G. Lanson, Uist. de la littérature française, p
C'est prêter à Kollin et à ITiiiversité, puisque M. Lanson la met ici en cause, une influence exagérée; les exemples de Socrate, d'Aristide ou de Brutus ne nous semblent pas de nature à enflammer les esprits d'idées révolutionnaires^ Quant à l'inintelligence dupasse qui est reprochée à Rollin, elle est loin d'être prouvée. Nous trouvons au contraire qu'avec sa connaissance approfondie de l'histoire ancienne et la droiture de son esprit, il porte sur l'ensemble des événements un jugement éclairé.
Ce n'est pas (ju'il n'y ait dans ses œuvres certaines appréciations peu justiflées : il en convient fort humblement luimême. « Des personnes dont j'estime l'amitié comme je le dois et dont je res])ecte les lumières ont trouvé, dit-il, que j'avais poussé trop loin la louange des grands hommes du paganisme. Je reconnais (|uil m'est échapi)é quelquefois des termes trop forts, qui ne sont pas assez mesurés '. »
Il ajoute, un peu plus loin : (( L'ostracisme employé à Athènes contre les plus gens de bien, le vol permis par Lycurgue à Sparte, l'égalité des jjiens établie dans la même ville et dans d'autres endroits semblables peuvent souffrir quelques difficultés. J'y ferai une attention particulière à l'avenir, et je proliterai avec joie des lumières (jue des personnes éclairées et sans prévention voudront bien me communiquer -. »
D'autres griefs peuvent encore lui être imputés, telle est la liberté qu'il prend d'avancer ou de retarder la date de certains faits sans s'astreindre à l'ordre chronologi(|ue; en vain se défend il en alléguant (ju'il agit ainsi pour ne pas couper la suite d'une histoire et pour exposer les divers événements sous un même point de vue: l'exactitude histori(|ue est en défaut et c'est un tort; mais ces imperfections regrettables, nous l'accordons, vicient elles iirofondi-ment ses travaux et ne donnent elles de l'histoire (|n'une connaissance fausse? Personne n'oserait l'aflir-uier; le grand mérite de itollin est au contraire d'avoir fait ri'vivre les temps anciens, et d'en avoirexposél'hisloiicavee une conscience, un charme (|ue n'altèrent pas (pielques ineorreclions : nnn ego ixniris o/frnilnr imiiiiHs, connue le dit Ibirace.
Le seulrepritclie \r.iiinenl s(''rien\ (|ui puisse lui être adressé,
I. llis/. Ani\, l. I, Pri-fai-i', p. xx\ij '2. îbiil., p. Nwiij.
346 IlOLLIN. ŒUVUKS HISTORIQUES
c'est de s'èlrc laissé dominer par ses idées religieuses et d"avoir mal jugé la vie de certains hommes illustres et certains actes des plus méritoires quoique accomplis par des païens.
Ainsi, après avoir fait le plus juste et le pins magnifique éloge du dévouement, de la loyauté, du courage, de la patience de Régulas, il conclut : « Voilà le ])ortrait de ce héros du paganisme, mais malheureusement pour lui, qu'est-il en réalité? le martyre de la vanité, de l'amour de la gloire et d'un vain fantôme de vertu *. »
Il ne juge pas avec moins d'injustice et d'exagération la vie et la mort de Socrate tout admirables qu'elles sont. « Le paganisme, dit RoUin, n'a jamais rien eu de plus grand, de plus parfait, quand on voit jusqu'où il a porté la sublimité de ses sentiments, non seulement sur les vertus morales, mais, ce qui est ])ien plus considérable, sur la Divinité, sur son unité, sur l'immortalité de l'àme; on se demande si c'est bien un pa'ïen qui parle et pense ainsi. Sa mort aurait dû être la sanction de sa doctrine, et comment meurt-il? au sein de l'idolâtrie, en faisant profession d'adorer tous les dieux du paganisme. Sa conduite est d'autant plus inexcusable que se donnant d'après l'oracle de Delphes pour un homme chargé de rendre témoignage de la vérité, il manque au devoir le plus essentiel de la glorieuse commission qu'il s'attribuait. C'est que l'énergie, le dévouement ne peuvent être l'effet que de la grâce du médiateur que Socrate ne méritait pas de connaître ''. »
Cette dernière phrase montre jusqu'à quelle aberration la question de la grâce a pu pousser un esprit généralement aussi sage et aussi éclairé que celui de Rollin.
En raison des critiques plus ou moins fondées auxquelles prêtaient ses ouvrages historiques, Rollin eut des détracteurs, mais il eut en revanche de nombreux admirateurs. Quelques-uns de ceux même qui les avaient jugés le plus sévèrement, tels que Sainte Beuve et Voltaire, se sont départis de leur première appréciation.
« Ses histoires, dit Sainte-Beuve, ont été dans le temps un service et un bienfait; à mesure qu'il les composait, il déployait