Ibid., p
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la danse, étaient autorisés, favorisés même, mais les représentations théâtrales et les ballets que permettaient les Jésuites y ('■taient généralement interdits, n'étant pour les maîtres qu'une {)erte de temps et pour les élèves une cause de dissipation '.
A l'exemple des Jésuites, une académie très florissante de lilu'torique réunissait tous les quinze jours àJuilly, à Troyes et dans certains autres coUèg'es l'élite des Rhétoriciens ; on y lisait leurs meilleurs travaux; les séances étaient publiques et l'Oratoire dans la solennité de ces exercices littéraires trouvait un puissant moyen d'émulation-.
L'emploi du temps était réglé presque dans les mêmes conditions que chez les Jésuites et dans IL'niversité : ."» heures d'étude, Ij heures de classe, 2 heures seulement de récréation, remplissaient la plus grande partie de la journée; le reste était consacré à la [)ri('re et aux exercices religieux.
Le travail él.iit sérieux à l'Oratoire, aussi y compte-t-on des maîtres et des élèves d'un haut mérite. Parmi les premiers étaient Duguet dont nous avons déjà parlé; le P. Lamy, qui excellait en mathématiques tout autant qu'en littt'raturc; sa géométrie était estimée à l'égal de celle du grand Arnauld*; Massillon, Malebranche, le P. Thomassin, Condren qui succéda au cardinal de BéruUe dans l'organisation de l'Oratoire, Sainte-Marthe*. Y mettrons-nous aussi La Fontaine qui. pris un beau jour de repentir, imagina d'être oratorien et entra à Juilly le 21 avril Itjil ? 11 y lisait plus souvent Marot que Hodriguez, s'amusait à donner à manger aux volailles et, s'apercevant bientôt (juil n'avait aucune (h's ([ualités du véritable oratorien, quitta Juilly [)our n'y reparaître jamais".
L'Oratoire fraya à i'ort Royal la voie des réformes, mais l'élève dépassa l)ii iil(')t le maître, à tel point que ce qui se pratiquait dans les Petites Ecoles fut religieuscMnent suivi à l'Oratoire et plus tai'd (laus ITuiversilt''. gi-àce à Uollin ([ui en lit sa règle au collège (le l!eau\ais et d.iiis le frailà des Etudfs.
1. .M. ('..inv simi.llc (•i'|iL'llilnill (Ulcliiui's i'\(i'|iti<ili>, lil.ii^ ir ii-.'irmi ni
di'fcmlniL ces rcprésenlalioiis (p. •.'(11).
•J. ('.arre, llistnirc du cnlli'i/e dr Troijes, |i. JSS.
:!. Ilnil., p. 210.
i. lÀimpayn'\ I. 1, p. 2iis.
;>. il.imrl. 11. 2')".
184 l'université AVANT UOLLIX
Ce qui distingue surtout l'Oratoire, c'est non seulement l'usage du français dans les études, l'enseignement de l'histoire nationale, des mathématiques, de la physique, qui jusqu'alors avait été négligé, mais encore son patriotisme et son dévouement à la France. Français par son origine et son organisation, il s'appliqua à préparer la jeunesse à la vie sociale, à lui inspirer l'amour du pays natal en même temps que le respect et la pratique de la religion. La jeune noblesse, qui se pressait à Juilly et dans ses nombreux collèges établis dans le royaume, y recevait une éducation vraiment française, en même temps que solidement chrétienne sans fanatisme.
l'OKT-UOYAI.
Origine et causes du Jansénisme à Porl-Iluyal. — Création des Petites Écoles. — Duvergier de Hauranne cl Janséniiis à Louvain; leur amitié, leurs études sur la Grâce. — importante personnalité de Duvergier de Hauranne, abbé île Sainl-Cyran. — Son incarcération à Vincennes. — Son but en créant les Petites Écoles. — Quels maîtres y enseignèrent.
— Quelle en était la discipline, l'esprit. — Réformes qu'on leur doit.
— Emploi du français. — Nouvelle méthode de lecture. — Lectures e.\pli(|uées. — Enseignement grammatical donné de vive voix par le maitre et reproduit par l'élève. — Difliculté de publier une grammaire française. — Pas de thème latin. — Objections à faire à cette mesure.
[/iiilliK'iicc (le Port-Royal, (]iii fui si ^-rainh» dans l'enseigncincnt au xvii'^ et au xvin'sii'clo, a pour ofii;iae la lulli' eng'agée parles Jésuites coiitro ral)l)t! di; Saint-Cyrau et ses partisans, connus sous le nom de Jansénistes, au .sujet de la (|uesli(in de la (iMee. II est h reniaripier du reste que de tout teni[)s les .piestions relif^'ieuscs ont été la eaust> des évolutions péilaî^o g'iques (pu suivent ni'cessairenieni les Iransfoi'nialions de la société.
Les partisans de SainI (lyran ne songeaient j^tière dans le |)rineipe à se [)oser, eornnie les Jésuites, en édueateurs tle la jeunesse; la doctrine de la ("iiàee et la défense de VAmiustinux les préoccupaient nniipienieni ; des ciiconstanees particulières favorisèrent seules la ( realion des Petites Kcoles, liien petites en vérité, peu nond)reirsi's, niais initiatrices île l'éfornies et de progrès beaucon|t plus inipoidants ipie ceux* réalisés par les
186 L'UNIVERSITE AVANT IlOLLIN
Jésuites dans leurs collèges. La première idée de ces Ecoles revient à Saint-Cyran, qui, avant son arrestation et sa détention à Vincennes', faisait élever avec ses neveux les deux fils de M. Bignon.
D'autres enfants vinrent se joindre à eux. Bientôt, dit M. de Beaupuis dans une lettre à son père (1648), « la maison se remplit si fort (pi'il n'y avait plus aucune place ». On donna pour maîtres aux élèves MM. Nicole, Lancelot, Guyot et Coustel. Chacun d'eux était chargé d'environ six écoliers, distribués en quatre chambres". Le directeur était M. Wallon de Beaupuis; Nicole enseignait la philosophie et les humanités; Lancelot, le grec et les mathématiques. Mais à peine ces écoles furent elles établies qu'elles donnèrent de l'ombrage à l'autorité. Elles n'avaient cependant aucune visée d'envahissante rivalité; le seul but de Saint-C3Tan en les créant était de conserver dans l'enfant, tout en cultivant son intelligence, la grâce du baptême et de le garantir de tous les vices qui l'entourent et sont de nature à le séduire. La discipline y était douce; on remédiait aux petits dérèglements si naturels à la jeunesse plutôt par la prière et les bons conseils que par les châtiments. On avait un profond respect de l'enfant et l'on honorait en lui l'innocence de son âme et le Saint-Esprit qui y habite \
Dans les années les plus florissantes des Petites Ecoles (1646- 1661) le nombre d'élèves ne dépassa jamais cinquante \ Cette concurrence n'était guère redoutable au point de vue des inté-
1. Jean Duvcrgier de Hauranne, plus connu sous le nom (ral)bé de Sainl-Cyran, naquit à Bayonne en 1581. En suivant les cours de l'Université de Louvain, il se lia avec un de ses condisciples nommé Jansen ou Jansénius, dont il embi'assa la doctrine sur la Grâce. Sa science et son éloquence lui permettaient d'aspirer dans l'Église aux plus hautes positions, mais il n'accepta que la très modeste abbaye de Saint-Cyran-en- Brenne, sur la frontière de la Touraine, du Berry et du Poitou. Tout retiré qu'il était, sa réputation se répandit même à Paris où il devint dans la haute société le directeur de conscience le plus apprécié; il compta comme partisans de ses idées en matière de foi des hommes éminents tels que le grand Arnauld, Lemaistre de Saci, Bignon, Lancelot, etc. Son influence inquiéta tellement les Jésuites et Richelieu, jaloux de toute autorité, qu'il fut arrêté (1G38) et retenu prisonnier à Vincennes jusqu'à la mort du Cardinal, il venait à peine de recouvrer la liberté lorsqu'il mourut en 1G43.