‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 32 sur 319 · ROLLIN FORCÉ DE QUITTER LE COLLEGE · texte numérisé non relu

ROLLIN FORCÉ DE QUITTER LE COLLEGE

Visite compromettante du P. Quesnel au collège de Beauvais. — Perquisition de la police chez Rollin. — Intervention du Président Le Pelletier. — Complots ourdis par les chapelains et les boursiers. — Rollin forcé de quitter le collège. — Adresse afTeclueuse qui lui est envoyée (voir à l'Appendice). — Rollin remplacé par Coffin. — Succès de l'administration de son successeur. — Longue durée des fonctions de Principal à cette époque.

Le P. Quesnel, cause de la seconde période de l'agitation janséniste, étant venu clandestinement à Paris, descendit au collège de Beauvais où Rollin l'accueillit avec toute la vénération et la tendresse que lui inspirait un ami du grand Arnauld. Il poussa même l'imprudence jusqu'à lui laisser dire la messe dans la chapelle de son collège. Le secret aurait été tenu si Quesnel, de retour dans les Pays-Bas, n'eût été arrêté par les gens du roi, et si l'on n'avait trouvé dans sa correspondance des lettres de Rollin révélant l'hospitalité qu'il avait reçue au collège de Beauvais. Le cas était grave; un exempt du roi se présenta à la porte du collège, avec ordre de visiter l'appartement et les papiers du Principal. Cette visite pouvait avoir comme conséquence un long séjour à la Bastille. Rollin sut heureusement détourner le coup en usant d'adresse. Il obtint de l'exempt la permission de le précéder, pour faire rentrer

SON PRIN'GIPALAT liT

dans leurs salles, lui dit-il, les élèves, qui étaient encore en récréation. Courant alors à sa chambre, il eut le temps de faire disparaître les papiers compromettants. La perquisition n'eut pas de conséquences fâcheuses. M. d'Argenson, lieutenant de police, était d'ailleurs rempli d'estime pour Rollin ; il avait commandé à l'exempt d'avoir pour l\ii toute sorte d'égards, et ce fut grâce à cette recommandation que Jiollin put échapper au danger qui le menaçait.

La note pul)liée dans le tome I"" des Opuscules donnerait à croire que le P. La Chaise, alors confesseur du roi, intervint en faveur de Rollin ; l'affaire n'en fut pas moins désastreuse pour le collège de Beauvais, car le bruit s'en répandit dans le public, et le nombre des pensionnaires diminua de moitié dans le cours de l'année suivante.

Le collège se repeuplait peu à peu, quand, en 17U7, dit Crévier, une seconde affaire du même genre suscita de nouveaux embarras à Rollin. 11 reçut alors et admit comme fonctionnaires dans son collège deux ecclésiastiques de giand mérite {|ui avaient quitté la ville de Beauvais, l'un proscrit par révé<(ue, l'autre dans la crainte d'une semblable mesure. Le premier était professeur de philosophie; le second, M. de Mesenguy, dont nous avons déjà parlé, régentait la Rhétorique dans le nirnic collège. Ils étaient Jansénistes, et ce fut un motif pour ({ue iîollin les accueillît dans sa maison. L'un fut Sous Principal, et Mesenguy, maître de la chambre commune des pensionnaires rhétoriciens. (( J'étais alors dans cette classe, dit Crévier, et c'est de ce moment (jue date mon attachement pour M. de Mesenguy, que j'ai respecté et cliéri avec véui-i-atioii jusipTau dernier moment de sa vie '. ))

La pi'('-sciiri' (Ir CCS t\i'\\\ .la iistMiisli^s au collège de lîcauvais fui lin gi'icl' iloiil prolilèii'iil les ciiiiemis de Bolliii. Il ilc\int de plus en plus suspect à la Cour, i;t il aurait cerlaiiienieiil succoiiilx'- s'il n'aNail (''(('• [irotégé par AL Le Pelietiei'. son ancien coii(lisci[)le au collège ilu Piessis. .M. Le l*eilelier t'-lait ajoi's l'ieniier Prt'sident au ParJeineiil. el SiipiMieiir en celle ipialité du colli'ge (le iJeauvais, (|iii (It^peinlaii du l'arleineiit. Il |>iil en

I. (les (NUiiils siiiil tirés des noies ilc (ji'virr (|ur udiil |>,i-. ii'iirnilnilrs les cdilcurs des Opuscules.

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main In défoiisc (1(! l{olIin, et se rendit même caution de sa personne et de sa doctrine. Le roi s'apaisa et lloilin put jusqu'en 1712 jouir d'une tranquillité parfaite.

Mais, à cette date, l'orage qui le menaçait éclata. Le 1*. Le Tellier avait remplacé le I*. La Chaise auprès du roi, et il fut, dit Crévier, un ennemi redoutable pour RoUin et pour la France, à qui il a causé tant de viaux\ Au lieu do s'attaquer directement à Uollin, il ameuta contre lui les cinq chapelains du collège de Beauvais, le Procureur, qui fit cause commune avec eux, et quelques boursiers, ({ui, se prêtant aux projets hostiles du P. Le Tellier, ne demandaient rien moins, pour obtenir l'expulsion de RoUin, que le renvoi des régents et la suppression de l'exercice^. Ils rédigèrent un mémoire dans lequel ils revendiquaient des droits sur un prétendu bien du collège dont ils ne se souciaient en réalité que fort peu. Ce qu'ils voulaient, c'était améliorer leur fortune en se partageant le loyer des appartements des régents, et celui des salles où se faisaient les classes, qui, n'existant plus, seraient converties en boutiques. Quant au P. Le Tellier, il trouvait un grand avantage à la disparition d'une école rivale du collège de Clermont, dont Beauvais effaçait la gloire, au jugement de tous les bons estimateurs ^

Cette accusation ne réussit pas. M. de Mesme renversa le projet insensé des chapelains, mais il ne put réussir à sauver Rollin. L'accusation de Jansénisme était entre les mains du P. Le Tellier une arme invincible à laquelle rien ne pouvait résister. Rollin reçut dans les premiers jours de juin l'ordre de quitter le collège. Seulement on voulut bien, par ménagement, lui accorder la permission d'y rester jusqu'aux vacances prochaines.

Cette permission, s'il en eût usé, devenait fatale à l'état florissant où il avait mis l'exercice. Les élèves dispersés par les vacances ne se seraient pas rassemblés au mois d'octobre. L'incertitude de ce que deviendraient les études et la bonne discipline après la sortie de celui qui en était l'âme,

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