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•J. Histoire Aiiciciiiif. t. Xli, p. JUl-^icJ.
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Gomme complrmfiil de ce vœu très justifié par ralj;in(]f)ii regretlal)Ie de notre vieux trésor littéraire et par la timidité extrême des écrivains de son époque en matière de langage, Rollin, dans son Ilisloire Ancienne, ajoute : « J'ai toujours souhaité qu'une main habile fît un petit recueil des vieux auteurs français, c'est-à-dire de ce qui nous manque et de ce que nous pouvons acquérir, jjour nous montrer le tort que nous avons de négliger ainsi le progrès et l'avancement de notre langue, et pour piquer (qu'on me pardonne cette expression) la stupide indolence où nous demeurons sur ce sujet. Car si la langue française, riche d'ailleurs et opulente, éprouve en certaines occasions une sorte de disette et de pauvreté, c'est à notre fausse délicatesse que nous devons imputer ce défaut. Pourquoi ne pas l'enrichir peu à peu de nouvelles expressions excellentes que nos auteurs anciens ou que les peuples voisins même pourraient nous fournir? »
Les desiderata de Rollin ne sont pas restés lettre morte. Après une attente de deux cents ans, nos vieux et bons auteurs ont été tirés de l'oubli; des recueils accompagnés de notes excellentes ont fait revivre Villehardouin, Joinville, Froissart, Commines, ainsi que nos poètes du moyen âge. Nous en savourons les beautés et on leur emprunte bon nombre de mots charmants, expressifs, au grand proilt de la littérature.
Quant aux termes pris aux langues étrangères, à l'anglais principalement, nous n'avons pas à encourir le reproche de les avoir dédaignés; nous nous enrichissons sous ce rapport à un tel point que nos meilleurs linguistes ignorent bien souvent les mots nouveaux qui nous viennent d'outre-Manche. Sans blâmer expressément cette surabondante introduction de termes bizarres pour nous et auxquels se prête peu la prononciation française, nous serions heureux d'en voir limiter le nombre, surtout en ce qui concerne les multiples genres de sport dont les progrès prennent une telle proportion qu'on ne saurait comprendre la nouvelle langue à laquelle ils ont donné lieu sans le secours d'un dictionnaire spécial.
Ce qui importe dans l'étude du français est beaucoup moins d'en connaître tous les mots que de s'attacher à en pénétrer le sens et d'apprendre à se servir habilement de cette langue
si belle et si claire du xyii" siècle dont Rollin a fait le principal objet de son T?'aité. Elle progressa grâce à lui et le souhait qu'il avait exprimé dans son enseignement et dans ses livres se réalisa l'année même de sa mort, sans qu'il y ait eu comme autrefois de grands obstacles. La Faculté des arts ordonna en 1741 l'emploi exclusif du français dans la rédaction des procès-verbaux et des ordonnances qui terminent la visite des collèges.
On ne peut (] n'applaudir à ces réformes, sans toutefois désirer que le latin disparaisse des études classiques comme étant inutile, ainsi ([uo cherchent à le persuader cei'tains écrivains contemporains qui lui doivent cependant le meilleur de leurs succès.
Difficultés multiples et inutiles de l'orlhographe française. — Arrêts trop scientifiques de Vaugelas, Ménage, etc. — Système phonétique et système étymologique. — Désaccord entre les meilleurs écrivains. — Réformes acceptées par l'Académie française, recommandées par Rollin et autorisées officiellement a. notre époque. — Dictées blâmées à tort par Rollin.
L'orthographe ou l'orthographie française, comme on disait au temps de Rollin. n'est pas ce que nous devons admirer dans notre langue. Les plus savants ne peuvent se proinedre de ne pas y faire de fautes, tant il y a di' lettres absoluiuiMil inutiles et dont l'emploi est néanmoins prescrit par l'usage, en vertu des arrêts de Vaugelas, de .Ménage et de la docte assemblée de l'Hôtel de Rambouillet.
Le dictionnaire de l'Académie, qui seul fait foi en matière ortbograplii(jue, n'est pas lui-même constant dans la manière d'écrire certains mots tirés du grec ou du latin. Tandis qu'il prescrit d'écrire : philosophie, Théophile avec ileux lettres di)ubles éiiuivalant à /et à /, il permet iTécrire : fanlêime. fantaisie avec une f, alors (|ue leur étymolonie exigerait l'empldi de /)//.
Il est vrai qu'au xvu" siècle la langue se formait et qu'aucune règle ne s'imposait pour écrire d'une manière uniforme les mots dérivt's du grec et du latin; il y avait une eonfusion
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déplorable entre ignorants et savants, les uns écrivaient les mots comme ils se prononcent (système phonélique), les autres voulant respecter l'étymologic et remplacer dans les mots tirés du grec les 0, les / et 9, inventèrent les consonnes doubles tli, ch, pJi. La voyelle grecque -j fut remplacée par une autre voyelle française y, nommée précisément i grec, équivalant tantôt à deux n comme dans pays, tantôt à un seul i comme dans mystère. Le système étymologique fut adopté par les érudits. Tous, cependant, ne s'y conformèrent pas, car beaucoup d'écrivains de cette époque, et Rollin le premier, suivirent simultanément les deux systèmes.
Le bon Recteur s'en excuse et dans les quelques pages qu'il consacre à l'orthographie il déclare qu'il ne sait pas trop si l'on doit écrire Thrésor ou Trésor^ Throsne ou Trône, Saincteté ou Sainipté. (( Je croi (■^/c), dit-il, que dans ces sortes de mots chacun peut user de la liberté que l'usage même nous laisse de suivre son goût, surtout ([uand il est fondé sur la raison et sur l'utilité. Les caractères des lettres sont institués pour conserver les divers sons qu'on forme en parlant, et leur fonction est de les rendre fidèlement au lecteur comme un dépôt qui lui est confié; il faut que la parole écrite soit l'image de la parole prononcée ^ »
C'est ouvertement se déclarer partisan de l'orthographe phonétique, et rien n'est plus logique : tout homme instruit n'a en effet aucun besoin, pour se rappeler l'étymologie de Théophile, qu'on écrive ce mot avec tli cXph. Téofile lui en dit tout a-utant. Quant aux personnes étrangères aux langues mortes, aux femmes surtout, peu leur importe que Théophile, orthographe, viennent du grec; l'essentiel pour elles est d'en connaître la signification et de l'écrire le plus simplement possible.
Une réforme générale dans ce sens serait donc un bienfait pour la simplification de notre langue, sans compromettre les intérêts de la philologie. Elle est nécessaire, attendue depuis longtemps. L'Académie française, dans les éditions successives de son dictionnaire, a admis de nombreuses modifications de mots écrits avec telles lettres que l'usage a consacrées.
C'est un progrès, mais il devrait s'étendre. Déjà de savantes