‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 113 sur 319 · Ibid., p. 477-4'S · texte numérisé non relu

Ibid., p. 477-4'S

rets matériels, mais le bon renom de l'enseignement qui y était donné s'était tellement répandu et les Jésuites l'avaient représenté à Louis XIV comme si dangereux qu'on n'hésita pas à anéantir contre toute justice ce prétendu foj'er .d'hérésie. Le

10 mars 1600, lisons-nous dans les mémoires du temps, le lieutenant civil vint aux Chesnaies, dci-iiior asile des Petites Écoles, et dispersa tout.

Moins d'un an afirès naissait Rollin, qui. [)lus tard, au collège de Bcauvais cl dans son Truihl drs /-Jtudes, donna une nouvelle vie à l'enseignement misen pratiqueà Port-Jioyal. Il s'est propagé dans l'Université et c'est avec profit que l'on étudie toujours la méthode et les écrits des savants maîtres des Petites Ecoles.

Tout y était excellent. Les élèves appartenaient aux meilleures classes de la société, ils étaient animés des sentiments <le piété et de courtoisie i)uisés dans leurs familles; leurs maîtres étaient les meilleurs (jue l'on pût désirer et les conditions de leur vie matérielle à Paris nu i\ la campagne étaient également favorables à leur saiitt- et au développement de leur intelligence.

Le règlement des éludes comprenait presipie toutes les réformes nécessaires dont nous avoii^ di'jà iiuli(|ué l'absence dans les statuts de IGOO; ce fut Ain.uild ' (jiii les rédigea en 1083 avec toute la sagesse et le savoir cpii faisaient de ce grand docteur l'homme le plus aulorisi' du p<irli. Ils sont, dit avec raison Sainlclieuvc", la \('i'il;ilil(' pi-i'-face du 'Irai Ir des /{ludes;

1. Aniiiiiic Aniaiilil, qui' l'on .■i|p|i('l;iil le }.'r.iiiil Arn.iiihl ;i caiisi" tic son (■loqncncc el de son iniM'ilc cxci'ptioniH'l, n.ii]iiil ;i Paris le 0 ft-vrier ItJlJ.

11 cl.iil II! vinf-'Urnic enfant iln célèbre Arnanld, avocat, «pii. on lH'.l.j, «lefindit avec ardeur l'Universilc contre les Ji'siiiles. A. .Vrn.inld se lia d'une amitié étroite avec l'alihi' de Sainl-tlyran el son ilévouenn'nl à i*orl- Itoyal l'ut tel i]u'il lui lit donation de tout ce (ju'il possédait, l'rètre aussi liienx (|u'érudil, il se consacra tout entier à la défense <ie ses idées religieuses. Ses ouvres ne conipreniienl pas moins de \1 vol. in-i. Le plus connu de ses oiivrafîes est son traité de l(i Fn-i/iiPiilp rommitnion (I('il3). qui lil piesiine nue révolution dans la pratique du culte. Scandalisé «les desordres des |)lus hauts personnages qui alliaient ladultérc et la vie intime l.i plus scainlaleuse à la pratique des sacrements, il se!e\a contre cette liyi)ocrisit! sacrilèp' que tcdi'-raient et favorisaient les Jésuites el. s'attira par là leur inimitié, d'autant plus funeste (|u'ils elaicnl puissnnis. l'rcs(pio toujoui's ciM\traint de se cacher et de fuir, il mourut d.ins l'exil .1 lli'UX(dles (Itj'.tl). I,e lieu de sa sé-pulture fut tenu secret de pi'ur que ses ennemis ne \i\ lisNenl deliTii'r, connue ils l'jiv.iieni fait pour Jansi'ujus.

•->. Sainte-Beuve, t. III, p. I.l'i.

188 L'UNIVERSITÉ AVANT IlOLLIN

ils assurèrent la prospérité des Petites Ecoles alors qu'elles existaient, mais ils ne furent publiés qu'en 1708 avec des notes attribuées à Rollin.

L'excellent ouvrage de M. Octave Gréard {Éducation et instruction, EnsPÂgnement secondaire) renferme aux annexes, p. 322 et 523, un tableau très clair et très complet du programme des études et de l'emploi du temps à Port-Royal ; nous y renvoyons le lecteur. Ce règlement dénote un grand progrès dans le choix des auteurs, mais il n'indique pas les réformes qui en sont l'application; elles sont nombreuses, et des plus importantes; leur influence a été telle que nous croyons utile de nous y arrêter quelques instants.

La principale est l'emploi du français dans toutes les classes. Alors que dans l'Université et chez les Jésuites le latin était la langue obligatoire et que les infractions à cette règle était sévèrement punies, le français le remplaçait à Port-Royal dans la plupart des cours et des exercices scolaires : explications, interrogations, conversation, comptes rendus d'ouvrages. Ce fut en matière d'enseignement plus qu'une réforme; ce fut une sorte de révolution qui profita plus tard à l'Université, mais qu'elle n'accepta pas de prime abord. Quant aux Jésuites, qui pour d'autres raisons étaient déjà hostiles aux Port-Royalistes, ils le devinrent encore bien plus lorsqu'ils les virent renoncer au séculaire usage du latin. La vieille épellation des lettres n'échappa même pas aux coups qui lui furent portés'. Pascal sapa l'ancien usage de prononcer séparément les consonnes dont l'étymologie indique qu'elles ne doivent avoir un son qu'étant jointes à une voyelle ou à une diphtongue.

La méthode se compléta par la lecture de bons livres écrits en français, remplis de faits intéressants, à la portée des jeunes gens et les familiarisant avec la connaissance des choses usuelles.

D'après les livres mis entre leurs mains, (( dans les interrogations, les conversations, le maître, dit Guyot (Préface des Billets de Cicéron), un des professeurs de Port-Royal des Champs, doit avoir soin qu'aucun terme ne reste inconnu ; c'est une condition des progrès à obtenir ». Nous touchons à ce qui se pratique de

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