G R A M M A IRE
Grand mérite de Rollin en donnant la première place au français. — Pas de grammaire française pour les classes à son époque. — Difficultés d'en composer une. — Publication de la Grammaire générale de Lancelot et d'Arnauld. — Dictionnaire de l'Académie. — Nombreux ouvrages grammaticaux publiés à la suite de la Grammaire générale. — Grammaires de Lliomond. — Leur mérite. — Grammairiens célèbres de cette époque. — Avantages et défauts de la langue française. — Regrets de l'abandon du vieux français. — Progrès de la langue nationale.
Dans le plan de son Traité des Éludes, Rollin donne la première place au français. Rien n'est plus naturel, pensons-nous, et nous trouverions étrange qu'il en eût été autrement; mais ce qui nous paraît naturel aujourd'hui ne l'était pas au temps de Rollin. Tout Français qu'il était de naissance et de cœur, il vivait en pays latin, il en parlait la langue, la seule admise du reste dans l'Université.
Les enfants parlaient bien français dans leurs familles, et il ne pouvait en être autrement, mais dès c[u'ils allaient à l'école, c'est dans un alphabet latin qu'ils apprenaient à lire, et quand ils entraient au collège, ils latinisaient bon gré mal gré jusqu'à la fin de leurs études.
Oser écrire en français, en pleine Université, un livre d'enseignement, était donc un fait d'une hardiesse inou'ie; c'était toute une révolution pédagogique; Rollin le savait, il s'y engagea
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néanmoins, mais non sans quolquos regrets qu"il exprime avec sa franchise liabituelie. « Il eût pent être été de mon intérêt, dit il, d'écrire cet ouvrage dans une langue à l'étude de laquelle j'ai employé une partie de ma vie et dont j'ai beaucoup plus d'usage que de la langue française; mais il m'a paru que cela aurait été directement contraire au but que je me suis proposé, qui est d'instruire des jeunes gens qui ne sont pas encore fort habiles et qui n'ont pas assez de connaissance de la langue latine pour l'entendre aussi facilement que celle de leur pays'. » Le français, en eiïet, grâce aux chefs-d'œuvre de notre littérature nationale, commençait fort heureusement, au temps de. Hollin, à faire grand tort au latin, fût il de Cicéron. Une réaction se prononçait en sa faveur. Port-Royal l'avait préparée depuis soixante ans, et. nous savons que Port-Royal était pour Rollin l'oracle qu'il écoutait et auquel il obéissait reUgieuscment et affectueusement. Pouvait il en être autrement? Là se trouvaient ses maîtres et ses amis : Hersan, Duguet, l'abbé d'Asfeld, son confident et son ami de cœur, Pascal, Saint (iyran. le grand Arnauld ({u'il admirait tant, Nicole, Lancelot qui avaient organisé les Petites Kcolos et sapé la routine dans laquelle s'immobilisait l'rniversit('. liolliii, vu disciple fervent cl fidèle, prêta son concours à cette œuvre de régénération, et si les i*etiles Ecoles furent l'origine et le modèle des réformes à inli(Hliiiiv t\;\\\s l'enseignement. Rollin en fut le vulgarisateur, par son exenq)le et pai' la publication de son / ruilr ilrs htinlcs, (jui devint le guide des maîtres et le vrai manuel pédagogiiiue du xvni'' siècle.
Son succès fut grand et d'aulaul plus opportun (jue les Jésuites, adversaires dc'claré's de lï'tuile du français (l.ui> les classes, avaient b)Ujoiii's l.i li.uile iii.iin dans reiiseignenieiit. Itollin (Mil à les coniballi'e, cl l;i liillc liiiil à l'avanlage «le rilni\('i'sil('.
Ils |ii(''leii(laienl, e| ri'niversilé juscju'à l'époque de Hollin suivit Iciu' exemple, (|ue l'usage d'une seule langue suflisail, sans r(>courir aux ri'gles. pour écrire et s'ex[»rimer avec correction, clarté, élt'gance et même avec éloquen<'e (|uand le sujet le comportait. Cette doctrine était admise en prim-ipe. cl Crevier