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SA DEPENDANCE DU PAPE ET DU ROI

Les effets de cette constitution royale ne se produisirent pas immédiatement, tant il était diflicile de déraciner une routine consacrée par cinq siècles d'existence! Néanmoins, l'essor prodigieux qui se manifesta dans les lettres, les arts et l'industrie à partir de la seconde moitié du siècle si justement nommé le flrand Siècle a sa source dans les statuts de Henri 1\'.

Tout en étant sujette du Roi comme française, fidèle au Pape comme chrétienne, l'Université ne se déclara pas moins indépendante et se glorifia d'être une sorte de République ne reconnaissant dans son organisation d'autre autorité que la sienne. C'était du reste l'esprit inhérent à toutes les corporations établies au moyen âge. Elles formaient autant de sociétés indépendantes qui, ne réclamant aucune subvention de l'Etat, vivaient de leurs propres ressources, s'administraient à leur gré, et veillaient avec un soin jaloux à ce qu'aucune autorité étrangère n'intervînt dans leurs actes et leurs assemblées.

L'Université, plus que toute autre, pouvait se vanter d'être une de ces sociétés libres, car elle formait au milieu de Paris un petit Etat dont les limites étaient protégées par de fortes murailles, des portes monumentales et de hautes tours. Pendant un temps, cet Etat avait été une sorte tle république fédi'-rativc composée des maîtres et des écoliers appartenant aux quatre facultés (Mafjislrorum et auditorum Lutelix Uiùversilas), mais la turbulence, les méfaits et les prétentions exagérées des inm-liiiels et des galoches, troupe indisciplinée d'exti-rncs. (Itiiit le iKinihre ne s'élevait pas à moins de lii à 20 000, étaient Ids (|iie r,iiif()i-i(('' royale, responsable d(^ l'ordre et de la trani|iiiHile |iiil)li(|iii', (lut intervenir et diminuer la part (jue ce tiers ilt.il iiniversiluire avait jus(|u"alors dans les affaires île la corpoi.itidii. A partir de KiOOeleii vertu îles statuts dont nous avons |iai'l(''. les t'iudiaiils fiiiciil aslreiiils à l'observation exacte des li'glements concernant leiiis dioils e( jeiu's devoirs. De répul)li(|ue fédéralive. rUniveisiti- se Iransfornia en oligarcliit» . nommant, à l'exceplinn du Hecleur. tous les cliefs et les digiii taii-es du corps iMiseignant.

NATIONS, FACULTÉS ET UNIVERSITES

Les quatre Nations de l'Université. — Division des études en Facultés. — 1° Faculté des arts. 2° Faculté de théologie. 3° Faculté de médecine. 4° Faculté de décret ou de droit. — Importance numérique de la Faculté des arts, quoique la moins estimée. — Son privilège d'élire le Recteur.

L'organisation intérieure de l'Université au xvii'' siècle était telle qu'à son origine; c'est ce qui fit dire à Du Boulay, dans la préface du tome YIII de son Histoire de t Université publiée en 1671 : (( Il est à peine croyable combien l'Université de notre « temps diffère peu de l'ancienne. »

En effet, nous trouvons groupés en associations nommées Nations, comme au xiii" siècle, les écoliers qui arrivaient à Paris non seulement des différentes provinces de France , mais encore des pays étrangers. Il y avait quatre nations :

l°La nation de France, Honoranda Gallorum natio; elle s'assemblait au cloître des Mathurins.

2° La nation de Picardie, Fidelissima Picardorum natio; elle s'assemblait au collège du cardinal Lcmoine.

3° La nation de Normandie, Vcneranda Normanorum natio ; elle s'assemblait au collège d'Harcourt.

4° La nation d'Allemagne, Conslantissima Germanorum natio; elle s'assemblait au cloître des Mathurins.

De plus, chaque nation se subdivisait elle même en tribus ou irrovinces et chaque province comprenait plusieurs diocèses^

1. Thurol, De l'organisation de VEnseignemeni dans l'Université, p. 19 et 20.

NATIONS, FAGL'LTKS ET UNIVERSITÉS 107

La nation de France comptait cinq provinces : Paris, Sens, Reims, Tours et Bourges, avec soixante diocèses.

La nation de Picardie comptait deux provinces, composées chacune de cinq diocèses.

La nation de Normandie n'avait que la province de Rouen, avec sept diocèses.

Et la nation d'Allemagne, qui i)rimitivement portait le nom de nation d'Angleterre, mais qui, après la mort de Jeanne d'Arc, changea de nom, comptait deux provinces : la première, dite des Continents, comprenait toute rAUemagne, la Hollande et le Danemark; la deuxième, dite des Insulaires, com{)renail l'Angleterre, l'Ecosse et l'Hibernic.

Les écoliers, ainsi répartis en Nations, Provinces et Diocèses, suivaient d'après leur goût, leur aptitude et leur but les différents cours professés dans les quatre facultés suivantes :

1° La Faculté des Arts, Pneclnra Arlium Facullas; ses assemi)lécs se tenai(Mit au cloître des Matliurins.

2" La Faculté de Théologie, Sacra Thcologix Facullas; elle s'assemblait à la Sorbonne.

3" La Faeull(! de M('(l('cine, Saluherrhna }fpdicin;i' Facilitas; elle s'assemblait rue de la i}ucherie,dans la salie de ses Grandes Écoles,

4" La Facult(' de Décret, plus tard Faculté de Droit, Consullissi.)iia Juris canon'ici FacnlUn; elle s'assemblait au xvu' siècle dans les bâtiments actuels de l'Ecole de Dmil.

Les trois dernières Facultés, dites Facilites suj)rrii'urcs, étaient les plus estimées, mais la F'aculti' d(>s Arts, (|uoi(|ue moins a[)liréci(''e, était de lieaucoiip l;i |i1iin iiii|Mii'laiile par le iioiiilire (le ses (''lèves, plus consich'i'alile ipie ciliii des trois anires, et |iai'ce (in'elle ser\'ait de pn'paratioii el d'introiluclion aux a II 1res I''aciilli''s '. ( )ii n'iMail en elîet admis àt'liidier en llii'ologie, en (h'erel on en médecine (|iie Ion! aiilaiil ((n'oii avait obtenu le ^rade de iiiaîfir <s- mis, (lt'li\ ri' a|»re> examen par la t'aeiilté lie ce nom ; e C^l d'elle (pic (le|teiidaieiil le-- (pial rc nations el de plus elle ;i\;iil le pri\ilcui' exclusif d'clirc le Heclenr. pres(|ue lonjolirs pris dans son sein. CV'iail donc elle ipii reiiissait la grande eorporalion enseignaiile represciilce par ses t|natre nations.

1. Tliiirul, De l'orr/anisaliun dr. l'I'.nsciijncmcnl dans l'Universitr, p. Ilo.

108 ORGANISATION DE L'UMVEUSITÉ

Oit respectait, en lui conservant ce privilège, son droit de première occupante sui- la montagne Sainte-Geneviève, et l'on se souvenait qu'au moyen âge, où toute la science et tout l'enseignement se réduisaient à la Scolastique, elle composait à elle seule toute l'Université.

Observons du reste que les trois Facultés supérieures, tout en ne figurant pas en nom dans l'élection du Recteur, y participaient cependant dans une assez large mesure. Les maîtres es arts n'étaient pas en efïet les seuls compris dans les quatre nations, tous les bacheliers et les licenciés des autres Facultés en faisaient partie de droit, et prenaient part à l'élection rectorale; le doctorat seul les mettait en dehors des nations académiques et les excluait du prixilège attaché à ces dernières.

UNIVERSITES DE PARIS ET DE PROVINCE Importance de l'Université de Paris, modèle de toutes les autres.

L'Université de Paris n'était pas la seule en France; on en comptait 18 en province au xvii^ siècle, mais celle de Paris était le grand centre, le régulateur de l'enseignement séculier. Tout ce qui se faisait au quartier latin avait un grand retentissement dans les Universités de province.

Alors, comme aujourd'hui, les méthodes et les réformes qui y étaient adoptées se répandaient promptement dans les autres contrées. C'est pourquoi les travaux les plus importants sur la pédagogie avant la Révolution, prenaient pour modèle ce qui se pratiquait à Paris.

On comptait par ordre chronologique' :

L'Université de Toulouse, fondée en 1228

— de Montpellier — 1280

— d'Avignon — 1303

— d'Orléans — 1305

— de Caliors — 1332

— d'Aix — 1409

— de Dole — 1426

— de Poitiers — 1431

1. Hamel, Histoire de Vabbcuje el du collège de Jiiilly, p. 197.

NATIONS, FACULTÉS ET UNIVERSITÉS 109

L'Université de Caen, fondée en 14^2

— de Valence — 14o2

— de Nantes -p- li^'O

— de Bourijes — 1465

— de Bordeaux — 1473

— de Reims — lo48

— de Tournon — ['.'M)

— de Douai — 1562

— de Besancon — 1:164

— de la Flèclie •— 1603

L'Université de l^aris, fondée en 1208, comptait parmi ses élèves cincf papes : Urbain II, Alexandre 11, Grégoire VI, Célestin 11, Léon IX, Ktienne IX.

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