ÉLOQUENCE DE LA CHAIRE
que la mode et l'on se conformait en cela aux usages de la cour K
(( Le discours chrétien, disait La Bruyère dès 1688, est devenu un spectacle; la tristesse évangélique qui en est Tàme ne s'y trouve plus; on n'écoute plus sérieusement la parole sainte, c'est une sorte d'amusement entre mille autres; c'est un jeu où il y a de l'émulation et des parieurs. On fait assaut d'éloquence jusqu'au pied de l'autel; celui qui écoute s'établit juge de celui qui prêche pour condamner ou pour applaudir, et n'est pas plus converti par le discours qu'il favorise que [)ar celui auquel il est contraire-. »
Tout autre était l'idéal que se faisait l'austère Rollin de l'éloquence de la chaire. On s'explique alors son peu d'empressement à citer les grands orateurs sacrés de son temps. Les sermons d'apparat étaient à ses yeux beaucoup moins utiles (|ue les modestes prônes d'un bon curé qui, dans un langage simple mais plein de cœur et d'onction, instruit ses paroissiens de leurs devoirs et des mystères de la religion.
Ce dernier point était particulièrement négligé au xvin" siècle si dévot en apparence, mais en réalité si frivole et si ignorant de ce qui constitue une religion sérieuse. La première communion était généralement pour la plupart des lidèles le dernier terme de leur instruction religieuse, et les grands sermons ne complétaient pas cette instruction. C'est ce que conlirme Fénelon dans ses Dialogues sur l'éloiiuonce. (( On suivrait, dit il, bien des jjrédications pendant vingt ans, sans appremlre la religion comme on doit la savoir. J'ai souvent remarqué (pi'jl n'y a ni art ni science dans le monde (|iie les maîtres n'enseignent de suite par principes et par méthode. Il n'y a que la religion (|u*on n'enseigne pas de cett(> manière aux fidèles. C'est cependant la première de toutes les sciences p(Uir un bon chrétien; on leur donn(> dans Umu' enfance un petit cah'chisrne sec qu'ils apprennciil par rn'ur, sans en com [)rendre le sens, après (|uoi ils ndiit phis pour instruclinn ipie des sermons vagues et détachi-s •'. »
Midlin en gémit, et dans s(Mi zèle il pr()|u)se un ordre d'in
1, l'criflon, 'J" didlof/iie sur ri-loijucncc. '2. L.i Uruyi'rc. flloijucnre <li' la clidirc. 3. Ft'Meloii, 'J" (lidliKjuc sin- /'i7(«y»''/ic<'.
structions religieuses qui vaudrait bien mieux (jue les sermons; « ce serait que dans les différents catéchismes qui se font dans une paroisse il y eût un plan général et commun qui servît de fondement à toutes les instructions et qui en réglât la matière et l'ordre, de sorte que dans tous les catéchismes ce fussent toujours les mêmes instructions, mais traitées avec plus ou moins d'étendue, selon que les enfants seraient plus ou moins avancés. On les diviserait en trois classes : la première pour les enfants qui commencent; la seconde pour ceux qui ont déjà reçu quelque instruction; la troisième enfin pour les plus forts '. » Ne voj^onsnous pas dans ce plan l'organisation des catéchismes de persévérance, étaljlis maintenant dans toutes les paroisses et dont Rollin peut à bon droit se déclarer l'initiateur?
Toujours est-il que l'éloquence de la chaire, malgré sa grandeur et sa gloire au siècle de Louis XIV, ne provoque pas l'admiration de Rollin parce qu'elle sort de son rôle.
Il ne croit pas moins de son devoir de tracer les règles que tout orateur sacré doit observer tout en sinspirant des Pères de l'Eglise. Il les énumère, les explique et en fait sentir l'utilité, sans toutefois leur attribuer le don de faire à elles seules un orateur complet. Ce qu'il réclame surtout pour la chaire c'est une exposition simple, claire, nette, des vérités de la religion. « La souveraine perfection du style d'un prédicateur, dit-il, serait que, plein de grâces pour les savants et plein de clarté pour les ignorants il plût également aux uns et aux autres -. ))
Éloquence de l'Écriture sainte.
Ici Rollin ne fait pas d'exceptions ; tout est admirable dans l'Ecriture Sainte. C'est Dieu lui-même qui parle ou qui se fait entendre aux hommes par la voix de Moïse, des prophètes et des apôtres. Quelle éloquence peut lui être comparée?
L'Ecriture sainte, tout en nous offrant les tableaux les plus magnifiques, les pensées les plus sublimes, a comme caractère prédominant la simplicité, mais une simplicité qui n'exclut pas