‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 215 sur 319 · ABRÉGÉ DE QUINTILIEN · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ DE QUINTILIEN

Adiiiiralion de Rollin pour Quinlilien, donl il fait l'objet de ses lerons au Collège de France. — Analogies de silnation el de senlimenls entre les deux auteurs latins et français. — Emjjrunts de Rollin à Qiiintilien dans son Traité (/es Éludes. — Lecture des bons auteurs Jugée par eux deux comme méthode préférable aux régies. — Usage de la langue maternelle recommandé par tous les deux. — Proscriptinn par Rollin, par Quinlilien des comédies, de la danse et de la musi(iue elTi'minée. — Blâme des lieux communs et des figures de rhétorique. — Libre essor donné, dans les deux traités, à l'imagination el à la fécondité île la Jeunesse.

|{iillili n'ost raillciii' (lu Trailé (Irs hlitdrs el îles Histoires ancienne et romnine ijuc par suite du diseours ([u il iiroiioiiça en 1710 pour célébrer les bienfaits de l'instruction gratuite. S il n'avait cédé aux instances de l'Université ipii le pria dedévelo|tperles réformes indiifiU'es dans ce discours, nous n'aurions |)i-()i)al)l('m(Mil di" hii (|iir rabi'(''i;<'' de V Insliliitinn uratnirr (le Quinidirn. Il nous coiilic dans le II' \dlnine de son llistnire ancienne ce (|iù le décida à [Xihlier eel alirep'.

(( Pendant plus de (piaranle ans. nous dil il. (Jninlilieii. qui esl iiKiii anieiii' favori, a fait le ^iijei de mes lerotis an Collèp» de France; j'avoue cpu' je suis (diarme el enclianlé de la lecture de son livre, (|ui me paraît toujoins nouvelle, et j'en fais d aidant |iln-- de cas ipie je ne connais pas d .inleur plus capable de prémunir res[irit des jenne-^ K'Mis conire le faux Koùt de l'i-lcxpience (pii siMuble vouloir de nos jours prévaloir et prendre le dessus, n

330 UOLLIX. (EUVIIES PÉDAGOGIQUES

Une analog-ic dans la situation et dans l(;s sentiments des deux auteurs engagea inconsciemment Rolliii à donner de Quintilien ce qui était applicable à renseignement de l'Université. Quintilien avait été comme lui lo maître le plus renommé et le plus estimé de son temps; comme RoUin, il avait enseigné pendant de longues années la rhétorique, et ce n'est que sur linsistance de ses amis qu'il avait écrit son Institution oratoire K Comme Rollin, il avait été en relations avec de hauts personnages; il anrait pu acquérir fortune et honneurs, et il s'était contenté de vivre dans une estimable médiocrité. Ses œuvres respirent, comme celles de Rollin, un amour et un dévouement inaltérables pour la jeunesse. Il n'est donc pas étonnant que, dans de telles conditions, Rollin ait eu une préférence marquée pour Quintilien, et qu'il ait tenu, en supprimant des détails inutiles, à donner ce qu'il regardait comme la meilleure préparation à l'éloquence. Il est facile de voir, en examinant le Traité des Eludes, que la plus grande partie des préceptes qu'il renferme sont tirés de son auteur favori.

Quintilien, du reste, ne se borne pas, dans son Traité, à exposer les règles de la rhétorique, il y embrasse tout ce qui concerne l'éducation et l'instruction. C'est le seul grand éducateur de l'antiquité qui, prenant le futur orateur à son berceau, le suive dans tout le cours de sa jeunesse, et entre dans les détails relatifs à sa santé, aux premières leçons d'écriture, de lecture, de grammaire ; à la morale, à la rhétorique, à la philosophie; à toutes les connaissances, en un mot, propres à le rendre un parfait orateur, vir bonus dicendi peritus. Ce plan est également celui de Rollin, seulement le vir bonus pour le bon Recteur est le wir christianus : point de véritable éloquence si l'on n'est chrétien. Quintilien vivait au temps où le christianisme était déjà répandu. Il aurait pu lui-même être un des fidèles de la vraie religion, et Rollin lui reproche" d'avoir fermé les yeux à la vérité alors quelle se présentait à lui et l'invitait à se laisser

1. " Post impetralam sludiis meis (jiiielem, quae per viginti annos erudiendis juvenibus impenderani, cum a me quidam familiariter postularent ut aliquid de ratione dicendi componerem. diii sum equideiu reluctatus; quamvis aiitem non tam me vinceret praîstandi quod exigebatur fiducia quam negandi vereciindia, latius se tamen aperiente maleria, plus quam imponebatur oneris sponte suscepi. » (Quintilien, Proannium.)

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