Hist. Ane, t. V, Avertissement
EXPOSÉ GÉ.NKllAL 1)K SKS HISTOIRES 3tl
daignâtes vous récrier qu'à cette marque vous reconnaissiez que j'étais de vos meilleurs amis. Oui, Monseigneur, qu'il me soit permis de le répéter après vous, vos bons et solides amis seront ceux qui auront le courage de vous dire la vérité au péril même de vous déj)lairc. L'histoire vous fournira de grands noms, d'éclatantes vertus, mais les princes seraient bien malheureux s'ils se contentaient de ces fantômes de vertus, qui étaient sans vie; or cette vie, c'est la piété, c'est la crainte de Dieu sans lafpielle tout ce qu'il y a de grand dans ce monde n'est (fue néant K »
Cette citation un i)eu longue nous a i»aru nécessaire pour bien juM-ciseï' le liiil de lîniliii en composant ses histoires.
La réponse du duc de Chartres fut des plus gracieuses, et, loin de se blesser des conseils de l{(jllin, il lui en témoigiui sa reconnaissance.
11 en fut de même de Frédéric II, roi de Prusse, à qui le bon llechnir faisait des remontrances et des recommandations que le (ci rihle guerrier, le liltre peiiseiu-, accepta avec une bonhomie (Taillant ])lus inatteiulue (ju'il ne [)ensait réellement pas ce (|iril (lisait. « J'ai trouvé dans votre lettre (1740), lui dit Fré- (li'iic, les conseils d'un sage, la tendrt'sse d'une nourrice et renq)i'essement iVwn ami. Je vous assure, mon cher, mon \i''n(''rable Iloliiii, ipie je vous en ai une sineiTe oMigalioii et (|ue les mar(|ues d'amitit' (|ue \'ou^ me b'-moignez me sont [dus agiM'aliles (|ue tous les coni|iliuieuls très souvent faux ou insipides (|ue je ne dois qu'à uioii i-;iug. Je ne cesserai de faire des V(eu.\ |i(MU' \()lre conservation et je vt)us prie de m'aimer Ion jours, et de \dus persuader (|ue je serai tant (pie je vivrai plein (le considéraliou pour \dus el d'eslinie pour voli'e ni(''m(tire '-'. »
itolliu, eu li>anl ci'IJc Idlie d'une hieuveillance exll'ème, (pioiipie UK'h'e d'une douce ironie, diil (Mre Itien lieureux ; il pou\ail eu etlel esp(''rei' (pie ilr^^ conseils si hieil accueillis ne resicraieiit pas sans avoir d'uliles i'(''sull;ils. Ml puis. Kr(''di''i'i(' y t(''nioigiiail son ni(''pris pour les llalleurs, race (raulaiil plus oilicii>e au lion \icill.iiil (piil ,i\ail trop soii\ciil el('' forc('' de llaller les rois, 1rs gou\criiaiiU el la iioMessc poui' des acte-^
I, ///\7. Ane, 1. Ml. l.piUv ,111 (lue il.- Cliarlivs. 'J. Opi/snilrs, l. I, j). lus.
342 ROLLIX. ŒUVRES HISTORIQUES
(ju'il rôpi-ouvail jtrofoiiih'niciit. Son àiiic l()\;ik' no se prêtait qu'avec répugnance ù cette dure nécessité, et dès quiine occasion de rétablir la vérité et de s'élever contre les abus se pré sentait dans ses ouvrages, il la saisissait avec empressement.
C'est ainsi qu'à l'orgueil de Louis XIV^ et à la pompe de sa cour il oppose la simplicité d'Evagoras. « 11 soutenait, écrit Rollin, la dignili' de son rang, non ]i;ii' un air de fierté et de liauteur, mais par la majesté douce (|ue donne la vertu et le témoignage d'une bonne conscience. 11 n'était pas du nombre de ces j)rinces qui croient que pour régner il suffit d'être de la famille royale. La grandeur, en effet, ne consiste pas à l'emporter par la naissance, le faste et les dépenses, mais par le mérite et la justice. Avait-il à punir, ce n'était pas sur les rapports qui lui étaient faits, mais d'a^îrès ce qu'il connaissait lui-même. Ni la vertu des gens de bien, ni les mauvais desseins des méchants n'échappaient à ses lumières et à ses recherches. Son successeur marcha sur ses traces, et l'on n'entendit parler sous son règne ni d'exil ni de confiscation '. »
L'allusion aux tracasseries auxquelles Rollin fut en butte et aux persécutions exercées contre les Jansénistes est ici transparente. A qui attribuer ces iniquités? Sans le dire expressément, c'est aux flatteurs, aux courtisans que pense le bon Recteur et aux conseils perfides des adversaires de Port-Royal qui, pour dominer, provoquèrent les mesures les plus déloyales. A l'exemple de Fénelon dans 'félémaque, Rollin, dans son Bistoire ancienne et son Histoire romaine, critique les abus de son temps quand l'occasion se présente.
Par contre, avec plus d'empressement encore, il signale les faits glorieux de notre histoire. C'est ainsi qu'il rappelle la loyauté de Jean le Ron refusant la liberté, pour tenir son serment; la grandeur d'âme de François P'' écrivant à sa mère après la défaite de Pavie : (( Tout est perdu fors l'honneur » ; le patriotisme des bourgeois de Calais et d'Eustache de Saint- Pierre se dévouant pour le salut de leurs concitoyens ; la mort héro'ique de Turenne, de Rayard, de Jeanne d'Arc, etc. -.
11 n'oublie pas également de faire l'éloge des institutions