constitution (1G31) porte qu'ils doivent demeurer dans l'état de la prêtrise sans augmentation ni diminution; les membres ne peuvent être liés par aucun vœu ni soleniud ni simple et ceux (jui voudraient les y obliger seraient censés se séparer du corps delà congrégation.

A l'origine, et dans le projet de bulle présenté au pa[te l'aul V, l'institution des prêtres devait être la seule fouelion de l'Oratoire, mais cet article fui niodilii' dans la conslilulion d(''finitive de 10.11 , et l'inslruction de la jeunesse devint une dis principales fonctions de la congi'f'galion.

Comme l'Oratoire ('tait enliricnicii I français, allaclié par principe aux lois cl aux usages du l'oyaume, (|u'il n'avait, suivanl l'expression de IJossiiet, d'autre esprit (|ue celui de l'Kglise. d'autre règle (jue les canons, d'aulres supérieurs (|ue les évèi|ues, il d(n'inf bienli'il en l''ranci' une d(>s premit'res congrégalions enseignanles. Il aurail pu s'emparer du niont>po|e do l'iiislruclion, laul il (Mail svnipal liique ;( re|)isc()|»al cl au unu

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