Locke, t. I, p
Cette méthode était du reste une imitation de ce qui se [)ratiquait à Rome. Horace se plongeait dans Teau froide en jilein hiver :
Gelida cum pcrluor iinda Ver médium frigus.
Sénèque en faisait autant.
C'est pour remédier au kixc de la table, à la vie molle et efféminée de la noblesse anglaise de son temps, que Locke, poursuivant ses réformes, prescrivit une éducation virile (jui contribua puissamment à faire de ses comiiatriotes un peuple vigoureux.
Rollin, et i)liis tard J.-.I. Kousseau, se montrèrent chauds partisans de la réforme hygiénique en faveur en Angleterre; elle s'implanta en France assez rapidement et elle y a de nos jours une heureuse influence sur la santé de la jeunesse.
En dehors de cette utile réforme, d'autres plus importantes encore se produisaient dans la direction des études ; nous savons dans quel état lamentable elles languissaient. Le premier but à poursuivre pour les rendre profitables était, non de supprimer le latin, (jui au moyen âge avait sauvegardé la science et la religion et qui, dans certaines situations, était toujours utile; mais de le remi)lacer comme langue usuelle dans les collèges par l'idiome national dont leschefs d'œuvre litt(''raires du grand siècle avaient prouvf'' la suix'riorité et les |)rogrès.
I)ei)uis plus de cent ans, la lutte pour introduire le français dans l'enseignement était ardente. Dès ioIJi, Mathurin Cordier trouvait ajjsurde (|u'on parlât latin dans l(>s écoles; Ramus. en l.'lTi, publiait une grammaire française et s'élevait contre l'usage d'une langue morte tout autant (|ue contre Aristote et la Sco lasli(|ui'. Port-Royal donna rexem|)le de la réforme en iuti'oibii-'.iiil dans les Petites Kcoles l'usage du français et en lom [losaiit i\n\\^ notre langue des ouvrages d'enseigiu'nient ipii. Ar nos jours, ont encore une grande aut(>ril(''.
L'Oratoire suivi! ce mouvement de |ii-ogrès; l'Acadi-niie l'ran çaise hï sanctionna dans son dictionnaire, et la con(|uèle de l'idiome national entrain.i avec elle lonle une Iransfoi'inalitui delà soei(''l(' sous le rappoi't de la langue. Le bul de rt'dufatioti ne fui [lins pour les es|)rils ('clairi-s de s'initnoliiliser dans l'iMude (lu gi'ee cl surfont du lalin, mais d'aiipi-endi'c, suivant
220 L U.\1VKI{S1TK AVANT UOLLIN
le pri'ceplc (le Fleury',(( à vivre, à s'appliquer à ce qui peut nous rendre honnêtes el habiles dans la profession où nous portons nos goûts, notre aptitude, à necommoder nos études à l'état présent des mœurs de notre époque et à étudier ce qui peut nous être utile dans le monde ».
Ce système est à peu de chose près celui de Locke. RoUin l'adopta en beaucoup de points, nommément « pour les thèmes, les vers, les amplidcations, la manière de dresser des syllogismes, reconnaissant que ces exercices ne sont pas et ne doi vent pas être le but et la fin dernière de l'éducation... Je recommande de disposer surtout les jeunes gens aux difïérents emplois où la Providence divine les appellera -. »
Le grec et le latin, objets exclusifs des études, ne les y disposaient guère; d'autres connaissances leur étaient bien plus utiles. Fleury en traça une longue liste où nous voyons figurer ce qui constitue, et même au delà, le programme de notre enseignement moderne. C'est une encyclopédie qui aurait gagné à être restreinte; toutefois elle est précieuse à signaler, parce qu'elle précise, à deux cent cinquante ans de distance, l'origine de cet enseignement utilitaire qui tend à dominer de nos jours et dont nous reconnaissons les avantages, à condition qu'il n'absorbe pas son aîné, le haut enseignement, qui a donné à la France sa gloire et son prestige.
La l)ifurcation des études dont on fait généralement honneur à M. Fortoul ne doit pas lui être attribuée, car l'idée première en est développée par un homonyme de l'abbé Fleury en 1762. Nous lisons, en effet, dans son Essai sur les moyens de réformer tédiicalion, le projet d'un établissement où les enfants de six à douze ans recevraient tous une éducation commune. A partir de cet âge, dit-il, et jusqu'à dix-huit ans, l'enseignement serait approprié à leur goût, leur aptitude et au désir de leurs parents. Ils compléteraient enfin leurs études dans des académies ou écoles spéciales.
Les Ecoles Centrales, instituées en France en 1794, ont été l'application de ce projet qui de nos jours est réalisé par la création des lycées et des écoles d'enseignement moderne.
Toutes ces idées généreuses et pratiques seraient restées sans effet si elles n'avaient été vulgarisées par un homme d'une haute autorité et d'une expérience consommée. Rollin fut ce vulgarisateur qui imprima aux études une direction sage et nouvelle.
Le travail était fastidieux- dans les anciens collèges; l'enfant naturellement paresseux ne l'abordait qu'avec ennui et par suite sans profit. Rollin, comprenant combien il était imiiortant de rendre le travail attrayant, consacra dans son traité tout un chapitre' à ce sujet; il y suivit du reste les j)réceptes donnés par Quintilicn, tant il est vrai que la nature de l'enfant ne change jamais. « Le grand secret pour faire aimer l'étude, dit le bon Recteur-, est que le maître sache lui-même se faire aimer. La tàclie est difficile et demande beaucoup de prudence, d'habileté, principalement quand il s'agit de diriger une classe nombreuse; on n'y parvient que par beaucoup de douceur, de raison, de modération, de sang-froid et de patience 11 ne faut jamais perdre de vue ce grand principe que l'étude dépend de la volonté qui ne souffre pas de contrainte : on peut contraindre le corps, faire demeurer un écolier à sa table malgré hii. don hier son travail par punition, le priver pour cela de jeu et de récréation, mais est-ce étudier que de travailler ainsi comme un forçat, et quereste-t-il de cette sorte d'étude, sinon la haine des livres, de la science et des maîtiu^s, souvent pour le reste delà vie? C'est donc la volonté ([u'il faut gagner [)ar la douceur, l'amitié, la persuasion et surtout par l'attrait du plaisir." »
Tout le système d'éducation de iiollin est renferméilans cette l)a,y-e admirable, elle mai'qiie la transformation de l'ancien r"(''giiiie uiiixcrsilaii'e, si dur et si odieux à la jeunesse, en n'jiii (jui se prati(|iiait au collège de iJeauvais, et cette transformation a une grande» inq)ortanee dans le mouveuKMit pédagogique.
Tniil le nK'file ne doit pas en être enlièrenieid atlribut' à Kollin, mais à j'ort Hoyal, non moins soucieux du bien être jnali'riel des enfants (jue de leiu's progri-s intellectuels et nioranx. .Nous en ti'onvons l;i preuve dansée que (Ju\ot. un des niaili'cs de l'orl-l{o\ ;d, ('■criNail en \i'){\X dans la pi'el'.ice de