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HISTOIRE KUMAIXE 371
qui rendent la lecture des ouvrages de Rollin si facile et si agréable.
Tite-Live fut des plus utiles aux deux auteurs et surtout à Rollin, à tel point que l'Histoire romaine peut être considérée comme un abrégé de Tite-Live. Elle eût été bien plus intéressante, dit le bon Recteur, si la perte dune grande partie des livres de Tite-Live ne nous eût privé de documents importants. A leur défaut, il mit à contribution les suppléments de Freinshemius, qui remplissent utilement les lacunes des décades perdues de Tite-Live, mais qui sont dépourvus des réilexions profondes et du génie nnrratif du grand historien romain.
La hâte avec laquelle fut composée l'Histoire romaine ne permit pas à Rollin tl'y apporter le même soin qu'à l'Histoire ancienne; il voulait, avant tout, compléter son œuvre et montrer comment la Providence avait destiné l'Empire romain à l'établissement de l'Eglise chrétienne. ((S'il l'a élevé à une grandeur et à une i)uissance f[ui n'eut presque point d'autres bornes (|uo celles de J'iiiiiNcrs, dit-il, si Rome a réuni sous sa domination tant de peuples divers et les a rapprochés en quelque sorte par l'usage d'une même langue, c'est que ce moyen était le meilleur pour faciliter la propagation de l'Evangile et pour faire i)lace dans les temps marqués par les prophètes à l'empire immortel de Jésus-Christ, qui est le terme et la lin de tous les royaumes de la terre'. » Il ajoute : « Les qualités excellentes (|ui distinguent les Romains étaient un don de Dieu que l'avarice humaine, l'injustice et beaucoup d'autres passions corrompirent bien souvent; néanmoins, (juelque viciées qu'elles devinrent, Dieu n'a pas voulu les laisser absolument sans récompense, et c'est ainsi iju Viles ont été un objet d'admiration pour tout le genre humain ■. )>
Elles l'ont été surtout pour Holliu (|ui, en dehors de ses appréciations personnelles, s'inspira des réilexions de Bossuet dans son IHstoiri' universrll'' et des .''étlexions de .\b>ntes(jiiieu (( déveloi)pées, dit-il, dans un ouvragi" récent (I7.'{'t). intitulé Considi'rdlions sur les causes de la qrmuli'ur des /{omams et de leur
\. //(aV. Ho)n., t. 1. l'iTf.ice, p. ixwm. 2. Ihid.. p. I. XXXVI.
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décadence, qui est fort court, mais très solide et très capable de donner une juste idée du caractère de ce peuple *. »
Rollin le connaissait à fond; il s'était du reste tellement nourri de tout ce qui touchait à Rome, (juelle était pour lui une seconde patrie; sa langue était, à proprement parler, la sienne; il la maniait journellement, on sait avec quelle habileté et quelle délicatesse; son gouvernement lui paraissait admirable, car la liberté, l'esprit démocratique en étaient l'àmo, et Rollin, tout en célébrant dans des panégyriffues obligatoires les vertus et ladministration du Grand Roi, non était pas moins, nous l'avons vu, pénétré de sentiments républicains.
« Quelle prodigieuse destinée, dit-il, que celle de ce peuple qui d'un ramassis d"aventuriers était devenu le maître du monde! La guerre avait été et continua d'être l'élément de sa fortune. Dès son origine, constamment en lutte avec ses voisins les Samnites, les Volsques, les Véiens, les Sabins, obligé de se tenir sur lofïensive et la défensive, il ne connut d'autre métier que la guerre. A l'exemple des Spartiates, il s'y perfectionna. Naturellement durs à la fatigue, habiles à profiter des leçons que la victoire ou la défaite leur donnaient, ces aventuriers devinrent les premiers soldats du monde. La prospérité ne les aveugla pas comme tant d'autres; au lieu d'opprimer les vaincus, ils s'en firent des alliés fidèles. Ainsi que dans toute République, l'aristocratie et la démocratie furent longtemps en lutte à Rome. Des séditions presque continuelles divisèrent le Sénat et le peuple ; une espèce de guerre intestine se perpétua entre les tribuns et les consuls, et l'on est étonné qu'avec ces éléments de discorde l'État ait pu non seulement subsister, mais encore vaincre dans ce même temps tous les peuples voisins et porter ses conquêtes dans des pays fort éloignés. C'est que lorsque la Ré|»u]jlique était attaquée par un ennemi du dehors, la crainte du danger commun et le motif du bien public suspendaient les querelles particuhères et réunissaient tous les esprits. Alors l'amour de la patrie était comme l'âme qui animait toutes les parties et tous les membres de l'Etat, chacun se piquant de faire son devoir et de s'associer à de sages résolutions*. ))