‹ Rollin, sa vie, ses œuvres et l'université de son tempsChapitre 61 sur 319 · SA DÉPENDANCE DU PAPE ET DU ROI P REMI EU S STATUTS · texte numérisé non relu

SA DÉPENDANCE DU PAPE ET DU ROI P REMI EU S STATUTS

Origine pontificale et premiers chefs de l'Université. — Chanceliers de Sainte-Geneviève et de Notre-Dame représentants du Pape. — Premiers statuts établis par les légats. — Université faisant partie de l'Eglise et jouissant de ses bénéfices et privilèges. — Statuts de Henri IV (1600) remplaçant ceux du Saint-Siège qui conservent cependant une grande autorité. — L'Université assure le recrutement de l'Eglise. — Elle est déclarée fille aînée du roi de France. — Ses nombreux privilèges. — Droit de commiltimus soustrayant ses suppôts ;ï la juridiction des tribunaux. — Parlement substitué au roi pour les affaires générales et au Prévôt de Paris pour les alfaires particulières. — Grands et petits messagers de l'Université. — Leurs privilèges. — Université sécularisée par les statuts de Henri IV. — Le Quartier latin, siège de l'Université, et ses 36 collèges.

On no ."^aurait al)or(lpr rt-tiidc des reiivrcs de Rollin sany connaîtn» préalablement l'organisation de ITiiivorsité à son cpofiur. Il n'est pas en effet dans le travail que nous entreprenons un seul cliapKro on il ne soit incidommcnl ([iioslion îles ronay-es iniilliples de rorf;,^aiiisalion universitaire, (l'est donc nii l;d)l(>au nécessaire; il n'a jamais ('tt' |>résenté avec suite, d'une matière complète : nous le (lnnu(Uis ici après de cons ciencieuses recherches.

Il est assez dillicile de (h'Ierminei- l'idat de l'ancienne l'niversilé. Klail (-e une corporation laïque on ecclésiastique? Ne relevait-elle (pie d'elle-même ou était elle sons la dépemlanco de l'Kglise et du roi? Ne reconnaissait elle pour chef suprême (pi(> le l*np(> ou le roi d(^ I-'rance? Ces trois éléments, (quoique de nature dilîért'iile, la couslituaienl en n'-alilé et ci'tte coin

100 OIIOAN'ISATIU.X DK l/C.NIVKUSlTÉ

plcxilr donna lieu à (riiinonibraljles conflits (\\n entravèrent sa marche et nuisirent à sa prospérité.

Essentiellement ecclésiastique à son origine, elle dépendait du Pape', ([ui lui donna comme chefs pour le représenter les chanceliers de Sainte-Geneviève et de Notre-Dame-. Il présida par leur intermédiaire à la création des Facultés, envoya en France à diverses époques comme légats les cardinaux de Courçon, de Saint-Marc, de SaintMartin et d'Estouteville pour rédiger et réformer les statuts de l'Université. Cette grande corporation fut assimilée presque entièrement au clergé, et fut pourvue comme lui de bénéflces et de nombreux privi lèges.

Jusqu'au xvii" et au xviii" siècle l'Université conserva beaucoup de ce caractère ecclésiastique. Les statuts du Saint-Siège furent néanmoins remplacés en 1600 par ceux de Henri IV qui se déclara chef de l'Université; mais les chanceliers maintinrent leurs prérogatives; ils continuèrent à conférer seuls les grades de Licence et de Doctorat dans les quatre Facultés et on ne put enseigner dans une branche quelconque des sciences et des lettres sans l'intervention de l'autorité ecclésiastique.

Quoique l'Université au temps de Rollin n'eût plus, comme au moyen âge, pour but principal de former des prêtres et des

1. On fait généralement remonter l'origine de l'Université à 1208. A celte époque l'église Sainte-Geneviève, bâtie par Clovis, n'était pas sous la juridiction de l'évêque de Paris, mais sous celle du Pape. Les assemblées qui se tinrent sur la célèbre montagne et l'École qui était attachée à Sainte-Geneviève dépendaient donc du Saint-Siège, et comme la Faculté des Arts s'établit dans le ressort de l'église dédiée à la patronne de Paris, les artiens, dans le principe, relevèrent naturellement du Pape pour la collation des grades. C'est ce qui explique comment l'autorité papale s'introduisit dans l'Université de Paris. De l'École de Sainte-Geneviève et de la Faculté des Arts cette autorité s'étendit bientôt aux autres écoles et aux autres Facultés, de sorte que l'enseignement tout entier passa sous la dépendance du souverain pontife.

2. Le chancelier de l'Université était primitivement une sorte de notaire chargé de rédiger, de sceller, d'expédier certains actes tels que lois, ordonnances, brevets et diplômes pour leur donner un caractère authentique comme représentant du Pape. Il était en réalité le chef de l'Université.

Il n'y avait à l'origine qu'un seul chancelier, celui de Sainte-Geneviève; plus tard, en 1213. l'évêque de Paris réclama pour l'école épiscopale de Notre-Dame un second chancelier que lui accorda Urbain V, en lui conférant les mêmes prérogatives qu'au chancelier de Sainte-Geneviève. (Thurot, De l'organisation de V Enseignement dans VUniversité de Paris, p. 9.)

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docteurs, afin de mainlenir l'Eglise dans ses hiérarchies, elle continua néanmoins, comme nous le lisons dans le recueil Thoisy', à être le grand séminaire où se recrutait le clergé, et nous A'oyons qu'en 1770, après l'expulsion des Jésuites, alors que l'émancipation des esprits avait, dans une large mesure, modifié les idées en fait d'enseignement, le bureau installé au collège Louis-le-Grand prit une délibération où il exj)rima le désir que ce collège fut considéré comme une maison de théologie et même comme un séminaire.

Cette dernière api)ellalion était exacte, car les collèges étaient véritablement des établissements où se formaient des prêtres. La majeure partie des Grands Boursiers étudiaient en théologie et entraient dans les ordres sacrés. Les séminaires spéciaux n'existaient pas en France avant le xvii" siècle et un biographe de Nicole rapporte que M, \\'allon de Beaupuis, le premier directeur des Petites Ecoles de Port-Royal, eut part à la créa tion du i)remier séminaire qui s'établit à Bazas -.

Tout avait donc le cachet ecclésiastique dans ILniversité, les collèges ressemblaient à des cloîtres; les maîtres et les écoliers avaient l'habit, la qualité de clercs et jouissaient comme tels des avantages considérables attaclH's à la idéricature^

Il est vrai d'ajouter ((lie le poiivoii- ecclésiasti(iue n'était pas le seul auquel riiiiversité fût soumise : cette grande corporation, la plus importante de toutes celles qui sétablirent au moyen âge, attira, dès son origine, l'attention des rois de France qui, songeant, eux aussi, à s'en faire un appui, rivalisèrent avfc h» Pape de tendresse et de générosité pour ca[iliver ses bonnes grâces. Ils la proclamèrent leur fille aînée', titre ghtrieux ipii donnait au Kecteur, son chef et son représentant, le di'oit de communi(|uer directement avec son royal [)ère et de lin |)résenter lui-même ses reijuêtes"'; d'assister au mariage des l'ois, à

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