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212 l'université AVANT HOLLIN
(( Admettons, si l'on veut, le latin pour les nobles, ou pour quelques enfants doués d'une inlellig'ence supérieure, mais la méthode (|ue l'on suit aujourd'liui est des plus mauvaises. La mienne se réduirait à n'embarrasser l'enfant d'aucune espèce de grammaire, mais sirn[)lement, comme on l'a fait pour l'anglais, à le faire parler en lalin sans l'accabler de règles. Le latin n'est pas plus étranger à lécolier (jue l'anglais à l'enfant qui vient de naître : or il apprend l'anglais sans maître, sans règles, sans grammaire; il apprendrait de même le latin tout comme l'a appris Cicéron lui-même, s'il avait toujours près de lui quelqu'un qui lui parlât dans cette langue K »
Le moyen serait excellent, si l'on trouvait des gens instruits parlant latin eu bons termes, et si, comme Montaigne, l'enfant, dès sa naissance, n'était jamais en rapport avec d'autres personnes parlant la langue maternelle. L'ancienne Université a voulu pendant six cents ans réaliser cet idéal en oljligeant les élèves à parler latin, même en récréation, et en punissant fortement toute infraction à cette règle; elle n'a abouti qu'à de tristes résultats. L'enfant, livré dès son berceau à des gens qui ne connaissent que le français, parle naturellement la langue qu'il entend autour de lui; cette habitude reste invariablement enracinée en lui; l'obliger à huit ou neuf ans à parler une langue morte, qui ne répond plus aux changements et aux besoins du temps présent, est une tentative d'autant plus inutile que les maîtres eux-mêmes, qui contraignent les élèves à s'exprimer en latin, n'ont le plus souvent à leur donner comme exemple qu'un langage barbare.
(( Si après tout la destinée de votre enfant, dit Locke, est d'aller au collège pour y apprendre le latin, obtenez du moins qu'on ne l'occupe pas à écrire des dissertations latines et surtout des vers de quelque espèce qu'ils soient -. En effet, si l'enfant n'a pas le génie de la poésie, c'est la chose la plus
]. C'est la mélhode que le père de Montaigne suivit avec son fils : " Avant le premier desnonemenl de ma langue, dit Montaigne, il me donna en charge à un Allemand du tout ignorant de nostre langue et très bien versé en la latine. Il prit aussi avec luy deux aultres, moindres en sçavoir, qui ne m'entretenaient d'autre langue que latin. Quant au reste de la maison, c'était une règle inviolable que tous ne parlaient en ma compagnie qu'autant de mots de lalin que chascun en avait appris pour jargonner avec moy. » [Essais, I, xxv.)
déraisonnable du monde que de le toin-menter et lui faire perdre son temps on lui imposant un travail on il ne saurait réussir; et s'il a quelque talent poétique, je trouve étrange que son père supporte qu'il cultive et développe ce talent, car la poésie ne profite guère à ceux qui s'y adonnent; on y perd son temps et son argent et l'on découvre rarement des mines d'or et d'argent sur le mont Parnasse', )) On ne saurait être plus utilitaire, — et il ajoute : « La poésie, le jeu et la musique se ressemblent sous ce rapport; ils ne conviennent (|u'aux riches et même ceux-ci y perdent un tcmjjs qu'ils emploieraient d'une manière bien plus [)roritable en ap|)r('nant un métier, un art mécanique, où la main travaille phis (|ue la tète, n
De tous les métiers, l'agriculture, aux yeux de Locke, est le plus utile, le plus noble et il rappelle avec raison à ce sujet Caton, Gincinnatus. Ces exemples ont trouvé du reste des imitateurs en Angleterre car on y rencontre bon nombre de i/i'iillcnien fdrmera et l'agriculture y est considérée comme la l)lus noble occupation d'un gentilhomme.
Comme com[)lément, le philosophe anglais ajoute la géologie, la minéralogie, la bnlanicjue, le droit civil et la comptabilité. Si son élève n'est pas un furt en thème latin ou grec, il n'ignore du moins i-icii de ce ([ui sr rapporte à la vir matérielle.
Cependant, |i<>iii' (|ii'il ait de hi tenue et (ju'il sache allier l'utile à l'agréable, Locke consent à lui faire apprendre la danse, la nnisifpic Encore fait-il des réserves à ce sujet, et met-il cet art chainiaiit au ilniiier rang des connaissances permises au jeune gcntilhonmie. « Il prend trop de temps, dit il, pour n'arriver (pi'à un r(''SMllat médiocre, il empiète siu' des récréations physiques (elles que l'oscrimc, l'i^quil.! I ion. la boxe, bien plus utiles (pie la inusi(pie-. »>
Ces pr(''ee|)les ont eu de I'itIio en l'Vaiice; il est de mode an joli II ri mi d^-lexi'i- d;i n s l,i classe riche les enraiils ;i r,iiii;l.ii-i' : jambes nues, ferraillant (pielipie peu dans les salles d'armes, s'initiant à la passion [\\\ eheval dans le manège, aux courses cl C()nsi(l(''i aiil eoniiiii' choses sc'iieuses tous les genres de sporl.