‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 111 sur 319 · ll.imel, p. Jis · texte numérisé non relu

ll.imel, p. Jis

182 L r.NlVEIlSITE AVANT IIULLIX

qui les répétait dans de tout autres conditions. Les amplifications, les chries étaient à l'Oratoire comme chez les Jésuites le grand cheval de bataille pour se former à l'éloquence; on habituait ainsi les élèves aux phrases sonores, aux mots à effet, et aux tours de force oratoires.

M. Carré, dans son intéressante monographie du collège do Troyes, dirigé par l'Oratoire, rappelle la méthode du P. Monnet qui, dans sa classe de Rhétorique, était arrivé à donner 68 amplifications par an à ses élèves ', a Quand un rhétoricien, dit-il, a passé par mes mains, il est rompu à traiter tous les sujets possibles. » Était-ce avec talent ? 11 est permis d'en douter. On prenait pour éloquence des périodes ronflantes, et l'on s'en aperçut à la Convention, où Danton, élève de l'Oratoire, disait en apostrophant ses ennemis : (( Je me suis retranché dans la citadelle de la raison; j'en sortirai avec le canon de la vérité, et je pulvériserai les scélérats qui ont voulu m'accuser. » Il parlait là avec la même emphase que ses maîtres. Ces derniers n'invitaient-ils pas leurs élèves à « se purifier dans le bain salutaire de la pénitence pour se présenter au sacrifice de l'Agneau sans tache »?

La période était à l'Oratoire la forme littéraire par excellence. Le Rhétoricien, pour s'}- exercer, mettait en périodes de deux, trois, quatre ou cinq membres les sujets les plus ordinaires. Il ne s'agissait pas en écrivant de donner un libre cours à son inspiration, mais de la contraindre et l'amener à construire des phrases suivant la règle. Cet exercice était peu propre à former le goût; il développait chez l'élève une facilité dangereuse et l'habituait à se payer de mots.

Toutes les Rhétoriques jusqu'au xvu'' siècle avaient été écrites en latin ; le temps n'était pas loin où une Rhétorique écrite en français remplaça les Institutiones oratorùe du P. Monnet*. Dix ans après lui, le P. Bernard Lamy publia VArl déparier (1675) et d'autres oratoriens composèrent, à son exemple, bon nombre d'ouvrages classiques en français.

Comme complément d'éducation, les arts d'agrément, le dessin, la musique, l'équitation, l'escrime et particulièrement

Page 1