‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 275 sur 319 · HISTOIRE ABRÉGÉE DU COLLÈGE DE BEAUVAIS · texte numérisé non relu

HISTOIRE ABRÉGÉE DU COLLÈGE DE BEAUVAIS

Fondation du collège de Beauvais par le cardinal de Dormans an clos Brnncau. — Contiguïté des collèges de Presles et de Beauvais. — Réunion des boursiers des deux collèges jiour l'exercice. — Constitution définitive du collège sous le nom de Presles-Beauvais. — Faibles traitements des fonctionnaires. — Règlement du collège. — Principaux qui le dirigèrent de IGl.") à 1699. — Grangier, homme de valeur. — Tracas qui lui sont suscités par suite de son. mariage, que sa qualité <le diacre lui interdisait de contracter. — Sa querelle avec les Chapelains et les boursiers.

Le collège de Beauvais, un des plus importants de l'ancienne Université, a joué un grand rôle dans la vie de Rollin. Son histoire nous offre en outre le tableau le plus complet et le plus curieux de l'enseignement au moyen âge et dans les temps modernes; à ce double titre, il nous a paru intéressant d'en donner un abrégé.

Sa fondation remonte à 1370. A cette époque, le cardinal Jean de Dormans, évèque de Beauvais et chancelier de France, voulant, à l'exemple de plusieurs hommes pieux et puissants, contribuer à la gloire et au recrutement de l'Église, envoya à Paris quelques ^jrtNi^rc^ EschoUers poursuivre les cours de la rue du Fouarre, et il acheta dans le clos Bruneau une maison nommée Maison aux images. Elle était alors occupée par le collège de Laon ', et elle attenait au collège de Presles.

Les deux maisons n'eurent pendant un certain temps qu'une seule et même direction, mais des querelles s'étant élevées entre les boursiers des deux collèges, on fut obligé de séparer par un mur la cour jusqu'alors commune aux deux bâtiments : les boursiers de Laon gardèrent la partie qui s'ouvrait sur la rue du Clos-Bruneau,

1. Le collège de Laon et le collège de Presles furent fondés en la même année l.'îlS : Laon, par maître Guy de Laon, trésorier delà Sainte-Cliapellc, Prestes, par Raoul de Presles, clerc et secrétaire du roi.

plus tard nommée rue Saint-Jean de Beauvais, et les boursiers de j'resles occupèrent la partie située rue des Carmes. Cet arrangement ne fut pas définitif, car Gérard de Monlaigu, avocat général au Parlement, ayant légué au collège de Laon son vaste hôtel du Lion d'or, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, les f.aonnais s'empressèrent (le s'y installer, et vendirent alors leuriVrt/.son aux images au cardinal de Dormans, ainsi qu'il a déjà été dit '. Le cardinal ajouta à son acquisition la maison dite le Gago, que lui cédèrent les boursiers (lo Presles-, et ainsi fut constitué le collège de Beauvais.

Très modeste à son origine avec ses douze boursiers, Beauvais n'était pas plus florissant que son voisin. Comme ils n'avaient, ni l'un ni l'autre, un nombre suffisant d'élèves pour établir le plein exercice, Ramus, ([ui était le Principal de Presles, s'entendit avec son collègue de Beauvais pour ouvrir une porte de communication permettant aux élèves des deux collèges, alors assez nombreux, de suivre un cours complet d'études. Hamus enseignait dans les bâlimentsdePi'esles ladialectique; les autres cours étaient enseignés dans les bâtiments de Beauvais ^. En 1597, la muraille qui partageait la cour fut démolie, et la réunion des deux collèges fut définitive.

Le collège ainsi constitué prit le nom de Presles-Beauvais. Néanmoins, les deux maisons conservèrent chacune leur Principal, leur adininisUalion financière, leurs bourses avec leur caractère propre, leur (lolalion '* cl leurs règles spéciales ou statuts^.

f)ans la suite on leconnut les inconvéïiienls d'une double autorité. La direction des deux collèges fut attribuée à un seul chef, et les boursiers furent soumis pour la discijiline générale à une règle commune. Néanmoins, on [larvint diflicilcment à fondre dans un même esiu'itles deux cfimiuiiiiaulés et Uollin eut bcaucouji de difficultés à vaincre à ce sujet.

Au commencement du wiT siècle, le collège de Beauvais® était, ainsi (|ue beaucoup d'autres, en décadence par suite des désordres de la Ligue; il ne se releva que sous l'habile administiation île plusieurs Principaux qui se succédèrent d(> UlLi à H'>W.

Le premier en date est Jiîan Grangier (|ui, avant d'cnlnr à lUau-

1. Lo colliNpfO do Laon fut, commo les autres, riîuni au collf'po Louis-lo-riraml apros l'i'xpulsion (les .lôsuitcs en 1702. 11 devint sous la U(>i)uliliquo propriéti- iiationaio ot fut vendu en doux lots lo 30 avril iHv'v'. I^e l" lot fut afjieto par un particulier et le second lot l'ut aciiuis par la ville do Pans, qui lit construire sur son oniplaccnient lo niarcliô dos Carmes.

'-'. pDiir siniplillcr lo rc^cit nous nous conicntcrons d'intlii|ucr le nom du funtlatour ou do l;i ville sans ajouter : colli-pe.

:î. Jusipi':l la lin du xv" siècle les Itoursiers. ipii seuls composaient la ]>opulation scolaire des (roll(''t,'es, suivaient les cours île la ruo du l-'ouarre; ce ne fut qu'au xvi' siiVle (juo des classes furent créées dans les coll('<;es.

1. Lo traitement du maiire éiait fixé à 7 suus parscmninc: celui du sous-iunttre à G; celui du Procureur à 0 et celui des petits lioiirsiers i\ I.

•>. D'apri's lo ri>plement du cardinal de Dormans, la icnui* des lioursiers était des plus sôvires.

G. La siiperlicio du collt">f;o Uo Iteauvais était de SI ti>ise> do lonf; sur li> de l«rj;o. (KxpillVi JJictioiinaire de Gvoyraphiv.)

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vais, avait déjà diriiji' le collège d'Haicoiirt et s'était distingué comme professeui- d'éloquence latine au Collège de France. « La considération dont il jouissait, dit Crévier, le lit choisir par le Parlement à qui revenait la nomination du Principal ^ et son administration n'aui'ait laissé que les meilleurs souvenirs si l'on n'avait eu à lui reprocher une infraction au célibat qu'il devait observer comme diacre et comme Principal. »

Le malheureux Grangier avait eu beau obtenir une dispense du pape Urbain VIII, il fut honni, persécuté par ses ennemis 2; il eut à supporter mille tracassei'ies qu'il raconte avec beaucoup de verve dans un factum célèbre dont nous extrayons un passage comme exemple du style de cette époque : « Si .e succès de cette affaire (sa querelle avec les chapelains) est tel que je l'espère, je l'estendray tout au long avec le pinceau latin, Dieu aidant, priant un chacun de me permettre pour l'instant de me servir du françois, afin de rendre mon discours plus intelligible à mes parties. On me permettra aussi d'y entremesler quelcpies tripes latines, puisque c'est une pièce qui sort du collège, et que d'ailleurs, il n'appartient qu'aux bonnes plumes de France de se faire un pur tissu de nostre langue. Joinct que de tels entremets ont je ne sais quelle pointe pour tenir leur homme en appétit, et portent quelquefois leur goût jusqu'au cœur. » {Bibliothèque de V Université, HFAU, p. 4.)

Siiccesseursde Grangier : Moreau, Boutillier,Rollin, Coffin, sous qui s'établit la gratuité de l'enseignement (1719). — Habile administration deColîin Ses talents. Ses liienfaits envers le collège. Ses convictions jansénistes.

— Collège de Beauvais transféré au lieu et place de Louis-le-Grand (1762) et remplacé lui-même par le collège de Lisieux, exproprié pour la construction de l'église Sainte-Geneviève, aujourd'hui Panthéon. A la Révolution, Lisieux devient lieu de réunion de la Section du Panthéon; sa chapelle est atîecléc à la fabrication du salpêtre et de la poudre; puis école d'enseignement mutuel, de musique populaire, puis caserne, puis hôpital militaire, puis magasin d'habillement, puis de nouveau caserne (1861); puis couvent des Dominicains jusqu'en 1886, époque de leur expulsion. — La chapelle aujourd'hui alfectée au culte roumain orthodoxe.

— Célébrités du collège de Beauvais. — Visite du collège; ses revenus.

— Thèses.

Grangier mourut en 1044, après vingt-neuf ans de Principalat; il eut pour successeur Antoine Moreau, qui dirigea à son tour le

1. Par testament du cardinal de Dormans, fondateur du collège, le droit de présentation et de collation des bourses appartenait à sa famille et, en son absence, à l'abbé do Saint-Jean-des-Vignes de Soissons; mais ce dernier, éloigné de Paris, s'entendit avec le Parlement : il fut résolu que la présentation aux bourses lui serait conservée, mais que la collation de ces bourses et l'administration du collège seraient dévolues au Parlement, qui déléguerait deux de ses membres à cet effet. (Chapotin, le Collège de Beauvais, p. 159.)

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