‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 197 sur 319 · Goumy, Les Latins, p · texte numérisé non relu

Goumy, Les Latins, p

nisées : l'une par Port-Royal, l'Oratoire et Rollin, l'autre par les Jésuites. La première consiste dans l'explication et la lecture (les auteurs qui familiarisent l'élève avec la langue latine et i,^recqueet l'incitent à se rendre compte de ce qu'il lit, à examiner le mécanisme de la langue, à en découvrir lui-même les règles et à se faire ainsi une grammaire qui, sans l'aide du mailre. lui sera plus utile, disent ses partisans, que toutes celles qu'il pourrait étudier.

L'autre méthode procède par létude dos règles grammaticales et par leur application à des phrases françaises que l'on traduit en latin; ce sont les thèmes qui, au temps de Rollin, ilcurissaient chez les Jésuites et dans l'Cniversitt'. Le Doctrinal de \'ill('dieu, la grammaire de Despautère y étaient en grand honneur. Pour corriger les nombreux accrocs que l'on faisait au latin on recourait à Despautère, qui n'avait rien de séduisant '. (( Tout déplaît, dit (iuyot, dans les pages de Despautère, dont toutes les règles sont comme une noire et épineuse forêt, où durant cinq ou six années les élèves ne vont qu'à tâtons, ne sachant quand et où toutes ces routes égarées tiniront, heurtant, se [)iquant et chopant contre tout ce qu'ils rencontrent, sans espérer de jouir jamais de la lumière du jour*. » Edmond Hicher avait bien essayé (h' la sinq)Iilier, mais cet essai n'eut aucun succès. La grammaire de Despautère, tout imparfaite (pfelle était, régna cependant dans les collèges. Molière en parle dans une de ses pièces, la Comlcsse d'Escarùag)ias^.

l. DcspaiiliTc. nniii li-,insfnniic' ili; Van l'aiilcn-n, tUait né à Niiinvi' en lît'lgii|uc en Iti'iU, il moiinil en 17:20. Sa giMniinaire, inliluléc Coyumtnlfirii f/r(im»iiU>ci, était en latin barbare. Klle se composait de cinq parties : Huiltmenld, (inniimalica, Syn/a.rts. l'rosodia. De /if/iiris et troiiis. I.cs ré(,'les étaient en vei's aecoin|iagnées de noies inlerniinables.

■2. Sainle-Benve, l'orl-lioi/al, t. 111, ]>. ."HT.

3. La comtesse s'adresse à .M. llnhiriet. préiepleiir du jeune mmle d'Ksoarbaffnas, son lils (scène xix).

I,A coMTKSSE. — Faitos-lui tlipc i|Uol(iU(! potito {jalanlpriodo eo (|iip vous lui apprenez.

M. BciuiNET AV coMTK. — Alioiis, iiioiisicur lo eonite, r('eito/ votn- Ieron<riiiiT matin.

I,i; c.iiMTK. — Oniiio viri) sdIj (pioil coiivcnit esto virile, Oiniie viri

La r.iiMTKSSK. — l-'i I monsieur lîoliiiiel. quelles sottisesost-eei|uc vous lui apprenez li?

M. lioniNKT. — ("est du latin. Mail;inie, i-l la prenii«'>re nVIe de .leau nespnutiTe.

La <;()mtkssk. — Mon l)ieul ce .lean I)esiiautrre-I;i est un insolent, et je vous prio d>) lui (>nsui(i;nor du latin |diis lionnèle ipie celui-h'i.

M. liitiiiNKT. — Si vous voulez, .Madame, qu'il uchèv<v l:i ••lusi. ■•\).Ii.iiiim':i , i> .jiio lela veut dire.

La r.oMTKSSE. — Non. non. eela s'explique asscx.

IlOMIN. '.*0

306 TUAITK DES ÉTUDES

La première grammaire vraiment cligne de ce nom, qui entre autres mérites eut celui d'être écrite en français, est la Grammaire générale et rahonnée connue sous le nom de grammaire de Port-Hoyal. Ariiauld en était lo véritable auteur et Lancelot en rédigeait les règles. Elle contenait réellement, comme il est dit dans son intitulé, les fondemenls de Varl de parler, expliqués d'une manière claire et naturelle, les raisons de ce qui est commun à toutes les langues, les principales différences qui s'y rencontrent et plusieurs remarques nouvelles sur la langue française. Ce savant livre, jugé encore excellent de nos jours, n'était guère ce qui convenait à de jeunes élèves. Sylvestre de Sacy voulut néanmoins en faire profiter son fils aîné, et, le soir, au foyer de famille, lisons-nous dans Sainte Beuve, il en rédigea un abrégé avec des exemples qu'il croyait à la portée des enfants. Cet abrégé était encore trop savant.

Rollin y puisa une grande partie de ses observations sur la grammaire, et avec son tact habituel et le sentiment très juste de ce que devait être une grammaire élémentaire, il en traça le plan dans le Traité des Etudes. « Je crois, dit il, qu'il faut faire apprendre à l'enfant les déclinaisons, les conjugaisons et les règles les plus communes de la syntaxe, et quand il est bien ferme sur ces principes et qu'il se les est rendus familiers par de fréquentes répétitions, on doit le mettre pour lors dans l'explication de quelque auteur facile, où l'on va d'abord très lente ment, rangeant exactement tous les mots dans leur ordre naturel (c'est notre explication mot à mot), rendant raison de tout : genre, cas, nombre, personne, temps, etc. (analyse grammaticale), et lui faisant appliquer toutes les règles qu'il a vues '. ))

Ce plan est absolument celui (|ue Lhomond a suivi et c'est en s'y conformant qu'il a rendu l'étude du latin plus facile et plus rationnelle qu'aujtaravant. Pendant plus de cent ans, cette simple grammaire a suffi à l'enseignement du latin.

Nous en avons maintenant de beaucoup plus savantes. Sontelles mieux comprises des élèves et en obtient-on de meilleurs résultats? l'expérience prouve ([ue non. I^es enfants sont ennemis de toutes les considérations philologiques. Celles-ci

Page 1