Picrron, Vollaire et ses mailre:!, p. 5U
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mettait trois mois à pn'parcr ses élèves à la représentation Je la tragédie choisie pour la distriljution des prix.
Trois mois de préparation pour une pièce bien souvent de mince valeur littéraire! que de temps perdu ÎRollin le déplorait avec raison ; il obéissait du reste en cela à sa nature ennemie de tout faste et h son éducation ]*ort-royaliste au collèg-e du Plessis, oii tragédies et comédies étaient remplacées par des exercices littéraires.
Toutefois, la coutume des représentations théâtrales était tellement enracinée dans les collèges que tout en les proscrivant en principe, au commencement de son mandement, il poussa à la fin la condescendance Jusqu'à admettre celles qui, (( tirées de la Bible, respireraient la sainteté et l'innocence des mœurs, comme dans deux récentes et célèbres tragédies où la piété s'allie à la perfection de l'art »,
Il fallait cette perfection pour que Rollin pardonnât à Racine les erreurs de son ancienne vie mondaine et permît la représentation d'Esther et d'Athalie.
Ce qui condamnait le théâtre à ses yeux, c'est que l'amour y joue toujours le principal rôle et que ce sentiment, très pur en lui-même, y est presque constamment dénaturé et devient par cela même dangereux pour la jeunesse.
Le roman, pas plus que le théâtre, ne trouva grâce auprès de Rollin.
Il était naturel qu'avec sa piété, sa droiture, son caractère ennemi de toute exagération, ce genre de littérature qui repose sur la peinture de l'amour, et oîi sont souvent glorifiés les plus mauvais sentiments, trouvât dans le simple et pieux Rollin un adversaire déclaré. (( Ce ne sont, dit-il, que rêveries creuses d'écrivains sans poids et sans autorité, qui préfèrent les fictions et les fables à la vérité, qui seule doit être la nourriture de l'esprit'. »
La vérité n'était pas seule offensée à l'époque de Rollin; la morale, la religion, qu'on ne respectait qu'en apparence, étaient remplacées par la licence et l'incrédulité, dont les mémoires et les romans de ce temps nous révèlent les excès.
Le xvnr siècle préparait le nôtre, qu'on peut appeler le grand
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siècle du roman. Ce genre de littérature embrasse aujourd'hui la pjhilosophie aussi bien que la politique, la relig-ion, l'art militaire, le tout mêlé d'amour, et de quel amour! Il conduit aussi à tout, fortune, honneurs, considération, hauts emplois. Sous ce rapport, nous sommes en proférés sur nos devanciers : triste avantage dont nous n'avons pas à nous prévaloir.
Voltaire, qui s'y connaissait et qui lui-même n'avait pas dédaigné d'écrire quelques contes charmants, se prononce ouvertement contre les romans. (( Presque tous ceux dont la France est inondée, dit-il, sont, excepté la Princesse de Clèves, la production d'esprits faibles qui écrivent avec facilité des choses indignes d'être lues. ))
Pourcontrebalancerl influence des romans licencieux, Camus, évêque de Belley, estimant que cette lecture était un obstacle aux progrès de l'amour de Dieu, mais jugeant d'autre part qu'il était impossible de détourner les jeunes gens dun amusement si conforme aux inclinations de leur âge, écrivit une foule de romans où l'amour, même le moins moral, joue le prin cipal r()le. 11 ne s'abstint ni de rapts, ni de scènes d'adultère pour provo(|urr rémolioii du leclcur, mais tout chez lui linit chrétiennement; les plus mauvaises natures sont amenées insensiblement à élever leur àme à Dieu, à détester leur vie scandaleuse, et le plus souvent à entrer dans un cloitre.
Ce traitement homéopathic[ue, ipie nous sommes loin d'approuver, eut cependant ses partisans. Saint Franrois de Sales, ami de Camus, ne trouva pas mauvais qu'il combattît les passions dangereuses par le dévelopi)ement des mêmes passions, et Camus, fort de cet assentiment, écrivit avec une facilité déplorable plus de quatre-vingts romans dans ce sens.
Le système de Camus est encore celui de beaucoup de romanciers de nos jours. Nous en estimons les ccinséquenccs absolument contraires à la moralisation de la société. Le mal préseut('' sous un jour s(''duisanl a beau avoir comme conclusion le repentir et le rcloiir à la \citu. les attraits île ce mal restent enracinés dans notre co'iir et les romans font rarement (les conversions. Hollin voyait déjà de son temps la décadence (1(> la saine lillcialnic comme consé(iuence de l'engouement ])our les romans constaté par N'oltaire. Il était dans le vrai; cette décadenc(> s'accentue de plus en plus de nos joui's. et quels
Hl.l.l.lN. -.'i
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que soiciiL les lioiiiieiirs doiiL juuis.seul nos romanciers célèbres, loin d'aider à la régénération morale dont nous avons grand besoin, ils en sont, à notre avis, le plus sérieux obstacle.
L'épanouissement de la littératun." et des arts n'est pas le seul à signaler au xvii" et au xviir siècle. Les progrès des sciences exactes et naturelles ne sont pas moins remarquables, et Newton, Leibniz, Descartes, Arnauld , Cassini, Mariolte, Galilée, Pascal font un glorieux cortège à Racine, Molière, Corneille, Hossuct, Lebrun, Pnget, et à tant d'autres célébrités littéraires et artistiques.
Rollin passe toutes les sciences en revue, et son premier soin est de consacrer un livre entier de 2oo pages à la science militaire. Qui croirait jamais que le bon Recteur, ennemi des guerres, des conquêtes et des conquérants, ces fléaux du t/enre humain, s'intéressât autant à une science contraire à ses goûts, et y fît preuve d'une réelle compétence? C'est que ce qu'il en dit est non son œuvre, mais bien celle du maréchal d'Asfeld, frère de l'abbé d'Asfeld, son intime ami.
Dans ces conditions, le vingt-troisième livre est un petit traité technique de l'art militaire, très fourni de documents sur les armes, les armées, les guerres, les fortifications dans l'antiquité. Son intérêt est grand pour l'intelligence des auteurs anciens.
Les mathématiques, au temps de Rollin, n'étaient pas complètement ignorées dans l'Université. On enseignait en Philosophie dans quelques collèges l'arithmétique et les éléments de la géométrie, mais dès la seconde moitié du xvni'= siècle l'algèbre, la physique, l'astronomie pénétrèrent aussi dans l'enseignement.
Toutes ces sciences étaient pour Rollin matières inconnues. Il en remplit néanmoins deux volumes, mais, comme pour les arts et la science militaire, il eut recours à ses collègues du Collège de France, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et aux nombreux savants de cette époque qui la plupart étaient ses amis *. Grâce à leur concours, on a une idée assez exacte de l'état des sciences, et une histoire des découvertes au xviir siècle.
1. En mathématiques et en philosophie : Fermât, inventeur du calcul dilTérentiel, lo9o-lGG5; — Descartes, lo9(J-l()32; — Arnauld. [iU-2-U\'J't; —
C'est une sorte de Revue scientifique fort intéressante à consulter, et qui gagnerait en valeur si le bon Recteur n'y joignait parfois des réflexions qui montrent son incompétence.
Parmi les savants modestes qui aidèrent aux progrès de l'enseignement des sciences dans l'Université, il ne faut pas oublier Hivard, professeur distingué du collège de Beauvais et auteur de très bons ouvrages de mathématique, de grammaire et de littérature; son intelligence s'étendait également aux sciences et aux lettres. Rollin, sans s'y connaître, voyant les bons effets de ses ouvrages d'algèbre et de géométrie, « assure que tout y est exposé avec toute l'étendue nécessaire, l'exactitude et la clarté possible. Il vient, ajoute-t-il, d'en paraître une seconde édition avec des additions considérables chez Desaint, rue Saint-Jean-de-Beauvais ' ».
Aucune réclame ne pouvait être plus profitable pour le succès des (luvrages de Rivard. « Son algèbre, paraît-il, est d'une intelligibilité merveilleuse pour les gens bien doués. » Mais lîollin ne l'était gui-rc sous ce rapport. « Cotte science, dit-il, est si épineuse, si compliquée de difficultés, et pour tout dire si affreuse, que très peu de personnes ont un courage assez b('ri>ïi|ii(' pour s'aller jrtcr dans ces ajjîmes profonds et ténébreux Cependant, ajoute-t-il, la géométrie principalement
et la métaphysique tlonnent à l'esprit de l'étendue, et l'exercent à se tenir plus ferme. L'ordre, l'exactitude, la précision. (|ui régnent depuis un certain temps dans les bons livres, ont leur première source dans l'esprit géomé(ri(|ue qui se répand plus (|iie jamais ^. »
Le bon r^ecteur n'iMi parlait gui're pai-expi'rience persouuelle. mais il n"b(''silai( pas à se riMidre à l'avis des i^cns aub)risés.
Diderot a|i|ii((iail siiilout la géométrie coniine moyeu de d(''Velopper rinlilligeiici'. " C'e^l la meilleure, dit il, et la [dus
l'ascal, H'i2:M(;(c»; — Ni-wlnii. |C,12-17-J7; — Lcilini/. Ii'.li'.-l"; h".; — Fonl.-uelle, lC.:;7-17;i7; — Clairaul, 17i:i-l7i;o.
Kn géographie : Sansoii, IOOO-Ii'.im ; — Cassiiii, Ir.(i;;-I71:2: — Dainill.-. lG'.l7-17iiJ.
lin scipticos iialiirelles : TMiinxI'in-l, ir.;;t;-l7(IN; — Jii->it>ii, lt".8i;-l7riS; — Rraiimiir. I(>s:î-17."i7.
Kii incdecine : Itiirclle, I(»r>,"i-17 »7.