Traité, t. IV, p
comme un puissant stimulant ne porte ses fruits qu'entre rivaux de mémo force, de même intelligence, de même énergie; la victoire appartient alors au plus studieux, au plus persévérant. Mais tout autre est ce qui se passe dans les classes d'un collège : la lutte est constamment entre concurrents de forces tellement inégales que les deux fiers des élèves, désespérant d'arriver aux premières places, se découragent, se laissent aller à la paresse et prennent en dégoût leur vie d'écolier; c'est l'état d'àme que les Jésuites dé[)eignent dans cette phrase du /{alio sludiorum : Cum puon vident se pro desperatis haheri, desperant et ipsi sibi, jjerfricant froulem et conatum nd meliora prorsus abjiciunt.
Les prix, les couronnes décernées solennellement avec grand appareil ne servent qu'à augmenter l'orgueil, la vanité des vain- ({ueurs, leur trop grande estime d'eux-mêmes, et à pénétrer la masse des vaincus de sentiments de jalousie et d'envie inassouvie.
La routine a perpétué ces abus pendant des siècles, mais on s'en est heureusement inquiété dans cos derniers temps et les règlements de 1890 contiennent, au sujet des compositions et des récompenses qui en sont la suite, une réforme des plus utiles et des plus justes.
Le but des com[)Ositions, y est-il dit excellemment, ne doit [)as être pour tout élève de faire mieux (jue son rival, iii.iis de faire aujourd'hui mieux qu'hier, d'éprouver ses ressources, sou ac([uis, sa présence d'esprit, d'apprendre à se connaître, à donner sa mesure à heure dilc h.ins ces conditions, le professeur, au lieu de s'ingénier à trouver dans des copii's, ayant souvent au fond une valeur égale, des nuances qui lui permettent de les classer numériquement, se bornera à constater eette valeur par un ehill're, une note qui la n^présentera absolument. IMusieurs élèves pourront a\(iir la mèuK^ note, ils formenuit alors des groupes, des catégories où les efforts de chacun seront ;i|i|ir(''ei(''S. L'intelligence plus ou moins vive d(> l'i-lève n'est plus alors seule en jeu, les nieilleui-es notes sont (huiné-es aux plus nieril.inls, la lutte (h'-sorniais s'engag(> entre ('gaux; la jalousie, l'eUNie, les mauvais sentiments en sont exclus et les progrès s'acceiilneni, cai' en loiil ordre de choses le travail et les elTorls coidinns sont l'(''conds en résultats son\cnt inespérés.
242 TRAITE DES ETLltES
Celle réforme (jne nous estimons une des plus imporlanles en pédagogie n'est plus à l'élnt de [)roJct, elle est mise en pratique et l'on n'a qu'à en constater les excellents effets.
Les prix et les couronnes si chers aux élèves et aux familles ne sont pas supprimés dans cette réforme; mais ils ne sont accordés qu'à ceux dont la note représente un travail et une valeur dignes d'une récompense exceptionnelle. Quant aux efforts louables mais iusuffisanls pour justifier cette récompense, ils reçoivent comme rémunération des accessits et des mentions. Ajoutons qu'avant toute distribution de prix, pour chaque classe, on proclame le nom des élèves qui ont mérité des félicitations pour l'ensemble de leurs notes pendant l'année; ce sont tous les professeurs de la classe qui dressent dun commun accord cette liste d'honneur. Enfin, comme complément de la transformation si réconfortante des anciens règlements, le prix d'excellence n'appartient plus à celui qui a obtenu le plus de points dans ses compositions, mais à celui qui a satisfait à tous ses devoirs pendant l'année et a mérité au plus haut point l'estime générale.
On ne pouvait mieux encourager le travail, exciter la saine et féconde émulation, donner enfin aux jeunes gens une idée juste de ce qui les attend plus tard dans le monde, s'ils font preuve de courage, de bonne conduite et de persévérance.
Rollin eût applaudi à cette réforme, qui du reste était en germe dans le Trailé défi Eludes. C'est pourquoi nous nous y sommes arrêtés un instant.
Qu'il nous soit également permis de signaler une lacune dans la réglementation des accessits et des mentions accordés aux bons élèves. Un certificat imprimé ou écrit de l'honneur qu'ils ont mérité serait pour eux un titre qu'ils conserveraient précieusement et qui serait d'une faible dépense.