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PORT-ROYAL 19f
Petites Ecoles comme chez les Jésuites, appelle des restrictions.
S'il est vrai que Tusage, la lecture soient en principe un excellent moyen pour apprendre et pour parler une lang-uc vivante (tel est le cas des enfants, à condition toutefois de ne pas exift^er d'eux une correction impossible sans la connaissance des rt'^lcs), il n'en est pas de même pour les langues mortes. Du tf'm[)s des Romains et des Grecs, leur langue répondait et se pliait aux besoins et aux progrès de l'époque où ils vivaient; elle se dcv^eloppait, s'enrichissait de mots nouveaux, mais depuis qu'elles n'existent qu'à l'état de tradition, elles ont perdu la vie qui les animait; elles no se prêtent plus aux progrès des sciences, des lettres et de l'industrie; alors (|ue tout change, se |)crfoctionne, elles restent stationiiaircs; nous les dénaturons, n(nis les abâtardissons en voulant nous en servir comme langue usuelle. Y renoncer est donc d'une nécessité absohu' it même, pour comprendre le véritable sens et les beautés du latin et du grec des bonnes époques de l'antiquité, il est utile de joindre l'exercice du thème à celui de la version.
Observons cependant que Port Royal, tout en n'accordant pas au thème rimportance que lui donnait 1 Tniversité, ne le repoussait pas absolument. 11 en usait même d'une manière ing('nieuse et pratique. Après avoir traduit orah^ment ou par écrit un passage de Cicéron, de Quinlilicii ou de tout autre auteur, on le faisait reproduire en latin par les élèves et on les exerçait à reli-ouver- les expressions heureuses de l'autein' laliii, les mêmes toui's de plifase, la même élégance de stylt>. (leL exei'ciee, doul ou fait de nos jours usage dans les lycées et les collèges, |)roduil d'excellents n'-sidlats, mais il u'(>xclut |)as la grammaire et le thème. L'exenq»le donut- jiar INni Royal Ir'oiiva de uoinbreux imitateurs. Rolliu dans son /'raili- di-x /■.'Ititlcs^ rOi-aloire. le président Rolland, (laradeuc de la (]halolais dans leurs fèi;Icnienls |)rt''conisri-cnl la version et tirent la guerre au thème (|ui, malgré tout, s'est conservi'.
l'oiir familiariser les l'Ièvi^s avec I(>s auteurs latins et grecs. RorI Royal n'li(''silail pas à metlre entre les mains des l'Ièves des Iraduclions en regai'd du le\le; le travail de l'enfant consislail alors à l'-ludier le te.xie en le rapprochant de la traduction, à ne pas se laisser relmler par la ilillicnltt'", et à se mettre en
état de le rendre eiî un français bien correct '. Mais comme les auteurs anciens bravent souvent l'Jionnèteté, on jugea prudent d'en faire des extraits, et Guyot, cliargé de ce travail, eut soin de les expurger. Nous trouvons, dans la préface des JJillels de Cicéron qu'il publia en 1668, des conseils excellents au sujet de la traduction. « Il y en a do deux espèces, dit-il; l'une de vive voix et l'autre par écrit. La première est incomparablement plus utile et plus naturelle que l'autre; car la voix, les gestes, les yeux, la tête aident à traduire la pensée. Un orateur ou un acteur nous fait bien mieux comprendre le sujet d'une pièce qu'une simple lecture : c'est par l'action qu'un maître anime une langue morte et qu'il donne une double vie à une langue vivante. »
La versification n'était pas plus que le thème en faveur à Port-Royal. « C'est du temps perdu que de donner aux élèves des vers à composer au logis, dit Arnauld dans son règlement'-. De soixante-dix ou quatre-vingts écoliers, il y en a peut être deux ou trois de qui l'on arrache quelque chose; le reste se morfond ou se tourmente pour ne rien faire qui vaille. On peut prescrire une matière à ceux qui montrent du goût ou de la facilité, et exercer les autres, selon leur portée; on peut cependant proposer à tous de composer sur-le-champ une petite pièce de vers dont on leur donne le sujet; liberté à chacun de dire comme il tournera la matière de chaque vers. Il part alors une épithète d'un coin; il en vient une plus juste d'un autre, chacun rend raison de son choix. Ceux qui ont le moins de feu s'évertuent, et tous essaient au moins de se distinguer. »
Cette guerre déclarée aux vers latins devait paraître cruelle aux universitaires et surtout à ceux qui étaient les plus chauds partisans de Port-Royal, tels que Rollin, Coffin, Gobinet et tant d'autres, sans parler des Jésuites comme Sanadon ni de Santeuil, de Du Cerceau et de Vanière, dont la gloire comme poètes était regardée presque égale à celle de Virgile et d'Horace. On se rappelle la célèbre lutte poétique à propos du vin de Champagne et du vin de Bourgogne ou Coffin et Grenan célébrèrent en très beaux vers leur supériorité et soutinrent glorieusement la renommée de l'Université. On n'était, pour ainsi