‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 208 sur 319 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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et ne laisse rien d'insipide, qni se fait partout sentir au lecteur ou à l'auditeur; enfin, où tout est bien dit, car c'est la définition abrégée qu'en donne Cicéron : bene dicere id s'U atlice d'uere.

L'admiration de KoUiii pour la langue d'Homère, de Démoslliènc et de Platon n'a point été sans porter des fruits, grâce au Traité des Etudes.

Comment Roi lin a composé ce supplément au Traité des Études. — Il n'est que la reproduction des préceptes et de la méthode de Fénelon. — Importance qu'ajoute Rollin à l'enseignement historique. — Education des filles aussi nécessaire que celle des garçons. — Préférence donnée à l'éducation privée sur l'éducation des couvents. — Ignorance des maitresses. — Rollin les blâme de pousser les élèves à se faire religieuses. — Difficile choix d'une institutrice ou gouvernante. — Programme très simple à suivre pour l'éducation des filles. — Lectures choisies dont allies doivent faire un compte-rendu ; pas de romans, pas de latin, à moins que ce soit pour des religieuses. — Soins à donner à l'étude du français. — Utilité dans une certaine mesure de la danse et de la musique. — Quel doit être le rôle de la femme dans la société, dans la famille, dans le gouvernement intérieur de la maison. — Critique des Précieuses. — L'Éducation doit être utilitaire.

Rollin ne song-eait guère à écrire pour les jeunes filles un supplément à son Traité des Etudes qui avait eu dans l'Université et dans la haute société un brillant succès. Mais, sur les instances de mères chrétiennes qui pensaient qu'un si habile maître ne pouvait que donner d'utiles directions pour les jeunes filles comme pour les jeunes gens \ il consentit à ajouter pour elles à son ouvrage quelques préceptes, avec d'autant plus de bonne grâce qu'il trouvait là une occasion

1. '■ Des mères chrétiennes exigent de moi que je donne (juclques préceptes sur l'éducation de leurs filles; je ne puis me refuser à un désir si juste et si raisonnable. Je dois cette marque de reconnaissance aux témoignages d'estime que les dames me donnent pour mon Traité des Études, dont j'étais bien éloigné de croire que la lecture pût leur causer quelque plaisir. ■• {Truite, t. I, p. 69, édit. Didot.)

favorable pour insister sur l'étude de l'histoire, que Féneloii avait Jiéglijiée dans son [tetit livre sur l'éducation des jeunes (illesetqu(! Iiollin considérait comme étant d'une importance l'xlrème. N'oublions pas rpiil était alors (1731) tout entier à ses tiavanx liist(»ri([ues, et ([uc naturellement il rejiardait l'étude dr l'histoire comme étant une partie essentielle de l'éducation. 11 entreprit donc le travail qui lui était demandé, tout en faisant, expressément, ses réserves sur son incompétence en fait d'(''dueation féminine. Elles étaient fondées cette fois; car autant il était lin observateur (]u caractère des jeunes gens, juge éclairé de vv (|ui leur convient, des réformes à faire, des nK'tliodes à employer, autant il était presque étranger à l'éducation des jeunes tilles; le se-ve, suivant son expression favorite, empruntée à la langue janséniste, était poni' lui un monde |)resfjue inconnu; sa cornvspondance nous le montre bien en relations avec de grandes dames de cette époque dans l'intérêt ilu Paru, mais nous ne trouvons dans ses lettres aucune note relative à l'éducation de leurs jeunes (illes.

Il en était tout autrement de Fénelon. I)ès l'âge de dixliiiit ans, il [)rècliait avec succès dans des communautés de l'emmes; à vingt se|)t ans, nous le voyons à la tète du couvent (les Nouvelles Catlioli((ues où il [)ouvail, à loisir, ('-tudier la n.ilure (l'esprit, le caracb're, les besoins et les aptitudes de la l'eninie; il y réussit admirablement. Les ])ersonnes de la haute soci(''t('' V recherchaient comme directeur de conscienc(\ f/était iHie sil n.i lion lr("'S appr(''ci(''e an wii" si("'cle : elle bii perini! d'ac- (|uerii- nue Ljrande ex|t(''rieMce en psychologie et en pt''dagogie l'cininines, ci nous ne devons pas nous étonner (|u'il ait écrit sur r(''(lncation des lilles nn jielit ouvrage (pii. en l."»(> pages, constitue, comme h- dil I ri's jnslement M. (ir(''ard. nn livi-e uniipie (pie nnl n'a\ail t'ait a\ant Ini. et (pie nul ap!'('"> lui n ('iilre|iril de refaire.

Dans (les |iid|ioil ions beaiicoii|i nicindre-. il e-t. pour It>s lilles, le |ieiiila!il (In I )-(iilr ilrs /■.'hn/rs de |i<i||in pour les jeunes gen<. Il a en aussi le HM'iiie siicc(''<. Les fenuiies les plus distiimnees du maiid si(''cle, celles (pii vr |ir(''occupaienl de peda gogie, lellcs (|iie : Mines ilc Mainleii'Mi. de Se\ igli('\ de Lam beil. et bien d'autres, lisaienl a\ ce adniii'alion le pelll livre de l'"(''iieloii ci en faisaieiil, dil M. (iiw'ard, h'itr /nrc'niir>\

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Ces deux traités, comme tous les ouvragx's d'éducation du xvir- et du XVIII'' siècle, s'adressent à la noblesse ou tout au moins aux gens de qualité. Il paraissait à ceux qui détenaient le pouvoir beaucoup plus utile d'entretenir le peuple dans l'ignorance (pie de l'éclairer; néanmoins, une réaction contre un si déplorable système commença à se produire dès la fin du XVII'' siècle, non seulement pour les garçons, mais encore pour les filles, et l'abbé Fleury, qu'il faut toujours citer quand il y a à signaler une réforme utile, disait en 1686, avant Fénelon : « C'est un grand paradoxe de croire que les filles ne doivent apprendre que leur catéchisme, la couture et divers petits ouvrages, et qu'elles ne sont pas capables d'études; comme si elles n'avaient pas aussi bien que nous une raison à conduire, une volonté à régler, des passions à combattre, des biens à gouverner; ou, comme s'il leur était plus facile qu'à nous de satisfaire à tous ces devoirs sans rien apprendre'. )) Fénelon pense de même et dès les premières lignes de son livre il s'élève contre la négligence des familles à donner de l'éducation à leurs filles. (( Quoiqu'elles ne doivent, dit-il, ni gouverner l'Etat, ni faire la guerre, ni entrer dans le ministère des choses sacrées, elles ont des occupations qui ne sont pas moins importantes que celles des hommes. Leur mauvaise éducation fait plus de mal que celle des hommes, puisque les désordres de ces derniers viennent souvent de la mauvaise éducation qu'ils ont reçue de leurs mères ^ . »

Rollin partageait en cela, comme en beaucoup d'autres points, les idées de Fénelon, car ses Conseils sur l'éducation des filles ne sont à proprement parler que le développement de ce que recommandait Fénelon. Rollin insista de son côté sur la nécessité de donner au sexe une éducation qui lui permît de remplir dans la société le rôle qui lui est dévolu. « On prétend, dit il, qu'il ne faut pas que les femmes soient savantes, comme si l'ignorance était l'apanage de leur sexe; c'est une erreur singulière et extrêmement préjudiciable que de négliger l'éducation des filles ^ ))

Les conditions dans lesquelles étaient élevées les filles au

1. Fleury, Traiié du choix et de la méthode des Études, p. 214.

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