‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 237 sur 319 · Traili\ 1. III, Avi rli>-M'iuciil, i>|i. (Ici S · texte numérisé non relu

Traili\ 1. III, Avi rli>-M'iuciil, i>|i. (Ici S

358 IIOLLIN. ŒL'VHKS HISTORIQUES

et des nombreux successeurs d'Alexandre le Grand des détails à sup[)rimcr, « car ils sont ennuyeux, dit-il lui-naème, et pourraient fatiguer les lecteurs )). De même pour les guerres et les batailles où il se complaît en approciations stratégif|ues, il aurait dû les abréger considérablement, mais comment résister au plaisir de passer, lui aussi, pour un habile homme de guerre, alors qu'il était initié à l'art militaire par le maréchal d'Asfeld, son ami et son guide? Les longs récits qu'il emprunte à Hérodote, à Diodore de Sicile, à Athénée, à Xénophon, etc., gagneraient aussi à être abrégés; cependant, ne les lui reprochons pas, car nous revivons, en les lisant, au milieu de ces peuples de nature et d'usages divers, curieux et intéressants. Chacun d'eux a eu à une certaine époque de l'importance, et nous en aurions une idée incomplète s'ils ne nous étaient pas connus par de minutieux détails.

Pour n'en citer qu'un exemple, le récit du couronnement de Ptolémée Philadelphe, dont Rollin reproduit la pompe d'après Athénée, nous donne un aperçu de la richesse de ce prince et de son peuple, qui, pour une seule fête, dépensa une somme de vingt millions de notre monnaie.

Dans la longue énumération des événements et des révolutions qui ont agité le monde, il s'occupe moins des faits que des leçons de morale et de piété qu'il s'attache à en tirer. Ce dernier point est le plus important pour lui; car, ne l'oublions pas, tous ses travaux ont pour principal but de porter la Jeunesse à aimer et à pratiquer la religion.

A l'exemple de Bossuet, s'il mêle des réflexions aux récits des événements, c'est pour montrer comment, dans la suite des siècles, ces événements se sont succédé suivant les desseins de Dieu conformément aux prophéties et en vue de l'avènement du Messie. A cette œuvre, la plus importante de toutes, dit Rollin, ont participé, dans une mesure plus ou moins large, toutes les nations et les héros de l'antiquité.

Nous avons vu quelle fut la part du peuple juif : le rôle de l'Egypte ne fut pas moins important. C'est en effet à la cour de Pharaon que fut élevé Moïse, le plus grand homme du peuple de Dieu; c'est en Egypte qu'il prépara l'exode des Hébreux. En dehors de ces considérations toutes puissantes pour Rollin, ce pays est encore un des plus intéressants de l'antiquité par sa

supériorité dans les sciences, dans les arts et dans les grands travaux dont les ruines, notamment celles de ses temples immenses et du canal destiné à faire communiquer la mer Rouge avec la Méditerranée, excitent encore notre admiralion '.

Après l'Egypte, qu'il considère comme le berceau de la civilisation dans l'antiquité, HoUin passe à Carthage, puis à la Grèce, puis à Rome. On peut sétonner que Ihistoire de Cartilage précède celle de la (irècc. C'est que, séduit sans doute par le prestige de la civilisation orientale dont Carthage, colonie de Tyr, était la dépositaire, RoUin voulut faire succéder son histoire à celle de l'Egypte où s'épanouissaient les traditions mystérieuses de l'Orient.

Après Carthage, la Grèce l'occupe entièrement; son histoire et celle de itome lui paraissent comme les grandes étapes de l'ancien monde.

Le plan de Rollin n'embrasse pas l'antiquité tout entière. L'Inde, la Chine, le Thibet, qui eux aussi eurent leur temps de gloire et leur époque de civilisation, sont passés sous silence. Ces lacunes seraient regrettables si le bon Recteur s'était proposé de donner un tableau complet de l'ancien monde, mais son but étant d'instruire avant tout la jeunesse de ce qui se rapportait aux i)euples les plus connus et aux auteurs grecs et latins qui faisaient le principal objet de leurs études, il se crut autorisé à restreindre le cadre de son llhlinrc ancienne.

La Grèce, du reste, suflisnil à remplir le programme cpTil s'était tracé. Aucune partie de l'ancien inonde ne fui le (liéàtre d'événements pins importants, iiui'nne neeonqite pins d'hommes illustres et de génies en tous genres. Dans ce petit territoire se sont (h'rouh'es les guerres les plus sanglantes, lt>s entreprises les plus hardies; l;i se sont ai^ili'es les passions les pins nobles et les pins perverses.

A l'histoire de la Gl'èce se ratt.iclie celle des empires les plus puissants, à conimencer |iar la l'erse, (pie <a situation g(''()graphi(pie para issu il tenir i''loii;n(''e de cette petite nation, mais i pu.

1. .NiHis (lomions a rAii|ieiHlicc 1rs ditails rniirnis par Dioiliirc ili- Sii-iic cl reprocliiils par Rolliii rclalivcmciil a ce travail Kip''iiilcM|iic, entrepris et Icriuiiié, sons le m un de Canal île Snc/, en ISt'i',), par nn Français, .M. Ferdinand de Lcsscps.

360 IlOLLIN. (KL'VUKS lllSTUUlni'KS

agiTUidic |)ai- les coii(jiiêt(3s de (]ynis, doviiil |)ciHl.iiit plus de deux siècles un des plus ^i-ands empires de raiiliijuiU'. Ce fut en raison de sa civilisalion avancée! cjue la (îrèce tenta l'amijitioii de Darius. On sait avec quelle immense armée il entreprit la conrpiêle de ce pays ((u'il croyait incapable de lui résister; on coiinaîl les succès inespén-s des (îrecs à Maratlion, aux Ther mopyles, grâce à l'alliance d'Athènes et de Sparte et à l'héroïsme de Miltiade, dcThémistocle, d'Aristide, de Léonidas, etc. De cjuels obstacles n'aurait pas triomphé cette alliance si elle eût persisté? mais une rivalité funeste, qui n'a d'égale que celle de Home et de Carthage, n'aboutit (ju'à asservir la Grèce comme Garthage à la puissance romaine.

Les causes et les conséquences de cette longue et sanglante rivalité sont retracées par Rollin avec l'intérêt qu'il sait mettre dans tous ses récits, mais non avec l'impartialité qui doit caractériser le véritable historien. La simplicité de la vie, le mépris des richesses et du luxe qui faisaient la force de Sparte lui rendaient cher son gouvernement et justifiaient à ses yeux des lois et des actes iniques et cruels. Athènes, au contraire, malgré son gouvernement libéral, ses idées généreuses, mais aussi avec son inconstance, sa légèreté, lui est beaucoup moins sympathique. Périclès, le plus sage, le plus éclairé des chefs qu'ait eus Athènes, celui qui lui a donné le plus de vraie gloire, n'a pas aux yeux de Rollin un mérite égal à celui des rois et des généraux de Lacédémone. Ge n'est point qu'il n'apprécie dans une certaine mesure — il n'était pas artiste — la splendeur dont Périclès dota sa patrie, mais il regrette que tant de richesses aient été dépensées pour des embellissements dont on pouvait, dit-il, se passer.

(( Est-il raisonnable, s'écrie-t-il, d'employer en bâtiments superflus et en vaine décoration des sommes immenses qui étaient destinées pour les fonds de la guerre, et n'aurait-il pas mieux valu soulager les alliés d'une partie des contributions, qui, sous le gouvernement de Périclès, furent portées à près d'un tiers de plus qu'elles n'étaient auparavant? Pline évalue ces dépenses à 10 millions '. »

Ce suuer^u. cette décoration ont rendu Athènes immortelle,

i. Uisi, Ane, t. III, p. 427.

et Périclès a plus fait pour sa renommée qu'Agésilas pour celle de Sparte.

Rollin, du reste, en dehors de ces injustes appréciations, reconnaît à Périclès toutes les qualités d'un homme supérieur, justice, modération, savoir et mérite rare d'avoir su, sans violence, imposer et conserver pendant ([uaraiite ans son autorité sur un peuple aussi versatile que les Athéniens. (( Il fut toujours invincihle et insurmontable aux richcssos, quojiju'jl ne manquât i)as à faire valoir son bien. Il ne ressemblait pas à ces seigneurs (allusion de Rollin à la noblesse de son temps) qui, malgré leurs revenus immenses, soit par négligence et défaut d'économie, soit par de fastueuses et folles dépenses, sont toujouj's pauvres au milieu de leurs richesses et meurent accablés de dettes, laissant leur nom et leur mémoire en exécration à de malheureux créanciers dont ils ont causé la ruine *. »

Périclès était digne de ces éloges. Il avait en effet toutes les fpialilés d'un chef d'Etat; son éloquence le rendit maître de la l{(''j)ubli((ue, mais une fois au pouvoir, il sut s'y maintenir par son alîabilité, par ses vues larges et justes sur les réformes à introduire, par ses grands [projets pour la gloire de sa patrie et j)ar la faveur (|u'il accorda à tous les hommes illustres qui, attirés par lui à Athènes, rcmliniit son siècle à jamais célèl)re. « 11 s'était acquis, dit ItoUin, un tel crédit sur l'esprit du peuple qu'on pouvait dire ((ue sous un gouvernement républicain, il s'(''tait fait un pouvoir nion;ii'clii((ue -. ))

V\\ lel gouvernement, s'il s'était maintenu, eût été l'idéal de Hollin. car ses idi'cs libérales l'attiraient beaucoup plus vers la lt(''[iubli(|ue que vers la monarchie. L'hannnc est nti libre, (lit il avec orgueil, et on ne l'était guère sous Louis XIV. Si la (Irèce fut grande, ce fut à l'ériclès, à Miltiadc, à Tlu'mistocle, à Aristide, à Socrale, (|iiclle le dnl. l",n lliése ^cni'rale, les hommes (le L;énie font les gr'.'indes n.iiioiis, et leiii- mort est le signal d'une décadence (|ui va en ;iui;inenl;iiil jiis(|u'à ce (|ue sur,t;issenl des ;indiilieii\ donl |,i sii|H''iioritt'', ton! en >urface, est le plus souNcnt j'nlîde à leur patrie.

La (irece ne i>roduisit qu'un trop grand uiunbre de ces

Page 1