Traité, l. il, p. i
i>. Ibid., p. li.
dont chaque pensée doit être tournée. Après qu'ils auront fait quelques efforts sur chaque partie, on leur lira l'endroit de l'auteur dont on tâchera de leur développer tout l'art et toutes les beautés. Quand on les aura ainsi exercés de vive voix pendant quelque temps, on leur donnera par écrit des matières de composition tirées aussi, s'il se peut, des bons auteurs pour les travailler au logis avec plus de loisir '. »
De nombreux modèles tirés de Cicéron (éloge de la Clémence de César dans le Pro Marcello), de Mascaron et de Fléchier (oraisons funèbres de Turenne) viennent à l'appui de ces ingénieuses méthodes de composition et en font apprécier le mérite.
Pour initier les jeunes gens à la connaissance des différentes parties d'un discours, à leur ordre, aux développements qui leur sont propres, aux figures de mots et de pensées que l'on y trouve, au style qui convient au sujet, Rollin, que nous avons représenté comme ennemi des préceptes arides, n'en reconnaît pas moins leur utilité quand ils sont le résultat de réflexions et d'observations personnelles. C'est au professeur à guider ses élèves et à profiter de la lecture et de l'explication des bons auteurs pour leur découvrir les secrets de l'éloquence, leur faire sentir l'économie d'un discours, les beautés qui s'y trouvent et les défauts mêmes qui peuvent s'y rencontrer. Cette explication est une des parties essentielles de son devoir; on peut même dire, en un sens, qu'elle renferme toutes les autres.
A ce propos, Rollin, dans ses citations et ses réflexions sur les orateurs sacrés qui se disputaient de son temps la première place en éloquence, se révèle comme critique d'un goût très sûr et souvent plein de finesse. « Ce qui domine dans M. Fléchier, dit-il, est une pureté de langage, une élégance de style, une richesse d'expressions brillantes et fleuries, une grande beauté de pensées, une sage vivacité d'imagination et un art merveilleux de peindre les objets. Mais il me semble qu'on voit régner dans tous ses écrits une sorte de monotonie et d'uniformité. Presque partout mêmes tours, mêmes figures, mêmes manières ^. »
{. Traité, t. II, p. 27.