‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 22 sur 319 · Opuscules, t. I, p. 3i · texte numérisé non relu

Opuscules, t. I, p. 3i

2. Crévier, fils d'un ouvrier iiniiriinour. n.'Kiuil à Paris en ICiOlî et mourut en ITG.'i. Il professa pendant vinj^'t ans la rliflori(iuo au collé.iie de Heauvais, et continua VHistoire liomaiue de Kullin jusqu'à la bataille dWctium. Il compléta celle histoire i»ar celle des Kmpereurs jus(iu'à Constantin. Les autres ouvrages de Crévier sont : Vllisloire de l'Utiiversite de l'arix jus(/u'en 1600 (7 vol. in-Ti); Observations sur l'Esprit des Lois, écrit médiocre; une Khéloriijue franinise estimée, et une lionne édition de Tite-Live. Il revit aussi VAnli- Lucrèce du cardinal de Polignac. Héritier de la correspiindance de Uollin, il la publia en deux volumes, sous le nom d'Opuscules el l'accompagna de noies précieuses, qui nous ont permis de donner des détails intéressants sur la vie de son inaitre.

44 VIK DK liOLLIX

La vie do ces deux amis est telleinent lif'i' l'uni' ;i l'autre, que nous trouverons désormais, jusfiuà la mort de iioUin, Coflin mêlé à ses joies, à ses espérances et plus souvent encore à ses soucis et à ses peines '.

Un autre collaborateur, Mesenguy -, que sa piété, son savoir et surtout sa fidélité au jjmii rendaient cher à Rollin, fut accueilli par lui comme surveillant au collège de Beauvais. C'était un Janséniste convaincu, mais très modéré dans ses écrits, qui eurent pendant longtemps un succès mérité. Nul, à moins d'être un casuiste minutieux, n'y trouverait des erreurs de doctrine. Certains critiques hostiles en découvrirent cependant, et réussirent à faire mettre quelques-unes de ses œuvres à l'index.

Pour entretenir parmi les maîtres l'amour de l'étude, pour les familiariser avec les bonnes méthodes d'enseignement et les encourager à se faire un fonds d'érudition, Rollin les réunissait chaque semaine chez lui, après la classe du soir. Dans une conférence tout intime, à laquelle des professeurs d'autres collèges pouvaient prendre part, on commentait un auteur latin. (( C'est ainsi, dit liollin^ que Tite-Live fut lu tout entier après un certain nombre d'années. M. Crévier, alors régent de Seconde au collège de Beauvais, et maintenant de Rhétorique, tenait la plume et était chargé de faire les remarques, pour les donner ensuite au public avec une nouvelle édition de l'auteur. Les deux premiers tomes paraissent depuis peu (1700) et ils seront suivis des autres, qui sont tout prêts. Je crois qu'on en sera content. » En dehors de ces conférences si utiles pour former de bons maîtres *, il en dirigeait d'autres sur la litté-

1. Charles Coffin, né à Biizancy en 16"6, mourut en 1749. Professeur de Rhétorique au collège de Beauvais, puis Principal du même collège en remplacement de Rollin, en 1712, il fut élu Recteur en 1718, et eut la gloire de faire établir, en 1719, la gratuité de l'instruction. Ses œuvres se composent de discours français et latins très élégamment écrits, d'une ode charmante sur le vin de Champagne, et d'hymnes renommées, qu'il composa pour le bréviaire de Paris.

2. Mcsenguy, né à Beauvais en 1077, mourut à Saint-Germain-en-Laye en 1763. Ses principaux ouvrages sont : Abrégé de l'histoire et de la morale de l'Ancien Testament; \e Nouveau Testament; une Vie des Saints en 6 volumes, et une Exposition de la doctrine chrétienne en 6 volumes.

4. « L'important pour un Principal, dit Rollin dans son Traité des Études

SON PRINCIP.VLAT 4o

rature. Les plas habiles professeurs de l'Université et d'autres personnes distinguées y étaient invités. Ces réunions étaient une sorte de petite académie littéraire et pédagogique. M. d'Aguesseau, frère du célèbre Chancelier de France, y assistait, ainsi que Boivin. On y lut Quintilien, l'auteur favori de RoUin qui le prit comme sujet de ses leçons au Collège de France, et dont il a laissé un abrégé enrichi de notes précieuses. Grâce à ces heureuses innovations, où nous voyons poindre l'idée pre mière d'une école normale pour la préparation des professeurs, maîtres et élèves travaillaient avec ardeur à Beauvais. On y était heureux sous la direction paternelle de Rollin.

L'émulation y était stimulée par ses visites fréquentes dans les classes, ses éloges aux bons élèves, ses encouragements aux faibles, les récompenses distribuées avec équité, et par les actes publics dont nous donnons quelques exemples dans notre abrégé de l'Histoire universitaire et littéraire du collège de Beauvais. Ces actes, d'une grande importance dans l'ancienne Université, étaient soutenus par les élèves les plus distingués. Ils nécessitaient d'assez fortes dépenses que ne pouvaient supporter les pauvres écoliers appelés à cet honneur. Rollin en faisait alors tous les frais, avec d'autant plus d'empressement qu'il avait en aversion les représentations théâtrales; il était heureux de les remplacer par des actes publics et de soustraire les professeurs à l'obligation de composer, malgré eux, des comédies et des tragédies. « Quelle charge! quel fardeau, dit-il, pour un régent d'avoir à écrire une tragédie! La profession n'est-elle pas assez dure par elle-même sans en a])pesantir encore le joug par un travail si triste et si ingrat M » Passant ensuite à une considération capitale pour lui : « Ces comédies ne peuvent-elles pas donner aux jeunes gens le goût de fré- (juenter les théâtres? Quel danger pour la morale! » A ce sujet, le vertueux Rollin raconte - qu'il a entendu dire qu'un professeur fort habile et encore plus homme de bien, M. de Relleville, professeur de Rliélorif[ue au Plessis, témoigna, eu moui'anl.

(I. IV, p. 531), serait de former lui-même de l)oiis sujets dans son collège cl de les préparer de loin à la régence ». 11 rapjjelail ainsi ce (|n'il avait été lui-même et ec qu'il avait fait pour Crévier.

Page 1