‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 117 sur 319 · Nicole, De Véducalion cV un prince, p · texte numérisé non relu

Nicole, De Véducalion cV un prince, p

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ment par rétinlo, mais encore par les yeux, et l'on inaug-urait ainsi l'cnsci^'-nement par l'aspect, qui de nos jours a pris une extension si considérable.

Outre la géographie, ajoute Nicole, « il y a encore dautres connaissances utiles qu'on peut l'aire entrer par les yeux dans l'esprit des enfants telles que : les machines des Romains, leurs supplices, leurs habits, leurs armes et plusieurs autres choses de cette nature qui sont représentées dans les ouvrages (le Juste Lipsc. Cette étude est très jjropro aux élèves parce ((u'ellc déj)end beaucoup des sens ».

Les livres illustrés étaient en grande faveur dans les l'rtites l-lcoles; ils(Uaient ornés des [)orlrails des grands hommes, des grandes scènes de l'Histoire sainte, île gravures d'animaux, de plantes, etc.

(](tmm(! suj)])lément au cours d'histoire, Nicole conseille l'iicore de raconter, tous les jours, aux enfants un trait, un l'ait d(''laché de naliiic à les distraire; on l'appellerait, dit-il, Vliisloin; du. jour, ils en feraient le récit, et cet exercice serait excellent pour leur apprendre à |)arl('r.

Jiendre l'élude attrayante ('lail ;i I'diI lîdyal une règle ([ue riJniversit('' ne suivait guère; l'hisloire siutout était dans les Petites Ecoles non seulement un puissant moyen d'intéresser les enfants toul en les inslruis.ini, mais encore une suite de leçons (le morale. (( Tout dans l'enseigni'ment, dit Nicole, doit tendre à iinprimei' dans res[)i'i( et le canir d(î la j<'unesse les règles de la véritable \-erlii, el nid exercice n'est plus eflieaee (|ue l'Iiis tuire poiM" alleindre ce lin! . »

La philosophie ;i l'orl-lloyal n't'lail [)liis la sèche et arid(> scolastiqne du nio\cii âge. Descaries y n'uiiail en inaiire et n'avait pas de |)|iis chaud partisan (pie le grand Ai'uanld dont la /ji;/H/iir ser\ il d'inlidduction au cartésianisme.

Les malli(''niali(|ues n'('laienl pas moins (pie les lellreset la philosophie en progr('s dans les l'eliles |]coles. (llande Lancelol ' les eiiseit;iia |ienilanl (pialoiv.e ans, coiijoiiilenienl avoc

I. (ll.niili' L.iiii'i'li.t, iii' il l'.iris en liil.'i, lil> «l'un lniiiiclicr, rivait «•l»' (■■lève dans la <'(>iiiiiiiiiiaiil(' df Saiiil-.Nirolas du Chardniim'l. Si'S o|iini<»iis jansi'iiistcs roldiKt'rciit a (iiiiller l'nrl-Hoyal ; il dfvini pnTi'pIciir du dur de ClicvriMiso, puis du priiicf de Couli, cl se rcliia à lal»l>;i vt> «Ir Sainl- Cyran, ou il prit le sous-diaconal, sans aller, |)ar lunnilité, plus en avant

le gTcc, sous la haute direction d'Arnauld, aussi grand mallu'maticien que philosophe et lilli-rateur éminent; ses Éléments de géométrie parurent à Pascal si clairs et si ordonnés qu'il jeta au feu, dit-on, un essai d'éléments qu'il avait fait d'après Euclide, et qu'ArnauId avait jugé confus.

Telle était l'éducation à Port-Roval; elle réalisait la plus grande partie des réformes que réclamaient les temps nouveaux. Les plus importantes furent l'usage du français qui remplaça le latin dans les classes, l'étude de l'histoire et de la géographie à Taide de livres spéciaux, de cartes, de portraits et de tableaux, et l'enseignement des mathématiques à un degré déjà avancé.

C'est aux Petites Ecoles que nous devons la publication de livres classiques rédigés en français. Ils se distinguent non seulement par la pureté du texte dû à des maîtres éminents tels que Lancelot, Nicole, Guyot, etc., mais encore par la bonne disposition des matières et la clarté du style.

Port-Royal est véritablement l'initiateur des progrès accomplis au xvn- et au xvni^ siècle dans l'instruction et l'éducation; nous en retrouvons les règles suivies à l'Oratoire, dans les ouvrages de Fleury, dans ceux de Locke, et RoUin en a surtout été le vulgarisateur le plus apprécié dans son Traité des Etudes.

dans les ordres sacrés. Sa persistance dans ses idées religieuses lui ayant attiré de nouvelles persécutions, il fut relégué à Quimpcrlé. où il mourut chez les Bénédictins, en 1696.

FLKURY

Sun Traité (lu dioi.r et de la méthode des et iules s'advesse spécialement à la noblesse. — Ignorance du peuple jugée nécessaire. — Système de Fleury essentiellement utilitaire. — Divisions des connaissances en quatre classes : 1° nécessaires; 2° utiles; T curieuses; 4° superflues. — Inutilité du latin, de la grammaire, de la rhétorique, de la poésie. — Latin remplacé par le français. — Français ajipris surtout par l'usage. - Elude rendue attrayante. — Méthode consistant à n'étudier que ce qui peut servir à l'apprentissage de la vie. — Utilité de l'histoire et de la géographie avec images. — Multiplicité des connaissances curieuses comprises dans le programme de Fleury. — Son traité initiateur île renseignement moderne. — Plusieurs de ses parties empruntées par Hollin et par le président Rolland. — Son heureuse influence sur renseignement actuel.

l'orl lîoyal ne périt pas loiil entier, car l'espril de snu eiiseif,''iiemeiil siirvi'ciil à i;i ruine des Polîtes Ecoles. Le ri'irlomoiit d'Anuiuld, qii<»i(jiie non encore publié, était déjà connu dans le monde de ronseig-nement; Fleury lui emprunta une grande partie des réformes indiquées dan.s son Trnitr dit rhoi.r cl flr ht mi'llioth; des rluilcs (1088), niais il alla plus loin que lui il son livre, trop pou étudié jus(|u'ici, UK-rite cpie nous noii>^ y anèlioii'^ (|uel(|ues instants. Il retrace avec lieaucoup de vt''rit('', lieanconp de lion sens et dans un style vif et snnveiit railleiu". les \ ices de la société an niilien de laipielle il \i\ail, et I t'du cation di'plorahle (pie recevait non le pcujile dont il ne s'occii jiail ^nère, mais la noblesse qni seule était r(''|»id(''e di:.;iie d'être inslrnile dan-- les belle-; lellres.

il est il reniari|ner que tons ou prcsipie ton- le- trailo

198 L'UNIVERSITÉ AVANT UOLLIN

pédagogiques qui parurent avant Rollin et même à son époque ne s'adressent (ju a la noblesse et négligent le petit peuple des villes et des campagnes. A commencer par Rabelais : Gargantua, son élève, est un grand seigneur. Guillaume Budé, Hardouin de Péréfixe, Nicole, Duguet, Varillas, Condillac, Coustel, Bossuet, Fénelon, Locke, Marnix de Sainte-Aldegonde, etc., ne se sont t<)us occupés dans leurs écrits que de léducation des princes et des nobles. Chacun d'eux, suivant l'époque où il vivait, propose certaines modifications à la direction de la jeunesse, mais chez tous le fond est le même; il repose sur la rehgion, tout extérieure parmi les grands au xvii'^ et au xviir siècle, car la véritable piété était rare dans cette société frivole et dissolue.

L'ignorance du peuple considérée comme condition indispensable de la prospérité d'un État était la pensée intime de Richeheu, nous avons déjà eu occasion de le dire, et Fleury proclame à son tour, dans son livre, que les études sont un luxe que peuvent se donner les riches, mais qui est interdit aux pauvres. « Vous êtes né paysan, dit-il, restez paysan, labourez le champ de vos jières, ou, s'ils ne vous en ont pas laissé, servez un maître, travaillez à la journée, laissez les études à ceux qui sont riches*. » En résumé, les pauvres peu vent se passer de lire et d'écrire, dit-il, et j'estime beaucoup plus nécessaire qu'ils soient instruits avant tout d'un bon métier.

(( On ne saurait assez déplorer, ajoute-t-il, les extrémités où se jettent souvent les jeunes gens qui, s"étant embarqués témérairement dans les études, se trouvent hors d'état d'apprendre un autre métier, on croient tout le reste indigne d'eux. Plusieurs, ne sachant que devenir, se jettent sans vocation dans les communautés religieuses ou deviennent musiciens, poètes, comédiens, et tout ce que l'on peut imaginer -. »

Il y a excès dans ces récriminations; convenons cependant qu'il s'y trouve une grande part de vérité. De sages esprits déplorent de nos jours avec raison la folie d'un trop grand nombre de jeunes gens qui désertent la campagne, l'agricul-

1. Fleury, Traité du choix et de la méthode des études, p. 14S.

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