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faire aimer cl praliciucr siirlonl à la jeunesse dont il s'atlaclic à préserver rinnoccncc. Crévier est un janséniste convaincu, fidèle aux idées de Port-lloyal, disci[)le fervent de liollin quil admire en tout et (|u'il se fait gloire d'imiter.
Comme son maître, il mit à ses travaux une ardeur et une persévérance rares à son àg"e; il y mit une égale rapidité, quoique la tàclie ({u'il entreprit fût lourde; il r(''ussit en effet, de 1741 à 1748, à pujjlier les huit volumes qui complètent TZ/ivloire romaine, sans compter la revision qu'il fit des VI'' et VIP' volumes que Uollin avait laissés incomplets. Cette liàte nuisit naturellement à son œuvre. Quelque connaissance (pi'il eût des événements, des intrigues, dos factions de l'épocpie agitée dont il retraça l'histoire, il ne put les méditer à loisir, en examiner les causes, les conséquences, en vérifier l'authenticité, les détails, avec la scrupuleuse conscience que doit mettre à son travail tout bon historien; il ne put encore donner à son style la correction, l'élégance, le charme, qui rendent agréable et facile la lecture d'un ouvrage; à peine trouve-t-on dans les huit volumes qu'il composa quelques scènes et quelques portraits, celui de César notamment, qui soient à remarquer. La clarté et la correction font assez souvent défaut dans son histoire. Il cherche à imiter le ton, la simplicité de Rollin, mais il y arrive rarement.
Rollin, se mettant souvent en rapport avec le lecteur, s'adresse à lui à la première personne : (( Après avoir caractérisé, dit-il, les intentions des deux consuls, je reprends le récit à l'endroit où je l'ai laissé. » Crévier n'use pas de cette familiarité qui sied si bien à son modèle. Rien de ce qui part de l'àme et rend l'histoire de Rollin attachante et aimable ne se rencontre dans Crévier.
Le bon Recteur pensait que le grand mérite de l'histoire était non de connaître les événements qui se sont produits dans la succession des siècles, mais d'en tirer des leçons de morale et d'expérience pour en rendre l'application facile à la jeunesse. Il accompagnait le récit des faits, de réflexions toujours sages et souvent fines et profondes. Crévier s'en abstient, ou, s'il en fait, elles sont d'une banalité regrettable. Ainsi, en parlant de Marins, il dit : « N'aurait-il pas été plus tranquille dans l'état obscur où il était né, labourant lui-même un petit champ, ou
laissé par ses parents ou acquis par son travail? Il eût mené une vie exempte de soucis et de périls '. »
En continuant l'histoire romaine. Crévier revient quel(|uefois sur des sujets déjà traité's par U(jllin; telle est l'histoire de Mithridate. (( Ma première inclination, dit-il, a été sans doute de respecter un sujet manié et exécuté par mon maître et de [)rofiter do ses richesses, mais je me suis persuadé que c'était un mérite de faire autrement eu faisant moins bien. Je donne donc, ici, le commencement de la guerre de Mithridatc traité à ma façon et j'en userai de même par rapport aux autres sujets communs à l'histoire ancienne et à l'histoire romaine. Je prie seulement ((ue l'on ne me compare pas avec mon maître, et que l'on ne me reproche pas de n'avoir pas fait mieux que je ne pouvais *. »
La recommandation est inutile, car la comparaison serait trop à l'avantage de Rollin.
Nous avons vu Rollin profiter du récit de telle guerre, de tel traité, pour faire la leçon au (irand Hoi en personne, à ses ministres, aux généraux de son ('■imxiiic, aux olliciers. à la noblesse si déchm,' de sa dignité. Nous avons dit (|ue tout en refusant d'(''crire une histoire de France, il n'en faisait [las moins, -oiis lin Mtilr lia!is|ia!'('ii( . cclli' de son temps. Créviei' ne l'imite guère en cela, mais il accueille comme lui les fjdjles, les superstitions souvent absurdes (|ui aliondent dans Pline, .\p|tieii, lMiilar(|iie. .Iiisliii el les aiili'cs historiens romains.
Malgré ces inqirrl'cctioiis, la suite de VfJisloiie roriKiiiic jus(|u'à la balaillr d'Acliiim esl digne d'intérêt. Crévier y ajoiila roniiiie coiiipli'iiiciit l'hi-^loire des empereurs romains jusiju'à (loiislaiitiii . Cl 'lit- IiInIi ijcc n'a va il pas encorr (''li' Irailéo en fi'aiieais. Qiioii|iic la iiili(|iii' |iiii'~-c \ ic|ircii(lic (|nt'l(|ues eri'eurs, elle n'en a pas nioiii< ('li' fort iitih', en jelanl un [inulc lumière sur des lenips jiis(|ir;il(irs li'r< iiii|iarfaiteinrnl connus.