‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 209 sur 319 · Traite, l. I, p. 09, édit. Didot · texte numérisé non relu

Traite, l. I, p. 09, édit. Didot

temps de Rollin répondaient peu aux progrès pédagogiques qui se maiiifeslaient à cette épo(jue. Les enfants du peuple étaient plongées dans une ignorance profonde, et celles de la noblesse et des classes riches étaient élevées dans des couvents où Ft-nclon lui-même ne conseillait guère de les placer. Il distinguait lieux sortes de couvents : les uns réguliers et très sévères, les autres laissant fléchir l'austérité de la règle et s'accommodant aux goûts du monde. « Dans ces derniers, dit Fénelon, votre lille verra la vanité en honneur; elle y entendra parler ilu monde eoinnie d'une espèce d'enchantement, et rien ne fait une jiliis pernicieuse impression que cette image trompeuse et exagérée du siècle; aus.<i craindrai-je un couvent mondain encore plus que le monde même. Dans les couvents qui suivent la sévère régularité de leur institut, elle vivra dans une entièi-e ignorance du siècle, autre danger non moins grand (|ne le premier, car elle sortira de là comme une personne (jifon aurait nourrie dans les ténèbres d'une caverne, et qu'on ferait, tout d'un coup, passer au grand joui- ' " ; et il conclut que les tilles sont mieux auprès de leur mère (|ue dans le meilleur couvent.

Sans s'(>xprimer aussi positivement que Fénelon. Mollin est dans les mêmes idées (|ue lui; il s'i'tcnd en elTet comme lui sur les avantages de réducatiDii domes(i((ue; et comme, chez les gi'ands et chez les riches, elle ne pouvait se faire sans l'aitle d'une institutrice ou d'une gouvernante, ainsi (pion disait alors, il consacre ton! un chai)itre au choix d'un auxiliaire si indispensable.

La dinicidd' l'Iail gi'ande, car dans les communautés reli gieuses (pii s'occupaient d'i'ilucntion. on ne prenait aucune mesure pour avoir des maid'csses capables, j'ï'ncloii le dt'plorait ; il conseille aux mères de former chez elles des jeunes lilles inlellii^ciiles à i|iii elles |Miin'roiil conlier l'i'ilncation de leurs enfants, et llollin. co|iianl presipie |e\l iiellemenl ces coii-^eijs, dil : (( Le pelil li\ie de I aiclievèipie de (iamlirai, fort court et foi! iiilelligible. iloil ("'ire poui- les goiix crnantcs leur gidde de tons les joui's; les mères preiidnMi I la peine de le lire avec elles, el si les goii\cnia n les sont sensi'-es et de bonne \o|oiitc,

I. Fi'iu'Iiiii, Avisa une daini' di> iiuiilitc, p. lll.cilii. Dorodon.

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elles en npprcndroiiL plus en un mois par la pratifpie cl par les avis des mères (|ue par de longs raisonnements '. »

Cet éloge est le plus juste ((ue Ton puisse faire du guide de Fénelon ; il jouissait du reste d'une telle autorité auprès des grands ({ue Mme de Maintenon en suivit les préceptes à Saint-Cjr.

Le programme des matières (pi'une gouvernante avait à enseigner n'était ni chargé ni difficile. Il se bornait à la lecture, à l'écriture, aux quatre règles de l'arithmétique, au catéchisme et à une légère connaissance de la langue française.

Cette instruction élémentaire s'adresse, dans le petit traité de Rollin, aux enfants des deux sexes jusqu'à l'âge de sept ans. A partir de cet âge, il ne s'occupe que de ce qui regarde spécialement les jeunes filles.

Pour la lecture et l'écriture, le bon Recteur recommande aux maîtresses de ne pas en faire pour les enfants une étude fatigante, mais un jeu et un divertissement. Passant ensuite à des travaux plus sérieux, il veut, comme Fénelon, qu'ils soient attrayants. Ni l'un ni l'autre ne tiennent à faire des savantes, quoiqu'il y en eût de remarquables à cette époque. « MmeDacier, dit Rollin, ne le cédait en rien à son mari, et d'un consentement général, elle l'emportait de beaucoup sur lui par la finesse du goût et la délicatesse du style '^ )) Les grandes dames qui savaient le latin et s'intéressaient à la haute philosophie étaient nombreuses à cette époque; Mme de Sévigné entre autres faisait ses délices de Descartes, des Essais de Nicole; Mlle de Lavergne, qui se maria avec M. de La Fayette, profitait tellement des leçons de latin que lui donnaient Ménage et Rapin, qu'au bout de trois mois elle saisissait le véritable sens d'un passage d'Horace qui avait arrêté les deux savants; Angélique Arnauld était également une savante, et Arnauld d'Andilly disait d'elle : (( Comptez que tous mes enfants et moi nous ne sommes que des sots en comparaison d'elle. »

Rollin consent à ce que les religieuses étudient le latin, parce qu'il leur est d'un grand secours pour leurs exercices de dévotion, mais il le juge inutile pour les autres femmes, parce

1, Traité, l. I, p. 73, édit. Diclot.

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