‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 114 sur 319 · Sainte-Beuve, t. III, p · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, t. III, p

nos jours clans les leçons explif/w;es que les nouveaux programmes prescrivent aux instituteurs et aux institutrices; ces leçons expliquées sont cependant consick-récs comme une innovation de ces derniers temps.

Nous devons encore à Port-Royal l'usage des plumes métalliques'. Les maîtres de Port-Royal tenaient beaucoup à une belle écriture, « 11 faut avoir soin, dit Guyot dans la même préface, de faire bien apprendre aux enfants à écrire; il faut choisir pour cela les meilleurs maîtres, et veiller à ce que les enfants tiennent bien leur jjlume, cela esttout à fait important; c'est pourquoi il ne faut pas les laisser écrire seuls dans le commencement, mais devant leurs maîtres, jusqu'à ce qu'ils aient pris l'habitude de bien tenir leur plume, et puis il faut la leur faire passer souvent à sec sur les traits de leur exemple, afin que les muscles et les nerfs et toute la main prennent le pli et le mouvement ipii est nécessaire pour bien écrire. » — (( Je souhaiterais encore, dit Nicole, qu'on ne leur donnât point de ces sortes d'exemples qui n'ont ni rime ni raison, mais quelque belle sentence qui puisse servir au règlement de leur esprit et de leurs mœurs. » Tous ces conseils fort utiles sont généralement suivis de nos jours dans les écoles; ce qui fait défaut, depuis quelques années, c'est une bonne tenu(> di^ la y)lume; on semble n'y [)lus attacher le moindre prix, et par suite l'écriture devient moins nette et moins élégante.

Passons à l'étude des langues. Port-Royal commençait, comme dans nos classes élémentaires, par faire afjprendre la grammaire aux enfants. C'était de vive voix ipie le maître, en faisant lire un texte, enseignait les règles grammaticales les plus' communes, en faisait rapporter r(>xplicali(Mi aux élèves également de vive voix, ce (jui les habiluail à parler

I. Nous en avons la preuve par la lettre (|ue Fontaine, un anleiil Porllluyalisle, écrivait à la sour Klisal)elli-Af.'nès Le Fér<.u) le N sepli-niluv Ifi'.tl : - Si jf ne crai^'iiais, dil-il, d'èlrc iniporlun, je V(»us ileuiamlrrais >i Ton tailli! encore des ])lumes <lc cuivre elie/ vous, et eu ce cns. je prierais Vdtn; Kt'vérendc Mère de m'en envoyer ijuchiues-unes; ce serait uneprnnde iliarité pour un petit i)euple tic la campagne i>ù nous soinmi's, dont tm viiit liii'u prendre (pndcjue soin ■• ; et dans la suivante il fait n-niereier la Mère di; les avoir envoyt'es. L'usafje de ces plumes remontt' donc aux l'ilites Kcoles et l'on a lieu de s'étonner ipiil nr se soit pa^ aus>ilôt vulgarisé. (Sainle-lleuve, t. 111. p. "ii:).)

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couramment et à ne pas se Jjorner à apprendre machinalement des règles ffu'ils ne comprennent pas le itlns souvent.

Cette méthode certainement ingénieuse met en jeu 1 intelligence et l'attention des enfants, mais ne dépasse-t-elle pas leur portée? Les mieux doués peuvent en tirer grand profit, mais les autres (et c'est le plus grand nombre) sont incapables de cet eiïort d'attention et de mémoire; tout au plus reconnaissent-ils, dans le texte expliqué par le maître, les règles qu'ils ont apprises par cœur. L'analyse grammaticale, au contraire, les force à se les rappeler, à comprendre le mécanisme de la langue, et par suite à l'écrire correctement.

Ce qui prouve que le procédé recommandé par Arnauld ne paraissait pas suffisant à Lancelot, c'est qu'il composa quatre Nouvelles méthodes pour appre)idre facilement, dit-il, et en peu de temps, les langues grecque, latine, italienne, espagnole; la langue française fut seule exceptée '. C'était cependant la plus nécessaire à faire facilement apprendre. Il est probable qu'elle lui parut encore trop imparfaite et trop hérissée de difficultés pour en donner des règles aussi sûres que pour les autres langues arrivées à leur entier développement. Toutefois, à défaut d'une grammaire française complète, Arnauld, sollicité par Lancelot qui le consultait sur toutes les grammaires qu'il publiait, répondit à ses questions avec une telle profondeur, pénétra les lois secrètes de l'usage des langues avec une telle logique, que Lancelot, frappé de ces réflexions, obtint qu'il les lui dictât à ses heures perdues ^ Il les publia sous le titre de Grammaire générale et raisonnée contenant les fondements de l'art de parler, expliqués d'une manière claire et naturelle, les raisons de ce qui est commun à toutes les langues et des principales difficultés qui s'y rencontrent et plusieurs remarques nouvelles sur la langue française (1660).

Inutile d'insister sur l'importance de cet ouvrage, qui est resté comme un des monuments les plus utilement étudiés de la science des langues.

La méthode de Port Royal relative à l'enseignement des langues mortes, dont l'usage est prescrit dès l'enfance dans les

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