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214 L'[:N'IVKItSITK AVANT liuLLI.X
La qiioslion du sui'inriia^o n'est pas oubliro dniis les conseils de Locke. « Ne surcliarg-ez pas l'esprit de l'enfant de rniil tiples études à la fois, dit-il ', et surtout si vous voulez que son travail soit })ro(ita])le, saclic/, le rendre attrayant; on ne s'approprie bien que ce ([ui plaît; c'est pourquoi ne lui imposez que le moins de règles i)ossiljle : en l'en accablant, il les oubliera aussitôt après les avoir étudiées. »
Passant ensuite aux préceptes de llbétorique et de Logique : « De quelle utilité peuvent-ils être pour un élève? dit-il ". J'ai rarement vu ou plutôt je n'ai jamais vu quelqu'un qui ait appris à parler avec élégance ou bien à raisonner sainement en étudiant les règles qwi prétendent l'enseigner. Le bon raisonnement se fonde sur autre chose que sur la théorie des prédicaments et des prédicats, et elle ne consiste pas à parler in modo et in figura. Si vous voulez ([ne votre fils raisonne bien et qu'il écrive bien, faites-lui lire de bons auteurs", familiarisez le pour le latin avec la lecture de Cicéron, qui lui donneront une idée vraie de l'éloquence. »
Dans tous ces conseils Locke se montre véritablement novateur; il rompt ouvertement avec l'usage établi depuis des siècles dans l'Université pour l'enseignement des langues mortes ainsi que pour la Rhétoricfue et la Philosophie. L'innovation était heureuse, car les milliers de règles dont on chargeait la mémoire des élèves n'aboutissaient qu'à leur imposer une fatigue, sans pour cela stimuler leur imagination et redresser leur jugement.
Les Jésuites avaient cependant la prétention de traitera l'aide des règles et des lieux communs toute espèce de sujets et le Candidatus Jihetoricœ du P. Jouvency nous enseigne à ce propos comment on pouvait de trente manières différentes, par interrogation, apostrophe, exclamation, hypotypose, prétérition, prosopopée, antithèse, ironie, etc., prouver mécaniquement qu'il faut fuir le péché. Ces sortes de compositions appelées chries servaient de préparation au grand discours et avaient dans les collèges une importance capitale. On a tout lieu de s'étonner
3. Ici Locke conseille la lecture de Chillingworlh, célèbre controversiste anglais, dont l'ouvrage sur la Religion des Protestants est, dit-on, un modèle de raisonnement solide.
qu'avec une si déploraljlc méthode le xvii'' et le xvni" sièele aient produit des écrivains illustres, tant il est vrai que le i^a'uie se crée lui-même des règle.^ et qu'il est indépendant de toute méthode.
Les abus de la scolastiquc, dont il -avait eu ."l souffrir au collège de Westminster, amenèrent Locke à protester contre les ergoteries de l'école, « qui ne servent, dit-il, qu'à faire des chicaneurs sans jugement, à leur donner une déplorable habileté à contredire tout le monde et à mettre tout en question, non pour troiivci- la vérité, mais uniquement pour contredire son adversaire ' ». J^a lecture des œuvres de Descarfes éveilla en lui comme en Malebranche une vocation philosophique sérieuse. On sait l'importance de son Essai sur Ventendement humain. Sans nous prononcer sur le mérite de son système, nous ne retenons que le mépris de Locke pour l'enseignement philosophique tel qu'il existait dans l'ancienne Université, mépris qui l'a amené à être le promoteur d'une des plus importantes réformes de l'enseignement.
L'histoire, la géographie, l'astronomie, si délaissées dans les collèges, sont encore pour Locke l'objet d'études qu'il regarde comme nécessaires; il ouvre ainsi la voie à des réformes qui avaient bien été entrevues et essayées timidement à rOratoire. mais (|ui n'avaient pas encore reçu la consécration de l'expt'ri mciilalion, cl (jui, grâce à lui, entrèrent désormais dans h's programmes de l'enseignement en Angleterre, et par suite ru l'"i-an('('. (|uand les anivres de Hollin en eurent montré l'utililé'.
Va\ résunK', les Pensérs sur hulm-alinn oui cxen'é en t^rance une gi'andc et féconde iniluence : ré(hH'aliou pliysique si iiéglig(''e jus(|u'alors commença à préoccuper les fannllcs; on commença à élever les enl'anls l\ l'anglaise, à les habilin r à bravci' II' fi'oid, la iilnic à |)orler les mêmes vêlements en hiver cl (Ml (''(('■, ;i se l;i\(i- en loiile saison à l'eau froid(\ Locke est le \érilaMc inili.ilcin' de riiydi'dlIn'r.iiMc cl ^r la nuMIiodc Kncipi», (|ui {\v nos jours soiil en si grande laveur. Le paradoxe nialheu reiiscnicnl se nièlcaiix niesui'es hygit'uiipu's (|u'il n^coininande. S'il esl ulile de s'aguerrir conlic le froid, il est dangereux de pousser rendnr'cisseineni an |ioinl de ne donner aux enfants