‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 172 sur 319 · ÉLOQUENCE · texte numérisé non relu

ÉLOQUENCE

L'éloquence ne s'apprend pas. Rhétorique utile pour coordonner, mais non pour trouver les idées.

Trois genres d'éloquence : 1° Éloquence du barreau, comprenant l'éloquence judiciaire et l'éloquence politique. — Leur peu d'importance au xviii" siècle. — Ce qu'elles doivent être.

■2" Éloquence de la chaire. — Son apogée au temps de RoUin. — Elle est peu appréciée par lui. — Grands sermons, plutôt spectacles mondains que moyens de sanctification. — Plan de catéchisme de persévérance proposé par Rollin. — Règles de l'éloquence de la chaire.

3° Éloquence de l'Écriture Sainte. — Tout y est admirable pour Rollin. — Réflexions sur les trois genres de style.

La rhétorique, que nous venons d'analyser, n'est qu'une préparation, une initiation à l'art de la parole. L'éloquence s'apprend-elle donc et la rhétorique l'enseigne-t-elle? arrivet-elle à rendre éloquent quiconque aspire à le devenir? Non, l'éloquence est un don naturel, privilège de quelques esprits d'élite. On le perfectionne par l'étude et l'expérience, mais le travail ne peut le remplacer. Quant à l'art de bien dire, que l'on confond souvent avec l'éloquence, il est accessible aux intelligences cultivées et c'est le domaine propre de la rhétorique.

On reconnaît généralement dans les cours de Rhétorique trois genres d'éloquence : l'éloquence démonstrative, l'éloquence judiciaire et l'éloquence délibérativc. Rollin en admet également trois, mais de genres et de noms différents. L'éloquence pour lui se divise en éloquence du Barreau, éloquence de la Chaire, et éloquence de l'Écriture Sainte. En réalité, l'élo-

ELOQUENCE DU BARREAU 2Vô

quence du Barreau comprend, dans le Trriiié des Études, ce qui se rattache à l'éloquence judiciaire et dclibérative. et Rollin. dans l'éloquence de la Chaire, aborde ce qui fait l'objet de l'éloquence démonstrative, au point de vue moral et religieux. Etant donné sa piété et sa profonde connaissance de la Bible, il est naturel que l'éloquence de l'Écriture Sainte ait toutes ses préférences.

Eloquence du Barreau.

Quoique l'éloquence du Barreau n'eût guère d'importance au wu" et au wui'-' siècle, Rollin ne lui consacra pas moins un assez long chapitre. Le sujet était peu de sa compétence; il détestait la lutte, et celle qu'il engagea à propos du Jansénisme n'était pas faite pour le disposer en faveur de discussions quelles qn'elles fussent.

Cette sorte d'éloquence s'entendait, surtout à son époque, beaucoup plus dans le sens d'éloquence parlementaire ou politique que dans le sens d'éloquence judiciaire. Il n'en était pas de même à Rome et à Athènes, où elle avait un champ également ouvert aux affaires des trijjunaux et à la politi(}ue. Quintilien en parle longuement dans son Institution oratoire. Rollin crut de son devoir de le suivre pas à pas et ce qu'il en dit n'est à proprement parler (|ue le résumé, mais dans un sens chré lieu, des règles développées par Quintilien.

Il est naturel qu'il les accompagne de nombreuses citations de Cicér-on, de Démosthène, d'Eschine, mais, à son grand honiiciir. il s'abstient de recommander comme exercices oratoires les déclamations, les chries de toutes sortes (jui étaient à son époque très en faveur chez les Jésuites.

Le rir prnlius direndi /)erilus est dans le 7'raili' des /:tuilrs le sujet d'un long chapitre où Rollin trace le modèle de cet avocat chrétien (( (jui ne doit le secours de son (aïeul ipi'à la justice et ;i la vt'i'ili'. Son ('-loipience est un asil(>, mais c'est |>our la \iilii ' I'. Ciiiii (le lui la pensi'c d'un gain sordide qui fait alors (le IV'liKiueiice une \ile inareliaiidise. En ilehor-; d'une juste reiiiiiiieralioii il doit l'criiser de rien recevoir.

Page 1