‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 130 sur 319 · i.cfkc, t. 11. 11. -s.n · texte numérisé non relu

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que (les chaussures si minces qu'elles laissent passer l'eau, et cela pour les préserver de sentir l'humidité aux pieds. Le remède paraît pire que le mal, et nous pensons que peu de mères de famille consentiraient à risquer la vie de leurs enfants en suivant dans toute sa rigueur une si rude éducation.

En dehors de ces exagérations, il est constant que l^ocke a rendu de signalés services à la jeunesse de son pays en proscrivant toutes les délicatesses auxquelhîs l'enfant est habitué généralement, surtout chez les nobles et les riches que vise particulièrement le philosoi)he anglais. D'oisive qu'elle était et ne recherchant que les futilités et des plaisirs le plus souvent dangereux, il en a fait cette race forte, saine d'esprit et de corps, haljituée aux fatigues, sachant se gouverner, vivre commodément, confortablement dans tous les pays, et capable de Conquérir une partie du monde. Il ne tient pas à faire de son élève un savant, non point qu'il dédaigne la science, mais il tient avant tout à ce que cette science soit pratique et utile pour la direction et la bonne gestion de ses affaires. ■

On conçoit qu'avec des principes aussi utilitaires les arts libéraux, tels que la sculpture, la peinture, ne soient pas en grande estime auprès de lui; il ne leur accorde qu'un mince mérite, et cette lacune dans ses pensées pédagogiques est d'autant plus regrettable que les arts doivent trouver chez les nobles de chauds partisans et des encouragements non moins utiles à leurs progrès qu'à l'élévation de l'esprit national.

L'élève de Locke sera au courant de tout ce qui pourra lui servir, il n'approfondira rien. Les difficultés de la science ne l'arrêteront pas, car il n'essaiera pas de les vaincre. Son maître veut que l'étude lui soit agréable et il supprime tout ce qui pourrait l'en dégoûter.

De pareils résultats peuvent satisfaire des esprits positifs uniquement attachés aux intérêts matériels, mais tout en reconnaissant leur valeur, nous déclarons qu'ils ne sauraient être le but unique à poursuivre dans la vie.

MOUVEMENT l' K I) AGOGIQUE AU TEMPS DE ROLLIN

Nombreux Irailés d'éducation puljliés à la fin du xviii" siècle s'adressant particnliérement à la nojjlesse, très ignorante malgré tous ces traités.

— Profits qu'en tire la classe moyenne. — Premières réformes hygiéniques dans l'éducalion. — Ilydrotliorapic romaine d'Horace et de Sénèque renouvelée par Locke. — Réformes intellectuelles. — Emploi désormais général de la langue française. — But utilitaire de l'éducation suivant Fleury et LocUc. — Enseignement moderne innové par Fleury. — Bifurcation des études proposée déjà au xviii" siècle. — Progrès pédagogiques dus surtout à Port-Boyal. — Travail attrayant. — Réforme par Pascal de la méthode de lecture. — Grammaires de Port- Royal. — Introduction de l'histoire et de la géographie dans les études.

— Écoles centrales en 17'J4. — Académies à celte époque. — Ouvrages intitulés Esprits et Essais. — Journaux publiés au xvm° siècle. — Ecole normale instituée par la Convention. — Sa courte durée. — Institution de l'École normale supérieure en 1808.

Ce qui ressort des Irailés d'éclucatioii parus an xvu' et an xviii*' siècle c'est qu'un mouvement i)é(laf'(ip:i(liie important se produisit alors. Il était nécessaire et n'avait ([ue li-op tardé, car tandis (pie tout se modifiait, s'améliorait dans le tlomaine des lettres, des sciences et des arts, ITniversité ne prenait ancnne part à ces progrès et ne ciian.^cail rien à son orf;"anisalion, àson enseignement. Le latin était loiijoiirs la langue oldigaloiredans ces vieux et insalulires collèges oii les forces de la jeunesse ne tron\;ueul pas plus à se développer (pie sou iulelligence.

Ja's idées nouvelk's, les projets île rt'foruie m- niancpiaieut cepeinlant pas à cette épo(pu\ tontes les (piestionsde pédagogie (pie nous agitons aujourd'Inii, hygiène. [>lans el UK-tliodes

(l'rl iules liLléraircs cl pliil()S()plii<|iies, scientifiques et arlisli (jiM's, préoccupaient les esprits.

11 n'est pas d'innovations dont nous croyons être les promoteurs qui n'aientété proposées, mises à l'essai au temps de Kollin et qui n'aient eu leurs partisans et leurs détracteurs. Seulement ces réformes ne s'adressaient pas à toutes les classes de la société, comme de nos jours, mais uniquement aux princes, aux nobles, et aux gens de qualité. C'est potu^ eux qu'ont été composés les nombreux ouvrages d'éducation de cette époque, tant on était persuadé qu'eux scnds devaient avoir la science et le pouvoir. (( S'ils sont bien élevés, écrivait Locke à Clarke dans son livre sur réducation des enfants, ils mettront ])ieiitùt tout à l'ordre '. ))

Malbeureusement ils ne Tétaient guère, et les mémoires du temps révèlent chez les grands leur ignorance et leur aversion pour tout travail sérieux. « Ils sortent du collège, dit Fleury-, ne sachant presque pas le latin qu'ils parlent comme des barbares et n'ayant de goût que pour les choses frivoles, le jeu, la danse, le luxe et l'amour d'un faux éclat qui énerve le courage et émousse en eux cette pointe de vertu gauloise qui nous est naturelle. »

Il était donc urgent, en faisant de la noblesse la base de la société, d'apporter à son éducation de profondes réformes. Elles servirent du reste beaucoup plus aux classes moyennes qu'à la noblesse qui ne sut pas en profiter.

En ce qui touche la santé, le développement physique de la jeunesse, Locke, comme nous l'avons déjà dit, opéra une véritable et salutaire transformation. Tous les exercices en usage de nos jours ne sont que la mise en pratique de ce que prescrivait le philosophe anglais. Il alla même plus loin que nous : (( Je conseille, dit-il, de faire laver les pieds aux enfants dans l'eau froide et de leur donner des chaussures si minces qu'elles laissent passer l'eau quand leurs pieds seront en contact avec elle. Il faut fortifier les membres inférieurs par un usage fréquent d'eau froide et par là prévenir les accidents que cause l'iiumidité aux pieds à ceux qui ont été élevés d'une autre manière ^. »

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