Opuscules, t. I, p
APlih:S LE PKINCIPALAT 73
peine iiii moment daudience pour lui rendre compte de ses dépenses ou lui faire signer des quittances. Il était, comme Pline l'Ancien, avare de son temps; et il sentait le prix d'une demi heure. Au lieu de se raser lui-même, comme il le faisait d'haljjtudo, il se faisait raser pour économiser un quart d'iieure. Il soufiait à huit heures et demie; mais en Carême, comme son repas du soir n'était presque rien, il ne descendait pour le prendre qu'à neuf heures, et gagnait ainsi une demi-heure pour son ouvrage. « Il est vrai, ajoute Crévier, que sa santé vigoureuse et sa gaîtt" naturelle l'aidaient à soutenir cette assiduité persévérante dans son travail. Il n'a jamais connu le mal de tête; son caractère était gai, trouvant en lui-même la pai.x et la sérénité. »
Ces deux qualités lui servirent d'autant plus qu'elles furent mises à de dures épreuves. Son assiduité au cimetière Saint- Médard fut très mal vue en haut lieu. Il avait beau adresser an cardinal-ministre chaqu(> volume de son Histoire à mesure (|u'il paraissait, il en reeevail une lettre de remercîment très llalteuse, mais il n't'tait pas moins noté comme un dangereux ennemi de l'Etal, ainsi que de l'Eglise, et, à ce titre, passible (lu Iraitemcnt attaché à une si déplorable conduite.
On le lui fil bien voir. Le îi) janvier \1'A2, M. Héraull, lieulenant de police, (il faire une visite dans sa maison sur le faux avis (|u'une iin[uimerie était cachée chez lui dans t|uelque souterrain. « Les gens de police ("taient chargés d'une lellre du magistrat' annonçant à M. iîollin celle ('Iranne visite. 11 était sorti iMiurdiuei' eu \ille, mais ;'i nue assiv. pelile dislance. Ou lui porta la lettre de .M. Ib'rault; et (|uand il en eut l'ait la lec-
I. Voici l.i iullrc lit.' .M. Ilir.uill, lirutrn.inl île police, à Hulliii :
lui '20 jauvior llit--'.
" (l'est avec douleur, iiioiisieiir, inie Je suis ohii^'é île renvoyer ciiez vous y faire unt^ nouvelle visite, niais les avis que Son Kmineneo a reçus sont si précis el si délaillés, (|u'il est dillicile ilc ne pas croire i|u'oii iiii|irimc dans (iu(d(|ues souterrains de votre maison; ce sérail sans doute à votre insu, niais quoi ([u'il en soil, Son Kininence juge i|u'il esl indispeiisahle d'éelaireii' la vi-rité.
■■ .le suis très parraili'uieiit
■• Voire Ires huiiildc l'I très obéissant serviteur.
- lltiUAlLT. •
(>l)niculrs, t. I, p. 2:îi"). - Voir la relation de la visite a la p. I ».
ture, sans rien dire de ce qu'elle contenait, il demanda la permission de s'absenter un moment. Il vint à sa maison, fit remettre toutes les clés à celui ([ui commandait la brigade, et s'en retourna dîner avec autant de tranciuillité et de gaieté que s'il ne fût rien arrivé. »
Effectivement il n'avait aucun motif d'inquiétude, sachant bien que l'avis donné à M. Hérault n'avait de réel que la malignité des délateurs. Les agents chargés delà visite la firent poliment, mais avec toute l'exactitude possible. Ils descendirent dans les caves, et même dans le puits ; ils sondèrent le terrain à coups de pioche redoublés ; mais toutes les recherches furent inutiles. Ils se retirèrent confus de n'avoir aucune pièce à rapporter. (( C'est la seconde visite faite par ordre du ministère, dit Crévier; la première avait eu moins d'éclat. Je n'en ai conservé presque aucune idée. »
RoUin, injustement attaqué, ne manqua pas d'écrire au ministre la lettre ci-après où il se plaignait en termes respectueux mais fermes des mesures outrageantes employées contre lui.
27 janvier 1732.
« Monseigneur,
>< On vient de faire dans ma maison, par ordre de Votre Éminence, une visite dont la cause est bien triste pour moi. Je n'ai qu'à me louer de l'honnêteté de M. le Lieutenant de Police, et des ordres qu'il a donnés pour que cette visite se fît sans bruit et sans éclat. Mais je ne puis, Monseigneur, n'être pas extrêmement affligé et blessé des soupçons de Votre Éminence à mon égard. J'ai assuré plus d'une fois M. Hérault, et Votre imminence ne l'ignore pas, que ni moi ni les miens ne lui donnerions jamais aucun sujet de plainte. Il faudrait que la tête m'eût tourné pour donner ici retraite à des imprimeurs, et qu'eux-mêmes eussent perdu le sens commun pour cliei'cher un asile dans une maison comme la mienne, après toutes les recherches qu'on y a déjà faites. Cependant, Monseigneur, je me trouve encore exposé à des soupçons plus violents que jamais.
<i Les avis que Votre Éminence a reçus sont si précis et si détaillés, m'écrit-on, qu'il est difficile de ne pas croire que Von imprime dans quelques souterrains de ma maison. Sur cette croyance, on visite tout depuis le haut jusqu'en bas; on' fouille, on creuse dans les caves et l'on descend dans le puits pour découvrir à la lueur des flambeaux ces prétendus souterrains qui doivent exister quelque part. On n'en trouve pas la moindre trace, ni la moindre apparence. Ce qui m'afflige. Monseigneur, c'est qu'après toutes ces épreuves tant de fois
APRES LE PRINCIPALAT 75
réitérées, et conduites dans cette dernière visite à une entière évidence, je n'oserais me flatter encore qu'on veuille me laisser en repos. Je suis un homme de rien, et je ne tiens nul rang dans l'État; mais cependant je crois mériter qu'on se fie à ma parole. Il est bien triste, Monseigneur, que, sur le rapport de malheureux délateurs convaincus cent fois de faux, d'honnêtes gens se trouvent tous les jours exposés à de si indignes traitements. Je. ne puis vous dissimuler la peine que je ressens de me voir ainsi décrié et noirci dans l'esprit de Votre Éminonce, pendant que, par un travail assidu et pénible, je fais tous mes efforts pour lui [daire. .Mon indifférence sur ce point vous serait injuiieuse, et je vous prie de vouloir bien regarder le vif sentiment de douleur dont je suis pénétré comme une preuve non susi)ecte du profond respect avec lequel j'ai l'honneur dôtre,
« Monseigneur,
(( de Votre Éminence, etc '. »
Réponse de M. le cardinal de Fleury à M. Rollin.
Versailles, le 31 janvier 1732.
« Avant de répondre, Monsieur, à la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire, du 27 de ce mois, j'ai été bien aise d'être informé à fond des raisons qui ont obligé à faire une seconde visite chez vous, et je ne puis vous cacher qu'un homme de votre mérite et de votre capacité ne devrait pas être exposé au juste soupçon que donnent contre lui ses assiduités à tout ce qui se passe d'indécent, et on peut même ajouter de ridicule, à Sainl-Médanl. Je ne vous cacherai pas aussi qu'un de mes amis, enlietenanl un homme fort entêté lie c(; qu'on appelle le parti, ne feignit pas de dire quil se conduisait uni(juciiient par vos conseils, et je sais qu'il y t-n a plus (l'un (II' cette espèce. Je n'entrei)rendrai pas de cherclh-r à vous coiiv.iincre; mais un homme de lellics comme vous pourrait se borner avei: ]>ienséance à ce qui est de sa spliért'. et nt- point se mêler dans les disputes (jui ne sont guère du ressort de la sorte (l'éludes où vous vous appliifuez si utilement et avec tant de succès. Je suis fort aise que, malgré les avis qu'on avait eus (ju'on imprimait dans les .soulerf-rains de votre maison, cela ne se soit pas trouvé juste, et [dus aise encore (|u'on ait observé avec vous toutes b^s mesures de bienséance et de politesse i|ui sont duos à une |)eisonne de voire mérite, et (jue je fais prcd'ession, Monsieui', d'eslinier autant que JL' le fais.
« Le carilinal de Kleurv'