Traiié, t. I , \<. HId
2, Ibid., p. lui.
les fables, les récits historiques. On les formera au style épistolaire qui est d'un usage universel pour tous les âges et pour toutes les conditions, et où cependant on voit peu de personnes
réussir, puis viendront les lieux communs, les descriptions,
les petites dissertations, de courtes harangues et dautres choses pareilles ' ». Toutes ces matières demanderaient à être développées. Jiollin s'en abstient, se réservant d'en parler en détail dans le chapitre de la Rhétorique.
l. Traité, t. I, p. 104-105.
Défauts (le la rhétorique en latin. — Sèche dictée de rhétorique dans l'ancienne Université et chez les Jésuites. — Réformes introduites par Port-Royal et adoptées par Rollin. — Plan de sa rhétorique. — Innovation par Crévier d'une rhétorique en français. — Recueils et lectures des bons auteurs prescrits comme la meilleure méthode de composition. — Dans quelle mesure est utile une rhéturiciue théorique. — Correction des devoirs indispensable pour entretenir le zèle et l'émulation des élèves. — Innovation par Rollin de compositions ordinaires prises inopinément comme comiiositions de prix. — Discours traités sur-le-champ en classe par les élèves. — Deux ans de rhétorique nécessaires pour un bon enseignement.
C'était une triste rlK-toriquo que cello des anciens collèges île ri'iiiversité, Puiir initier de jeunes Français à rélo(jiience, éveiller, stimidcr leur imagination, les amener à penser jiulicieusement et à bien rendre leurs iilt-es, on n'avait il'antre méliiode <nic de leur dicter et de leiw faire a|)i>rendre <'ii l"tiii d'arides préceptes de composition.
Rien n'était plus illog-iiiue. Les préceptes en etîct ne sui^trérent pas les iilées; ils les rèylent, les coordonnent, aident à les remlie en bon style; c'est en cela (|ue la rliétorii|ue est utile : mais avant tout, il faut trouver ces idées, et Vinn-nlion est inconteslableinciitcn rlu'toritpie la partie de renseignement la |>Ius importante. Les Jésuites s'en dispensaient et se faisaient forts d'épar gner à leurs élèves ce travail iiréliminaire. .\ l'aide des lieux communs, des tropes, de l'amplilication, ils arrivaient à traiter
de trente manières différentes un sujet, ainsi (luc le prouve le Candidalus Hheloricas du P. Jouvency '.
Une aussi déplorable méthode, sans être suivie en tous points dans l'Université, y trouva cependant d'assez nombreux partisans. N'est-ce point à cette école, disait-on, qu'ont été élevés les plus grands écrivains du xvii" siècle? Mauvaise raison ; le génie éclôt toujours, quels que soient les obstacles qu'il rencontre, mais ce qui n'arrête point quelques intelligences d'élite est d'un funeste effet pour toute jeunesse moins bien douée. Heureusement que les réformes de Port-Royal, quoique non ouvertement adoptées dans l'Université, pénétrèrent cependant dans quelques collèges tels que le Plessis, Navarre, Beauvais surtout, et trouvèrent en outre de chauds adhérents chez ceux que préoccupaient les intérêts de l'enseignement. La rhétorique abstraite désavouée par Port-Royal l'était également par l'abbé Fleury. a Les préceptes sont stériles », dit-il dans son Trailé du choix et de la méthode des éludes ^, ouvrage que l'on ne saurait trop apprécier, car il renferme une grande partie des réformes que Rollin mit en pratique dans son collège, et qu'il recommande dans son Traité des Etudes. « On acquerra, dit Fleury, plus d'éloquence en lisant ou en écoutant de beaux discours qu'en étudiant les préceptes de l'éloquence^ ; » et il ajoute : « Le meilleur moyen, pour apprendre à écrire et à parler, c'est d'y exercer l'écolier en français, quelque bien qu'il sache le latin ; c'est assez qu'il soit occupé à bien parler sans l'appliquer encore à une langue qui ne lui est pas naturelle. Qu'il écrive dans la sienne des narrations, des lettres, des discours sans galimatias, ni pensées fausses ; qu'il observe le tour et la mesure qui contente l'oreille, voilà ce que j'appelle rhétorique''. » Il était dans le vrai.
L'Oratoire était du môme avis. Bossuet, de son côté, dans sa Rhétorique au Dauphin, disait : (( Nous n'en avons pas fait une discoureuse dont les paroles n'ont que du son, nous nous sommes plus servis d'exemples que de préceptes ^ »
1. Nous en avons donné une traduclion honorée d'un prix de l'Académie française (1 vol., chez Hachette).
2. Nos citations se rapportentà l'édition in-12 publiée par Delalainen 1826.