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:i. Sainlo-Beuvo, Uisluirp de l'ùrl-l{uf/(d, L VI, p. Imi. — Cl. l"liis(oire suivante, racoiUrt! par Sainl-Simon. Le duc d'Orléans, parlant |)oiir l'armée d'Kspagnc (I7()l), reeonunandait au roi Fonlpertuis parmi les ofliciors ipii (lésaient la suivre, n Comment, mon neveu, dit le roi, le Dis de, ce Janséniste! Je ne veux pas de cet homme avec vous. — Je ne sais co qu'il a fait, répondit le duc, mais il n'a K-U'de d'être jaiiseiiisle, car il ne croit i)as en Dieu. — Kst-ce possitde, mon neveu? répondit le roi. — llii'M lii' plus certain, sire. - lMiis(|u'il en est ainsi, dit le roi, il n'y a pas i\r mil, vous pouvez l'enimoner. • (Sainle-Heuve, //ii/o/rt- de l'ort-Hoyal, I. IV, p. Î'.IO.)
70 VIE DE RÛLLIN
Le cardinal Dubois no se faisait pas faute (1(> donner satisfaction au pape et aux Jésuites, et Rollin souffrait naturellement de ces persécutions. Néanmoins il travailla avec ardeur au Traité des Eludes. En 1720, parurent les deux premiers volumes et les deux derniers furent publiés en 172M.
Nous aurons à examiner plus tard la valeur de ce Traité^ que les hommes les plus autorisés ont proclamé, peut-être avec quelque exagération, le livre par excellence en fait de pédagogie; toujours est-il qu'il a rendu de grands services à l'enseignement, et que certaines de ses parties méritent les éloges qui en ont été faits.
CONTINUATION DE LA PERSECUTION DU JANSENISME SCÈNES DU CIMETIÈRE SAINT-MÉDARD
Ministère du cardinal de Fleiiry, hostile à Rollin. — Concile d'Embrun. — Exil de Soanem. — La Faculté de Théologie persécutée. — Mort du diacre Paris (1732). ■ — Fréquentes visites de Rollin au cimetière Saint- Médard. — Publication des premiers volumes de VHistoire ancienne. — Visite de la police à la maison de Rollin. — Sa lettre au cardinal de Fleury. — Ré|)onse de ce dernier. — Correspondance très étendue de Rollin, notamment avec J.-B. Rousseau.
L'avènement au pouvoir du cardinal de Fleury ne fut pas pour les Jansénistes plus favorable que ne l'avait été celui du cardinal Dubois. Port-Royal ne lui était pas seulement odieux comme parti religieux, mais encore comme une entrave au gouvernement. Il lui reprochait d'être hostile à la suprématie pontificale £t de n'admettre, en fait de dogme et de discipline, que ce qu'ordonnent les évêques réunis en concile général. II lui reprochait encore de ne pas reconnaître l'autorité des conciles particuliers, tel que celui d'Embrun, présidé par le cardinal de Tencin, qui avait condamné, exilé à la Chaise-Dieu et réduit à l'impuissance Soanem, le vieil évêque de Senez, à cause de ses opinions jansénistes.
A la suite du concile d'Embrun, cent docteurs les plus pieux et les plus éclairés de la Faculté de Théologie furent chassés de la Sorbonne. La malheureuse Faculté, par suite des exclusions,
APRÈS LE PHIXCIPALAT 71
fut réduite à un toi état qu'on lui duniia le nom de Faculté Carcasse, suivant l'énerg-ique expression d'un magistrat '.
Un autre célèbre Janséniste, le diacre Paris*, mourut à cette même époque (1727). Il était, comme le P. Quesnel, en relations avec Rollin, qui, ne considérant f[ùe sa piété, ses austérités et son éneryie pour la défense de ce que les Jansénistes ai)pelaient la vérité, avait pour lui une vénération extrême. Le diacre Paris était du reste reçu familièrement à Villeneuve, par l'abbé d'Asfcld, ami de cœur de IloUin ; il n'en fallait pas davantage pour que la sympathie de ce dernier lui fût acquise. On connaît la fin du diacre Paris, le plus obstiné des appelants, les prétendus miracles opérés sur sa tombe au cimetière Saint-Médard, les scandales auxquels les Convulsionnaires donnèrent lieu, et les mesures de police qui en emi)èchèrent la continuation.
i. Les Nouvelles ccclésiusliriues (p. HO), aiixiiiielles collaboraient labljé Duguetet Ilollin, appelaient le concile d'Enibriin /'' lirif/andar/e crEmhrun. Soanem, aux yeux des Jansénistes, passait pour un saint faisant des miracles; on ne l'appelait que le Bienheureux Soanem. 11 mourut en 1741, la même année ([ue ilollin, qui corresijonilait avec lui et lui portail une vive alTection. H lui envoyait ses ouvrages à mesure qu'ils paraissaient; et l'exilé se coufondait en remerciements et en éloges. Ce qui le transportait surtout, c'était la fidélité et l'énergie avec lesquelles il faisait, en union avec l'Université, oiiposition à la luille. <■ Votre nom, monsieur, lui écrit-il, si cher à la France, se lira avec distinction parmi les braves irisraël: on
ne comptera leur nombre que pour peser la valeur de leur sulTrage
L'orage [présent, ajoulait-il en 1731, m'a empêché de vous marquer par écrit la moitié de ma reconnaissance et, si j'osais, de ma tendresse pour un si digue panégyriste de la ré/v'/c, tel (juc le Seigneur l'a formé en vous. Ji; bi'nis Dieu du calme qu'il vous donne en celle tempête, parce ipio je suis bien convaincu (pu; vous le faites S(>rvii' au progrès du règne de la grâce.
J'ai riioiiiiciii- d'iHrc, avec une lendn' vénération,
le plus humble el le plus dévoué île vos serviteurs,
Ji;an, Kvêque de Senez, Viiiclus Christi Je.su.
A la Ciiaisc-Dicu, 5 janvier l'i'.W.
(Opunculex, t. 1, |>. '22''>.)
2. François de l'àris, ne ii Chàlillon ^Scine) en llUlO, mourut en 1727. Fils d'un conseiller au l'arlement, il embrassa avec ardeur le Jansénisme, en appela de la bulle Ihiii/ciiitus-, el refusa de signer le Ft>ri>iul(iin'. Il s'établil an faubourg Saiut-Marcel, où il se eons.icra à l'inslrurtiiui des pauvres; ses anstr^rili-s excessives abn-gèrenl ses jours et il fut enterré au cimetiénr Sainl-.Médard. De ntuubreux ixirlisuns (les (".ouvul>ionnaircs) se livrcienl sur sa tombe ii di-s scènes exU'avaganles. pnleuilant qu'il s'> opérait lies miracles. Le cimeliérc fut lenne en 17:12.
72 VIE DE ROLLIX
Rollin, dans sa foi naïve et son ardeur religieuse, crut devoir honorer ce fervent disciple de Port-Royal, qu'il regardait comme un saint. Il alla au cimetière Saint-Médard, se mêla à la foule des Convulsionnaires, et assista au spectacle affligeant des secours à l'aide desquels ils opéraient leurs prétendus miracles, « Il y était, disent les Nouvelles ecclésiastifjnes, l'un des plus assidus, et l'on se souvint avec édification de l'y avoir vu fréquemment psalmodier auprès du tombeau avec les fidèles qui s'y rassemblaient. Cest lui qui revit et qui retoucha la vie de ce serviteur de Dieu, publiée en 1730 *. »
Cet excès de vénération à l'endroit d'un visionnaire certainement honnête, mais hanté d'une dévotion exagérée, peut être reprochée à Rollin. Cet épisode est triste dans sa vie, si sage du reste et si bien remplie. Heureusement qu'en dehors de cet excès de piété, qui n'occupa qu'une faible partie de son temps, il consacra ses loisirs à la composition de son Histoire ancienne, à laquelle il s'était préparé depuis de longues années par la lecture assidue des historiens, des philosophes et des orateurs de l'antiquité.
Cette étude, à laquelle il se livrait dans le principe pour son instruction personnelle, n'avait point pour but la publication des histoires qu'il écrivit plus tard ; mais, après le succès qu'obtint le Traité des Etudes, il crut nécessaire de compléter 1 œuvre qu'il avait commencée par la composition des deux histoires qui lui paraissaient d'une utilité indispensable pour la jeunesse. « Si l'on me jugeait capable d'un pareil ouvrage, dit il, et que Dieu me donnât assez de vie et de santé (il avait alors soixante-dix ans) pour l'entreprendre, à défaut d'un meilleur ouvrier, je m'en chargerais volontiers quand j'aurai achevé celui que j'ai entre les mains -. » 11 s'en chargea, et dès 1730 parurent les deux premiers volumes de V Histoire ancienne-, les deux volumes suivants se succédèrent avec une rapidité inconcevable pour un homme de son âge, mais sa robuste santé ^ lui permettait de se livrer à un travail qui pour tout autre aurait été excessif. Dupont, son fidèle domestique, n'obtenait qu'avec