SA DEPENDANCE DU PAPE ET DU ROI
S'agissait-il d'afïaires intéressant l'Université tout entière, le Roi pendant longtemps les jugea en personne, en sa qualité de père. Toutefois, comme sa fille, d'humeur tracassière, faisait à son tribunal de fréquents appels, le Parlement par une ordonnance de 144.") fut substitué au roi pour les affaires générales; et les affaires particulières des suppôts furent renvoyées au Prévôt de Paris ', cliargé d'observer les privilèges de l'Université.
A chaque changement de règne, on se préoccupait beaucoup de la création de nouvelles faveurs et du maintien des anciennes. Le nouveau roi les respecterait-il? Serait-il aussi bienveillant que ses prédécesseurs? La tranquillité ne renaissait que lorsque le roi, après une belle harangue du Recteur, confirmait toutes les immunités accordées avant lui. 11 en ajoutait assez souvent de nouvelles et ce fut l'ordinaire pendant tout le moyen âge.
C'est ainsi que l'Université obtint l'exemption du service militaire, de la taille, des corvées, des droits sur le vin et sur toutes les provisions destinées à la subsistance des suppôts, l'affranchissement de tout impôt sur les livres en quelque lieu qu'on les transportât, enfin et surtout, le droit d'avoir, seule en France, à son service des messagers grands et petits, sorte de banquiers et de facteurs qui se chargeaient de remettre lettres, pa([uets et argent aux écoliers de Paris. Nous donnerons plus loin quelques détails sur cette institution, (jui était une des ressources les plus importantes de l'Université. Le gouvernement se l'appropria en 1710, en assurant à l'Université réipii" valent des revenus des messageries, et en établissant en même temps la gratuité de renseignement et 1 organisation régulière des Postes.
Il était naturel (pic ces bienfaits atlacliassciil l'Uiiiversili' au pouvoir royal. Sa reconnaissance n'était pas aussi vive pnur les faveurs qui lui venaient du l*ape; elle ne les acceptait (juavec une certaine métiauce parce (pi'elle ci-aigiiait d'être accaparée, doniiiK'c par le piUiNoir ponlilical cl de perdre ainsi les libertés
1. Le l'i'(V('il (le l'.iris dail iii> iiia^'islral réiiiiissaiil totilcs los foiiolioiis ndmiiiislralivi's cl jiKliciaircs; il ri'iulail la jiislicf, il avait «Ifs Iruiipcs sous SCS onircs, cl pcrcovail les iiiipAls universitaires.
Il jiirail il son entrée en foinlinns de conserver les privili>.'es de l'I'niversilc.
de l'Église gallicane. La gloire d'appartenir à Rome ne la tenta jamais. Elle préféra rester Franraisc;. l/inf.iillibilité du Souverain Pontife, son ingérence dans les adaires temporelles lui paraissaient autant d'abus contre lesquels elle lutta au concile de Bàle en 14.39 et à l'assemblée du clergé en 1682. Les Jésuites lui suscitèrent mille tracasseries; elle persista néanmoins dans son indépendance, et nous la trouvons toujours fidèle aux prin cipes qu'elle professa au xv^ siècle.
Une autre considération lui faisait du reste un devoir de se rattacher à la royauté. Depuis IGOO les statuts du cardinal d'Estouteville ne régissaient plus l'Université. Henri IV, qui ne cédait à personne ses droits sur ses enfants, ne voulut pas que sa fille aînée tînt d'autres que de lui sa constitution. Il lui donna donc des statuts qui, tout en conservant une grande partie des articles contenus dans les statuts antérieurs, donnaient au but et à la direction des études un caractère nouveau. Il suffit pour s'en convaincre de citer quelques passages de la préface de ces statuts : (( Le bonheur de tous les royaumes et de tous les peuples, y est-il dit, dépend de la bonne éducation de la jeunesse, laquelle éclaire et polit les esprits encore neufs, et de stériles qu'ils étaient les rend propres aux emplois publics et capables de bien les remplir, augmente la piété envers nos parents et noire pairie, le respect et Vobéissance à l'égard des macjislrats ^ »
Ces principes, qui nous semblent aujourd'hui si naturels, étaient en 1600 toute une révolution dans l'Instruction pubhque. Jusqu'alors, l'Université, par son origine, ses lois, son caractère ecclésiastique, avait pour principal objet d'assurer le recrutement du clergé : le Pape, qui lui imposait ses statuts, qui dirigeait son enseignement, n'avait aucun intérêt à développer en France le sentiment national, à prescrire la langue nationale et à seconder les progrès d'une éducation civique. 11 fallut, pour animer l'Université de cet esprit français qui lui manquait sinon au fond du cœur, du moins dans la forme, que le pouvoir royal lui donnât des lois, agrandît son cadre, sécularisât son enseignement et le rendît propre aux emplois publics, comme il est dit dans la préface des statuts de 1600.