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toute cette page. Laissez-vous emporlei', ii travers les plaines infinies, par le rythme* de cet Adagio, et vous comprendrez, mieux que je ne puis le dire en des paroles trop précises, ce qu'il y a de plus intime dans l'àme profonde, secrète et fervente du grand musicien qui a écrit Jean-Chrisiophe.
fOn a reproché au héros de Romain Rolland d'être un « don Juan des idées (i) ». Le mot est plus frappant que juste. Il se peut que Jean-Christophe soit volage dans son commerce avec les idées. Mais il ne les courtise que pour le bon motif. Et, de bonne foi, il les épouse toutes, les unes après les autres. Car il est bien trop honnête et trop sérieux pour s'en faire un harem. Rien n'est plus loin de lui que ce dilettantisme qu'il reproche aux histrions
(1) André Beaunier, Heviie des Deux Mondes, 15 décembre 1912.
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de la Foire sur la place. Il est rhomme qui marche et dont les horizons se renouvellent chaque jour. Et, maintenant que Christophe a achevé sa course, Romain Rolland le porte en terre et continue allègrement la sienne. Dans Tavant-propos de son dernier volume, il écrit : a Je dis adieu à mon âme passée; je la rejette derrière moi, comme une enveloppe vide. La vie est une suite de morts et de résurrections. Mourons, Christophe, pour renaître. » Cette mobilité semble être la loi intérieure d'un esprit qui jamais ne con sent h se cristalliser, afin de rester apte à tout comprendre et à tout aimer. Il y a en lui une merveilleuse et bienfaisante intensité de vie. Le 9 novembre dernier, Romain Rolland m'écrivait : « Après avoir terminé Jean-Christophe ^ j'éprouve le sentiment de n'avoir encore rien dit, rien dit... Il semble que Jean-Chrislophe m'ait
rendu le service de m'avoir délivré de l'énorme fardeau du passé. Je me sens au seuil d'un monde esthétique et moral nouveau. Si Dieu me prête vie, je vais tacher d'y entrer. Vous ne pouvez croire quelle joie exaltée est en moi, au spectacle de la vie nouvelle. Ah ! si j'avais dix ans de moins! » Cette joie exaltée se communique à nous, et nous y trouvons, à la fois, un réconfort et une promesse.
Ne demandons pas à Romain Rolland ce qu'il ne veut pas nous donner, une certitude acquise une fois pour toutes. Chercher sans trêve, demeurer sincère avec soi-même — quand il faudrait se contredire — garder un espritassez ouvert pour accueillir toute vérité nouvelle, une âme assez spontanée pour comprendre toute beauté inédite, ne jamais désespérer du triomphe d'un idéal de vérité, briser l'idole de cet idéal menteur et couard qui,
détournant les yeux des misères de la vie et des faiblesses de l'âme, n'est qu'un mensonge héroïque (i), croire fermement au Dieu qui naît dans la douleur et dont l'effort soulève et soutient les hommes de bonne volonté, telle nous paraît être, à peu près, la conclusion de Jean-Christophe, si l'on tient absolument à une conclusion.
Et il nous donne encore, et il nous donne surtout un' bel exemple de vaillance.
(1) Préface de Michel-Ange.
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