‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 116 sur 319 · Arnauld, Règlement, art · texte numérisé non relu

Arnauld, Règlement, art

POKT-ROVAL 193

dire, reconnu comme homme de mérite f[iie si l'on s'était distingué par quelque talent poétique. Port-Royal eut beau les proscrire, les vers latins continuèrent à faire la joie, sinon des élèves, du moins des maîtres, et 11 n'y a pas longtemps encore • lu'ils étaient en grand honneur dans nos collèges.

Quant aux vers français. Port Royal les réprouvait encore plus que les vers latins; il les considérait comme dangereux pour la jeunesse. L'austérité de ces maîtres pieux ne s'accordait guère avec la frivolité et la licence des petits poètes galants du xvin^ siècle.

Racine lui même, leur plus illustre élève, fut pendant longtemps en froid avec les sévères solitaires, et l'on sait qu'il ne rentra en grâce auprès d'eux qu'en désavouant ses œuvres de jeunesse, en rachetant ses écarts par les saintes tragédies d'Lstlier et iVAthaHc, en écrivant l'histoire et la défense de Port-Royal, et en passant enfin les dernières années de sa vie dans une [)ious(; retraite.

Leur méthode en fait de composition lillt'raircélail de laisser aux élèves toute initiative, l'n sujet étant donné, le maître, au lieu de tracer un i)lan, d'indiffuer les idées h développer, invitait les élèves à chercher et à trouver en classe ce plan et les idées à développer. Ces efforts d'intelligence, d'imagination et de jugement étaient à leurs yeux des plus profitables '.

L'am|)lifi('ati()n et la dé(;lamation leur étaient particulièrement odieuses. Ils pensaient avec raison (|ue les idées, pour avoir de la valeur, doivent être présentées dans un langage coiieis, vif ri lion ih'Iayées dans une intei'niinable phraséologie. Leur rhéli)ri(iue était fondée sur ce principe (pie les figures de mois, les lieux communs, les entliymèmes. les ('pieliérèmes ('taienl absolumeiil iniililes.

C'est dans la lecture et rex|ilicaliuii des bons auteurs qu'ils faisaient cousister l'ar'l d'i-crire el <l'initier les ('-lèves à la coricclioM (lu langage, sans l'ccoui'ir c(uislaiiiuient à la grammaire. Si tant est, (lisaienl iU. iiu'nii Ncuille leur dtuiner connaissance d'une rlK'torique. (|u Un leur e\|iliqiie celle d'Arislote el de (juinlilien, mais (h'^Mise l'Iail l'aile aux niaiire-- d'eu dicter une (le leiu' coniposil ion .

l.(iii\(il. mili'/s lie (.'i(Yn>ii, IM'rrace.

UOI.LIN 13

194 L UNIVERSITK AVANT IlOLLIN

En admettant les chefs-d'œuvre de raiiliquité païenne dans l'enseignement, Port-Royal ne voulait pas seulement familiariser les élèves avec les beautés des grands écrivains du siècle d'Auguste, mais les affermir encore dans la morale et la pratique de la religion. Il christianisait à cet effet les auteurs païens et les faisait servir, en les expurgeant, à la glorification du christianisme. « Ce serait une trop grande rigueur, écrivait Nicole dans son Traité de Véduratinn d'un prmce, d'interdire absolument aux enfants les livres des païens puisqu'ils contiennent un grand nombre de choses utiles ; mais il faut qu'un maître sache les rendre chrétiens par la manière dont il les expliquera. Il y a dans ces livres des maximes véritablement chrétiennes par elles-mêmes, puisque toute vertu vient de Dieu et appartient à Dieu; il n'y qu'à les approuver et à faire voir que la religion chrétienne les porte plus loin, et qu'elle en fait mieux pénétrer la vérité '. » Rollin ne dira pas autre chose.

L'histoire et la géographie, si négligées dans l'Université, étaient une des parties importantes du programme des études à Port-Royal. Arnauld, dans son règlement, l'inscrit à l'article 22 comme condition obligatoire pour le degré de maître es arts, et les professeurs exigeaient de tous qu'ils lussent, chaque jour, une portion de l'histoire de France et qu'ils fussent prêts à en faire le récit de leur mieux. Nous verrons plus tard qu'en ce point Rollin, tout en reconnaissant qu'il était honteux pour des Français de ne point connaître l'histoire de leur pays, avoue cependant qu'il lui est impossible de lui trouver une place dans l'emploi du temps, tant le latin envahissait les études.

La géographie, inséparable de l'histoire, trouvait sa place naturelle à côté d'elle dans les Petites Écoles, et (( comme cette étude, dit Nicole, dépend beaucoup des sens, on l'enseignait non seulement à l'aide de cartes où les élèves voyaient la position des lieux, mais on rendait encore cet enseignement plus sensible par des reliefs ou des images représentant les villes, les montagnes, les monuments et les principales curiosités des contrées que l'on étudiait ». On faisait de cette manière entrer dans leur esprit l'instruction qu'on leur donnait non seule-

Page 1