DE L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE
L'enseipjnement [H'imairc élail-il donné dans les collèges? — De qui dépendait-il? — Triste personnel des Pédagogies. — Leur nombre considéral)le. — Institution des Frères de la Doctrine chrétienne par J.-B. de la Salle. — Quidle niélhodc de lecture et d'écriture recommande RoUin?
— Jeu déboules. — liureau typographique de Dumas. — Livres illustrés pour le jeune âge. — Méthode simultanée de lecture et d'écriture. — Réformes d'épellation ])ar Pascal. — Premiers principes de grammaire.
— Programme simple de Rolliii pour rrnseigni'mcnt primaire.
Les jii'ciiiii'i'es ('■(litioiis du TiuiUr (L'x /{ludes ne rciifci-maiout rien rolativemciit à reiiseignemciil inimiiiic, c'est à-dirc ;i l'onseigiiomoiit dos cnfaiils jusqu'à l'Aui' de leur première communion. L rniversité n'avait i>as du icste à s'en préoccuin'i-, l'usage ou plutôt la routine ('lant de n'admettre dans l(>s (H)1- Ir^-es les ('-Irves (\x\'h partir de la Sixième; l'instruction leur élail donut'e jus(|u'à dix ou douze ans dans des peusidus ou l'édaf^'of^ies, ou dans des ('coles fondc'-es par iU's s(''cidi(M's ou des ordres religieux.
Ces p(''da^'o^"ies di'iiend.uciil du ( ii;iiid Cli/uili'c de .Noire h.iine qui ocirovail, mo\ m ii;i n I liiianci', ;iu\ postulants la lilierlt' ou l'aidorisal ion de liir cl dViisriniicr. n Les inaîli'cs de ces t''i'oles l'iaicnl admis sans iMi'scntt'r auriiuc uaranlii' de saNoir et de moralité. On autorisait à ensci^nei', dit l'ouicliot. dt'y< ^ar^o tiers, des p('rru(pn('rs, des fen-andicrs, {U':^ jourui's de niariiuinetles, et nirme i\rs la(|uais dont ou ur p;>u\ait dounrr ni le nom ni l'adiM-sse '. »
I. Pnnipcc, Kdjiiiort sur les Hcoli's prinidircs <lr l'uris, p. 18.
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Le iiombro de ces écoles était considérable dans les (|iiarti('i's populeux; on eu comi)lait 107 dans les f|uaranle trois i)ar(jiss('s de Paris '.
D'autres écoles, dites Ecoles de Cliarilé, fiu'cnt fondées en IGÎiG par les curés pour les enfants pauvres de leurs paroisses -. Enfin à la même époque, J.-B. de la Salle établit la Congrégation des Frères de la Doctrine chrétienne, qui subsiste encore de nos jours et qui se consacre à l'éducation et à l'instruction gratuite des jeunes enfants.
Les premières connaissances de lecture, d'écriture, de calcul enseignées aux classes populaires n'étaient donc pas aussi rares qu'on peut le supposer, et les collèges trouvaient facilement à n'admettre que les enfants qui en étaient pourvus.
Cependant une tendance à donner dans les collèges un enseignement primaire se manifesta au temps de KoUin. Navarre institua des régents abécèilaires et Rollin, dans la troisième édition de son Tnillé des Elwies, se décida, sur les instances de plusieurs mères de famille, à composer un chapitre sur ce qu'on doit faire apprendre aux enfants dès les premières années, a Ces conseils, dit-il, écrits pour les jeunes filles conviennent également à l'autre sexe, et les maîtres en feront facilement le discernement et l'application. »
Nous avons vu la sollicitude de Rollin pour les pensionnaires dont il veut former l'esprit et le cœur, mais dont il veut aussi assurer le bien-être matériel. Cette même sollicitude est encore plus grande pour ces petits enfants si intéressants, qu'il faut s'attacher à rendre robustes de corps, soumis, et que leur curiosité naturelle peut amener à regarder l'étude non comme un travail ennuyeux, mais comme une chose attrayante. C'est ainsi que, grâce à des méthodes ingénieuses, la lecture si difficile et si fatigante pour les enfants devient une sorte de récréation. A ce sujet, il cite le jeu des deux boules en ivoire ou en bois, sur les facettes desquelles sont écrites les voyelles et les consonnes. L'enfant, en les jetant l'une sur l'autre, s'habitue à assembler les voyelles et les consonnes ; il s'y plaît, dit Rollin, et apprend facilement à lire.
\. Pompée, Rapport sur les Écoles primaires de Paris, p. 52. 2. Ibicl., p. 129.
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Le fameux bureau ty|)0;L;ra])liif[uo de Dumas est encore une méthode que préconise le bon Recteur. Là l'enfant y manie comme dans un atelier d'imprimerie des caractères en un métal quelconque, il les assemble, en forme des mots; le succès est merveilleux et l'on voit un grand nombre d'enfants de trois et quatre ans faire une heureuse épreuve de cette mé'thode.
Faut-il commencer la lecture par le latin ou par le français? Rollin, à notre grand étonnement, ne trouve aucun inconvéni(Mità commencer par le latin, « parce que, dit il, dans cette langue tout se f)roMonce uniformément et ({ue le son répond toujours à l'expi'ession des caractères qui se présentent à la vue ' ». On ne s'attendait guère au choix de cette méthode, mais il revient bientôt à un meilleur avis et « comme la lecture du latin ne présente, dit-il, à l'enfant, que des sons vides de sens », il consent à ce (jue l'exercice de la lecture se fasse en français et il recommande même (c'est là l'origine de nos lectures expliquées) qu'on lui explique clairement et d'une manière agréable tous les mots qui sont nouveaux pour lui.
A ces explications Rollin conseille encore de joindre les images, qui représentent d'une manière sensible les petites histoires que lisent les cniaiils. (( Les images leur plaisent infiniment, dit-il. Il serait à souhaiter, qu'on en eût beaucoup et ipi'il y eût aussi des livres composés pour eux où l'on trouvât en gros caractères des mots, des phrases et de petites histoires (jui leur convinssent'. »
Toutes ces observations prouvent combien était arriéré l'enseignement primaire au wni- siècle, mais nous devons aussi nxMitionner l'innuence de cet enseignement sur les progrès (pii n'ont cessé de se produire depuis ce temps |)ar l'cni ploi des bonnes méthodes (|ui ont ('té introduites.
i( L'écriture doit suivre d'assez près la Icctuic, continue Kollin, et l'on ne; doit ])as se mettre fort en pein(> di' la licaulé lies caractères, il sul'lil ipic la main soi! Ii'gèi'c ^. n ('(>ttc méthode Irouverait de nos jours de nombreux coniradicleurs ; la leclur(Mlans beaucou|) de nos écoles ]io précède plus l'écrilui'e, elle la suit ou |ioni' mieux dire ees deux exercices ont lieu simulla-
i. Traité (les Hliidcft, cililioii Diilol, I. I, iip. [>\ vl ;>."i. 2. Ihid., |i. in.
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némcnL, et c'est logi(jiR', car on n'a dû lire ri l'oii^iiu; (jiie des caractères dessinés et récriture n'est en définitive qu'un dessin expédie.
L'ancienne ('■pellalion /"', cr, dr, r/, f^,-^ em, etc., a de son côté sni)i une In-s licureuse transformation au xvn'^ siècle, grâce à Pascal qui en est l'auteur. Rollin n'en parle pas; elle simplifie cependant singulièrement les difïieultés de la lecture et elle est maintenant presque généralement adoptée dans nos écoles. Les consonnes séparées ont un son muet : he, ce, de, fe, ge, et se lient facilement par une seule émission de voix avec les voyelles qui les accompagnent : ba, du, (ji, etc.
Pour les garçons comme pour les filles l'instruction primaire donnée dans les couvents ou dans les écoles ne va pas pour Rollin an delà du français, du catéchisme, de la géographie, (( qui doit être pour eux moins une étude qu'un divertissement, car pour la rendre intéressante, un maître habile sait l'assaisonner de petites histoires agréables et de faits curieux à l'occasion des pays et des villes dont on parle '. On peut aussi, quand l'enfant a déjà fait quelque progrès, le faire voyager sur la carte, le faire aller de Paris à Rome en lui faisant passer la mer et le faire revenir par terre. Ces petits changements le divertissent et chemin faisant, on lui apprend mille curiosités sur tous les lieux qu'il parcourt- ».
Après la géographie, Rollin passe à la grammaire française, « qui doit être apprise aux enfants dès qu'ils en sont capables, et ils le sont pour l'ordinaire de bonne heure. Le maître prendra dans une grammaire française ce qu'il jugera le plus nécessaire aux élèves, réservant pour un autre temps ce qui lui paraîtra trop abstrait et trop difficile" ».
« Voilà à peu près, ajoute Rollin, ce que je crois qui doit occuper les enfants jusqu'à l'âge de six ans, auquel temps on pourra commencer à les mettre au latin dont l'intelligence leur deviendra bien plus facile par l'étude qu'ils auront faite de la grammaire française, car les principes de ces deux langues sont communs en bien des choses ''. »